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Monde

Impérialisme français dans ses ex-colonies

Le Quai d’Orsay au courant des affaires entre Lafarge et Daesh ?

Nouvelles révélations dans la participation du géant français du ciment Lafarge au financement de Daech : d’après des information du Canard Enchaîné, même le ministère des affaires étrangères était au courant des magouilles de la multinationale sur les terres de l’Etat islamique.

Crédits : REUTERS/Mushtaq Muhammed

Lafarge a bien donné jusqu’à 100 000 dollars aux divers groupes de la région

Tout a commencé en 2008. A l’époque, Lafarge investit près de 680 millions de dollars dans une usine dans le nord de la Syrie, à 50km de Kobané. Un investissement que l’entreprise est censée amortir en vingt ans sur le marché luxuriant qu’est la construction au Moyen Orient, surtout dans des contextes politiques comme l’Irak où la reconstruction est un marché qui suscite les appétits des géants de la construction comme Lafarge Holcim. Sauf que la guerre en Syrie et la perte de contrôle par Bachar Al Assad d’une large partie de son territoire va amener le groupe à financer tous les groupes et milices présentes sur le terrain pour maintenir coûte que coûte son activité. L’objectif est clair, il s’agit de maintenir coûte que coûte la cimenterie dans l’objectif d’être dans les premiers pour le marché de la reconstruction post-Daech. La guerre qui tue alors des dizaines de milliers de civils n’est alors pour Lafarge qu’une opportunité de plus de voir le marché s’élargir. Au point où l’entreprise va financer petit à petit tous les groupes belligérants sur place, dont Daech, à partir de 2013. Du racket des marchandises, à hauteur de 500 tonnes sur les 20 000 que produit l’usine, au financement direct pour la « sécurité » de l’usine à hauteur de 20 000 dollars par mois au groupe djihadiste, sur un total de 80 000 à 100 000 dollars pour les laissez-passer prévus pour les check-points des autres groupes armés de la région. Le tout pour s’assurer la première place dans le marché de la reconstruction, comme l’a expliqué Bruno Pescheux, PDG de l’usine aux enquêteurs : « Ce qu’il faut comprendre, c’est que lorsque cette guerre a commencé, l’usine venait de démarrer. On pensait que quand tout serait fini, il y aurait au moins une cimenterie qui pourrait fournir du ciment pour reconstruire la Syrie…  »

Une coexistence avec Daech… sous la bénédiction de l’Etat Français

Évidemment, un investissement de 680 millions de dollars de la part d’une entreprise française est toujours surveillé de près par le ministère des affaires étrangères. Ici, le Quai d’Orsay est régulièrement informé de la situation par l’entreprise, et lui conseille de continuer coûte que coûte : « Le gouvernement français nous incite fortement à rester, c’est quand même le plus gros investissement français en Syrie et c’est le drapeau français. Donc oui, Bruno Lafont [le directeur général de Lafarge] dit : "On reste" » explique Christian Herrault, l’ancien directeur adjoint opérationnel du groupe. Si le gouvernement français assure ne pas avoir été au courant du financement de Daech par Lafarge, on peut douter de cette naïveté d’un gouvernement expert dans l’implantation d’usines du CAC40 à l’étranger. Une politique qui met avant tout en avant les profits et bénéfices des entreprises du CAC40 (Lafarge a fait près de 143 millions d’euros de bénéfices en 2014) au détriment de toute considérations pour les vies humaines détruites par Daech que ce soit en Syrie, en Irak ou en France.




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