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Politique

Cabinet noir

La tentative désespérée de Fillon pour masquer une campagne en chemin de croix

Alors qu’il se heurte à une campagne compliquée depuis les révélations en chaîne sur ses affaires de détournement et de corruption, François Fillon accuse l’Élysée et Hollande d’avoir orchestré les fuites et d’être responsables de ses ennuis judiciaires.

Crédit Photo : Martin Bureau / AFP

Invité sur le plateau de France 2 pour L’Emission Politique jeudi dernier, François Fillon a accusé le chef de l’Etat François Hollande d’être responsable des ennuis judiciaires auxquels se heurte le candidat des Républicains depuis les révélations en chaîne du Canard Enchaîné. En s’appuyant sur la sortie du livre Bienvenue Place Beauvau, Police : les secrets inavouables d’un quinquennat écrit par Christophe Labbé, Olivia Recasens et Didier Hassoux, journalistes investigateurs, François Fillon a déclaré « Je vais mettre en cause le président de la République. Un livre sort ces jours-ci (…) il explique que François Hollande fait remonter toutes les écoutes judiciaires qui l’intéressent à son bureau. On cherchait un cabinet noir, on l’a trouvé ».

Le chef de l’État a immédiatement répliqué, en dénonçant un manque de dignité du candidat. « Ce qui est clair, c’est que tout est clair ici. Et ce qui n’est pas clair, c’est ce que M. Fillon doit justifier auprès de la justice », a-t-il asséné. Et d’ajouter : « Vous savez, je ne veux pas rentrer dans le débat électoral, je ne suis pas candidat. Mais il y a une dignité, une responsabilité, à respecter. Et je pense que M. Fillon est au-delà maintenant, ou en-deça ». Ainsi, les accusations de Fillon permettent à Hollande de renforcer sa posture présidentielle en cette fin de quinquennat, au-delà des affaires et des "petits" débats. Notamment après l’affaire Bruno Le Roux, accusé d’avoir fait embaucher ses filles mineures au Parlement, et dont l’éviction rapide avait néanmoins entaché le président. Dans le viseur de Hollande, il y a notamment l’après-présidentielle et le rôle probable que celui-ci cherche à jouer pour composer une majorité gouvernementale et parlementaire en cas de victoire de Macron.

La meilleure défense c’est l’attaque

 
Avec ces accusations, François Fillon tente de retourner une situation qui n’est en rien à son avantage. Comme on dit, la meilleure défense c’est l’attaque ! Alors qu’il est devenu l’incarnation d’un système corrompu jusqu’aux os et qu’il apparaît aujourd’hui comme réellement distancé par ses concurrents directs Marine Le Pen et Macron pour la qualification au second tour, le candidat des Républicains tente le tout pour le tout. Le nouvel angle d’attaque du camp Fillon : l’existence d’un prétendu cabinet noir, piloté par François Hollande, et responsable des ennuis judiciaires du candidat de la droite.

Sa contre-offensive a pris un nouveau tournant en début de semaine, après qu’il a appelé son camp à « se saisir de l’affaire du cabinet noir ». Ce lundi, la garde rapprochée du candidat de la droite à la présidentielle est passée à l’attaque. Via un courrier rendu public, six d’entre eux (dont Retailleau, NKM, Valérie Pécresse ou Christian Jacob), demandent au procureur de la République de Paris d’ouvrir une information judiciaire.

Ce que dit le livre, et ce qu’il ne dit pas

 
Réagissant aux accusations de Fillon sur le plateau de France 2, Didier Hassoux a déclaré « Dire que l’affaire Fillon vient de l’Élysée, c’est une plaisanterie. (..)Je laisse à François Fillon la responsabilité de ses propos (…) on écrit en page 24 [du livre] qu’il n’est pas possible d’apporter la preuve formelle de l’existence d’un cabinet noir. » Avant d’ajouter : « Il faut aussi savoir que, dans ce pays, depuis Louis XV, la police est politique. (…) Par exemple, Nicolas Sarkozy avait conceptualisé cela de façon beaucoup plus ardue. Il avait créé une officine complètement dédiée à la remontée directe des informations judiciaires jusqu’à lui, qui s’appelait la DCRI (Direction générale de la Sécurité intérieure ».

Autrement dit, comme on s’en serait doutés, les accusations de François Fillon ne sont qu’une tentative désespérée pour détourner le regard de l’opinion publique. Les auteurs du livre récusent l’idée selon laquelle la descente aux enfers de Fillon autour de ses affaires de corruption soit l’œuvre d’un procès politique commandité par le chef de l’Etat. Fillon ne s’en sortira pas comme ça, et il devra répondre sur les accusations qui lui sont portées. Au-delà du cas Fillon, ce que révèle l’affaire autour du livre Bienvenue Place Beauvau c’est l’existence de liens étroits et obscurs entre le pouvoir politique et le pouvoir policier et judicaire. Liens qui existaient bien avant le quinquennat Hollande, qui se sont maintenus, et qui remettent en cause la prétendue garantie démocratique de séparation des pouvoirs. Preuve, une fois encore, que ce système est pourri de fond en comble.

Quant à Fillon, ses casseroles ne le quittent pas

 
Toujours distancé par le candidat d’En marche ! et Marine Le Pen dans les sondages, le candidat de la droite est encore à la peine sur le terrain. Il a changé lundi matin de train en direction du Croisic pour échapper à plusieurs dizaines d’opposants, après avoir essuyé ce week-end au Pays basque concert de casseroles, jets d’œufs et de tomates.

Pour Fillon et son camp, sa campagne reste difficile malgré sa tentative de retourner la situation. L’élimination du candidat pour le second tour est une option toujours plus assurée qui révèle la crise que traversent les médiations politiques traditionnelles de la Vème République.




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