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Politique

L’arroseur arrosé ?

Lactalis : si ferme sur l’affaire, Bruno Le Maire avait … supprimé 603 postes dans la sécurité alimentaire

C’est l’arroseur arrosé. Après l’affaire du lait contaminé, Bruno LeMaire était monté au créneau pour condamner fermement Lactalis. Pourtant, l’on apprend par des syndicats qu’il a été celui qui a supprimé près de 603 postes de contrôle sanitaire lorsqu’il était ministre de l'Agriculture entre 2009 et 2012…

Crédits photo : RTL

Le jeudi 16 juillet, le ministre de l’Économie s’affichait particulièrement remonté suite à l’affaire du lait contaminé par les salmonelles. Il avait par ailleurs affirmé que Lactalis avait « gravement failli » et que « la sécurité des consommateurs [n’était] pas négociable ». Le lendemain, il convoquait le patron du groupe Lactalis, au ministère pour lui passer un savon. En première ligne dans l’affaire, il annonçait par la suite que toute la production issue de l’usine Lactalis située en Mayenne allait être retirée de la vente. Plus tard encore, il a surenchéri en affirmant que « l’Etat prend toutes les mesures nécessaires pour garantir la sécurité sanitaire à laquelle les Français ont le droit ».

Pourtant, quelques jours plus tard, c’est … sa propre responsabilité qui est pointée du doigt : selon des syndicats, c’est ce même Bruno Lemaire qui a supprimé de nombreux postes dans les services de contrôle sanitaire de 2009 à 2012. Ministre de l’Agriculture de l’époque, le patron de Bercy avait fait supprimé 603 postes faisant passer les effectifs de 5279 à 4676 postes. « La période au cours de laquelle Bruno Le Maire a été ministre de l’Agriculture a été marquée par une forte baisse des effectifs des services vétérinaires chargés des contrôles de l’industrie agroalimentaire », a indiqué Jean-Claude Gautier du Snuitam-FSU, dans Ouest-France.

Et c’est une tendance de fond, des chiffres trouvés par Ouest-France confirment que les effectifs en charge de la surveillance de la sécurité et de la qualité sanitaire de l’alimentation ont diminué de façon drastique depuis 2005 notamment. Bien qu’en définitive les grandes multinationales ont les moyens de contourner ces contrôles, pour autant, les usines sont de moins en moins contrôlées lâchant ainsi la bride aux patrons de l’alimentaire. Le syndicaliste explique qu’une usine comme celle de Craon, siège du groupe Lactalis ne peut être inspectée qu’une fois par an. Pour les « laiteries qui ne produisent pas de lait infantile, les contrôles peuvent être espacés jusqu’à deux ou trois ans », continue-t-il.

Comme un pompier pyromane, d’un côté, Bruno Lemaire pousse des cris d’orfraie quant à l’affaire du lait contaminé, de l’autre, en sous-main, il supprime des postes censés « contrôler » ces mêmes usines qui produisent le lait. C’est une nouvelle illustration des méthodes que la classe politicienne use pour instrumentaliser les affaires, lorsqu’elles éclatent et qu’ils sont au pied du mur, tandis que, dans l’ombre, ils œuvrent au service de la grande industrie alimentaire, et plus généralement au service du grand patronat. Pour autant, étant donné que cette affaire est éminemment politique, les « coups de communication » de Bruno Le Maire pourraient bien lui revenir comme un boomerang.




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