Politique

Edito

Le 23 juin et après, on lâche rien !

Publié le 22 juin 2016

L’Euro n’y aura rien fait, la mobilisation contre la loi travail est loin d’être finie, au grand dam du gouvernement, et de Manuel Valls, qui a sans doute grillé l’une de ses dernières cartouches en faisant tout pour interdire la manifestation parisienne du 23 juin. C’est à se demander s’il ne cherche pas une porte de sortie en vue des primaires.

Pierre Reip

La tentative d’interdire la manifestation intersyndicale a rapidement suscité un tollé dans l’ensemble de la classe politique. Sarkozy et Marine Le Pen, flairant le bon coup, se sont même pris au jeu de défendre le droit de manifester. Assez cocasse quand on sait que l’ex-président avait eu recours aux réquisitions de salariés pour briser la grève des raffineurs lors du mouvement des retraites de 2010. Le FN, fidèle à son double discours, s’oppose à Valls, et affiche toujours son opposition à un projet de loi qui serait « dicté par Bruxelles », tout en demandant plus de répression contre les manifestants.
Il faut dire qu’à moins d’un an des présidentielles, il est assez périlleux de se couper des 60% des Français qui continuent à être opposés au projet de loi, malgré ses multiples mais cosmétiques réécritures. Après quatre mois de mobilisation, une dizaine de journées nationales de mobilisation, plusieurs semaines de grève, et en dépit des quelques 1800 interpellations, le mouvement contre la loi travail est en train de battre des records de longévité.

C’est fort logiquement que le jusqu’au-boutisme de Valls a mis le gouvernement dans l’embarras et tendu les rapports avec les frondeurs, comme avec les directions syndicales opposées au projet de loi, mais prêtes à discuter, en l’occurrence, la CGT et FO.
C’est le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve, qui, de concert avec le président, a ménagé une porte de sortie à l’exécutif, vers laquelle se sont précipités Jean Claude Mailly et Philippe Martinez.
Alors que la Préfecture de Police de Paris annonçait dans un communiqué à 9h mercredi matin que la manifestation parisienne du 23 juin était interdite ; quelques heures plus tard, l’intersyndicale annonçait tout sourire depuis Montreuil, qu’elle avait fait reculer le gouvernement et était parvenue à maintenir la manifestation.
Mais il a fallu rapidement déchanter et constater que le parcours proposé, 1,6 km Bastille-Bastille autour du bassin de l’Arsenal était plus un cadeau piégé qu’autre chose. Mailly a eu beau jeu de plaisanter en disant que « pour un « unijambiste, 1,6 km ce n’est pas statique », on a du mal à voir en quoi le parcours imposé représente une avancée qualitative par rapport à un simple rassemblement. Pis encore, le dispositif policier s’annonce d’ores et déjà démesuré : 2000 CRS et contrôles d’identité à l’entrée de la place de la Bastille. Sacrée humiliation pour la mobilisation la plus importante du quinquennat et véritable provocation.
Alors certes, le tollé général suscité par la décision très anti-démocratique d’interdire la manifestation du 23 juin a contraint le gouvernement à reculer, en façade. Valls, qui n’a pas fait de déclaration après l’autorisation in extremis, apparaît comme le grand perdant de l’histoire, tandis que les directions syndicales crient victoire.

Mais on ne peut se contenter d’un simulacre de manifestation, alors que la majorité du pays reste opposé à un projet de loi et à un gouvernement toujours plus thatchériens.
Il faudra être vigilants jeudi, car la police fera tout pour transformer la manifestation en nasse géante et provoquer son pourrissement de façon à fournir à la presse à sensation ses gros titres sur les « casseurs ».
Si aucune force politique ne semble en mesure d’imposer demain dans la rue un parcours Bastille-Nation ou Bastille-République en faisant reculer les CRS et le gouvernement avec eux, on ne peut se réduire à accepter le parcours proposé par Cazeneuve et validé par la CGT et FO, en criant victoire. Il convient non seulement de dénoncer cette énième humiliation du gouvernement, mais aussi son acceptation par les directions syndicales. Après le recours au 49-3, la répression à tout crin, avec ce dernier épisode, le gouvernement ne cesse de franchir des paliers dans l’autoritarisme.
Ce n’est pas seulement de la loi travail qu’il s’agit, mais toujours plus d’un rapport de force, dans lequel les questions démocratiques occupent une place essentielle.