Société

Procès BDS : Relaxe pour Yamann, Loïc, Jean-Pierre et Bernard !

Le 22 septembre à 13h, tous et toutes devant le tribunal de grande instance de Toulouse

Publié le 19 septembre 2016

Le 22 septembre prochain se tiendra au tribunal correctionnel de Toulouse le procès de quatre militants BDS (Boycott-Désinvestissement-Sanction), qui devait initialement se tenir le 30 juin mais qui avait été repoussé. Ils sont accusés, du fait d’une distribution de tracts dans le cadre de la campagne BDS, d’entrave au commerce et de discrimination envers l’État raciste d’Israël. Nous recueillons ici les propos de l’un d’entre eux, Bernard Cholet, également camarade militant au NPA 31 à qui il a donné une interview précédemment.

Propos recueillis le 19/09/16 par Sadek Basnacki

Sadek Basnacki  : Bernard, tu vas passer le 22 septembre au tribunal correctionnel de Toulouse, avec Jean-Pierre, Loïc et Yamann, trois autres militant-e-s BDS. Peux-tu nous rappeler la chronologie des faits ?

Bernard Cholet : Les faits incriminés, en fait une action de sensibilisation BDS et un rassemblement de dénonciation de l’agression de militants par un commando sioniste, remontent à décembre 2014 et février 2015. Après enquête de police, c’est fin juin 2015 que nous a été notifiée notre convocation à l’audience correctionnelle du 9 décembre 2015 pour « entrave à l’exercice d’une activité économique ». La Licra et le BNVCA (groupuscule raciste pro-israélien) se sont constitués partie civile sur cette accusation dont ils se rendent vite compte qu’elle ne tiendra pas la route, et c’est pour ça qu’ils demandent un report sous le prétexte de la maladie d’une avocate. Et tout de suite après le 9 décembre, deux officines pro-israéliennes coutumières des procès anti-BDS (Avocats sans frontières et France-Israël) déposent une « citation directe » demandant de nous condamner sur la base de la loi sur la presse « pour incitation à la discrimination », du seul fait de la distribution et du contenu d’un tract. Et là, je résume pour faire court. Ce qu’il faut savoir c’est que nous sommes engagés sur une procédure qui pourra durer de 3 à 7 ou 8 ans… Nous sommes au tout début.

SB : Vous deviez déjà passer en procès le 30 juin dernier, plus de 250 personnes étaient venus vous soutenir, mais, sur demande des officines sionistes, le procès a été repoussé au 22 septembre. Pourquoi cette demande ? Est-ce une reculade ?

BC : Les parties civiles se sont prises les pieds dans le tapis en créant deux affaires. Ce qui veut dire que les mêmes faits sont poursuivis sur deux fondements, ce qui ne manque pas de poser des problèmes de droit que nos avocates ont relevés dans leurs conclusions. Pour mettre leur système en place, les parties civiles ont sollicité un nouveau renvoi que le président leur a accordé. Il n’y a pas de reculade mais une mise au point pour que les parties civiles précisent pour qui et dans quelle affaire elles prétendent intervenir. La seule nouveauté du 30 juin, c’est l’arrivée d’une cinquième partie civile, à savoir le CRIF Toulouse, une première dans les procès contre la campagne BDS.

SB : Comment se présente ce procès du 22, et qu’en attendez-vous ? Quel peut être son impact au plan national ? Y a-t-il déjà d’autres dates de mobilisation prévues ?

BC  : Il se prépare dans l’élan de la mobilisation du 30 juin, mais après la mise en veilleuse des vacances estivales et la nécessité de relancer la machine par des tractages et collages pour l’organisation du rassemblement du 22 septembre. Ce sera un petit peu un copié-collé du 30 juin, mais qui permet de renforcer les liens du mouvement de solidarité à la Palestine dans tout le pays, de renforcer aussi la campagne BDS et d’ouvrir le débat sur quelle solidarité pour le peuple palestinien. C’est l’impact que ce procès peut avoir au niveau national pour l’instant. Mais nous réfléchissons à la campagne de soutien à mener dans le cadre du futur procès en appel pour dans 6 mois à un an qui aura une place particulière après les décisions de la Cour de cassation de la fin 2015. La question sera claire : est-il encore possible en France de critiquer la politique de l’État d’Israël sans être taxé et condamné pour antisémitisme ? Ce qui serait une attaque énorme contre les libertés d’opinion et d’expression est une défaite pour le mouvement social. C’est sur ce terrain que nous devons continuer à élargir la riposte dans la jeunesse et le mouvement syndical.

SB  : La politique de criminalisation du soutien au peuple palestinien s’est accélérée ces dernières années, même si elle remonte à loin, comme en témoigne la persistance de l’incarcération de Georges Ibrahim Abdallah. On se souvient que les premières manifestations interdites sous Valls, c’était celles en soutien au peuple palestinien à l’été 2014 ; mais plus localement il suffit de penser aux procès à répétition des militants BDS, comme à Montpellier, qui s’inscrit dans la criminalisation d’ensemble que nous savons des luttes et du militantisme politique et syndical. Depuis 2015, l’État d’urgence et le racisme d’État, le climat politique favorise au plan national aussi les offensives de groupes d’extrême-droite (LDJ et Brigade juive). Le fait que Valls et le gouvernement, qui ont fait autour du burkini et de l’offensive islamophobe en cours une affaire d’État, dénoncent carrément la campagne BDS comme antisémite est particulièrement éloquent. Comment envisages-tu l’évolution de cette situation d’ensemble ?

BC : Très dangereuse pour le moins. D’abord, après l’attentat de Nice, des politiques de droite (pour l’instant) nous parlent d’« israéliser » la sécurité en France… rien que ça, ce qui demande de notre part d’expliciter ce que signifierait une telle « israélisation ». En appelant à la vigilance face à cette redoutable confusion des termes, qui consiste non seulement à faire oublier la source de la violence, l’occupation illégale d’un peuple et la colonisation de ses territoires, mais aussi à nous présenter comme un modèle la répression de la résistance du peuple palestinien. Israël n’est certainement pas le « modèle » à suivre. Bien au contraire, c’est l’impasse sécuritaire qu’il nous faut éviter. Mais ce n’est pas tout, la thèse assimilant la critique de l’État d’Israël à l’antisémitisme est désormais quasi-officielle en France. Elle est défendue par le Premier ministre et par le préfet « DILCRA » Clavreul chargé de la lutte contre le racisme qui souhaite que la critique «  anormale  » et «  démesurée  » de la politique israélienne soit considérée au niveau international (dans le cadre de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) comme de l’antisémitisme. Autant dire que Valls et Clavreul sont aujourd’hui les émissaires de Netanyahu pour l’Europe.

SB : La politique de colonisation du territoire palestinien par l’État d’Israël se poursuit, l’impérialisme français la soutient, et les entreprises françaises en profitent pour s’offrir de nouveaux marchés. Au plan international les dockers d’Oakland ont montré au printemps que lorsque les travailleurs se mettent dans la bataille, en pesant de tout leur poids grâce à leur place centrale dans l’économie, cela peut avoir un impact important. Quelles voies sur ce plan, en termes de solidarité et de lutte internationalistes, non seulement sur le terrain de la lutte contre l’impérialisme français et des impérialismes en général, mais aussi de l’union indispensable entre travailleurs et opprimés par-delà les frontières juges-tu possible et nécessaires de tracer ? Et comment, selon toi, y contribuer en France aujourd’hui ?

BC : Tu ne peux citer comme action de solidarité au plan international que l’exemple des dockers d’Oakland et c’est bien ce qui pose problème. L’internationalisme concret est en recul terrible au vu de que nous pouvons mesurer dans le mouvement ouvrier en France comme ailleurs. Le précédent secrétaire général de la CGT avait rencontré le CRIF. Une partie des syndicats français ont des relations avec la Histadrout, qui a dans ses statuts la « défense du travail juif », qui a refusé de syndiquer des Palestiniens et qui a participé à briser la grève générale palestinienne en 1936. Il faut reconstruire l’internationalisme en particulier dans le cadre syndical. C’est ce que BDS France se propose de faire, à son niveau, en solidarité avec le peuple palestinien.

Le premier geste de solidarité que nous devons faire, c’est soutenir ceux qui soutiennent activement le peuple palestinien. Jeudi 22 septembre, à 13 heures, nous devons soutenir ces quatre militant-e-s poursuivi-e-s en participant au rassemblement devant le TGI. Signez la pétition en ligne. Relax pour Yamann, Loïc, Jean-Pierre et Bernard, et que vive le peuple palestinien ! PALESTINE VIVRA ! PALESTINE VAINCRA !

Voir aussi l’interview et le communiqué de soutien publiés par le NPA 31.