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Politique

Quand une entreprise du CAC 40 finance le terrorisme

Lafarge convoqué en vue d’une mise en examen pour sa collaboration avec Daesh

L'entreprise est convoquée le 5 juin dans le cadre de l'affaire. L'association Sherpa (de lutte contre les crimes économiques), partie civile, demande à ce que la justice retienne la complicité de crime contre l'humanité.

Crédit Photo : Franck Fife/ Afp

En Mars 2017, l’ancien directeur de la filière syrienne du groupe avait reconnu avoir collaboré avec Daesh, ayant versé 16 661 euros de taxes à des organisations terroristes dont l’EI entre 2012 et 2014. À la suite de ces déclarations, une information judiciaire a été ouverte en juin 2017 après une plainte déposée par l’association Sherpa, constituée partie civile. Celle-ci demande à ce que l’entreprise soit condamnée pour complicité de crime contre l’humanité.

En effet, le cimentier est mis en cause pour avoir continué son activité sur le site de Jabalya au nord de la Syrie jusqu’en 2014, ayant transmis de l’argent et acheté du pétrole à des organisations terroristes dont Daesh. Selon le cabinet d’audit patronal Pricewaterhouse Coopers, 13 millions d’euros ont été versés à ces organisations. 

Une enquête a été menée depuis le dépôt de la plainte et plusieurs dirigeants ont été mis en examen. Huit d’entre eux dont 2 ex-PDG sont poursuivis pour financement du terrorisme ou mise en danger de la vie d’autrui. L’entreprise continue de son côté à freiner des quatre pieds, et Sherpa a déposé une plainte pour délit d’entrave.

En effet, celle-ci affirme entre autres choses que des ordinateurs avaient été « passés à la javel ». Également et entre autres choses, l’avocat Christophe Ingrain n’a pas hésité l’été dernier à tenter de dissimuler une partie du rapport d’une enquête interne réalisée à la demande du Conseil d’Administration de l’entreprise. Celui-ci sera par ailleurs normalement encore aux côtés de Lafarge lors de l’audition du 5 juin.

Une affaire qui s’enfonce et qui démontre toujours plus les liens existant entre l’entreprise du CAC 40 et l’EI. Des liens connus de l’État Français bien avant que n’éclate le scandale dans les colonnes du Monde en 2016, comme l’a démontré le reportage d’Élise Lucet Complément d’Enquête paru en avril 2018.

Sans présager des suites de l’enquête, il ne fait pas grand doute que l’administration LREM et le gouvernement ne seront pas d’un grand appui dans sa menée à bien. Lors du passage à l’assemblée nationale de la loi « anti-terroriste » de septembre dernier, ceux-ci avaient notamment refusé un amendement devant permettre de réquisitionner les entreprises qui financent le terrorisme.




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