Politique

Cocorico !

Le Brexit donne des ailes à Mélenchon

Publié le 28 juin 2016

Pierre Reip

Le slogan de la campagne JLM2017 laissait déjà songeur. En ces temps de montée du nationalisme, se faire le héraut de « La France insoumise » est pour le moins chauvin. Contre qui faudrait-il donc défendre la France, puissance impérialiste de premier plan, qui ne se gène pas pour mener la guerre sur tous les continents et offre depuis si longtemps son visage xénophobe à la face du monde ?
Bruxelles et Berlin, pardi !

Le coup de blues qui avait suivi le revers aux européennes de 2014 est bien loin. C’est un Mélenchon revigoré qui a lancé sa campagne, le 5 juin, depuis la place Stalingrad, avec un exorde aux accents mitterrandiens, calqué sur le fameux discours du président socialiste à Mexico, en 1981.
Le vote en faveur du Brexit semble être une divine surprise pour Mélenchon, qui, profitant du discrédit du PS, est déjà bien placé dans les sondages. A l’instar de Marine Le Pen, il inonde depuis vendredi la toile de tweets tous plus cocorico les uns que les autres. Son compte twitter a fait du surrégime, avec plus de soixante tweets portant le hashtag #Brexit, dans les deux jours qui ont suivi le référendum.

A la lecture, difficile de savoir lequel obtient la palme du tweet le plus affligeant. Mélenchon ne se gène pas de détourner le fameux « La France tu l’aimes ou tu la quittes », du souverainiste Philippe De Villiers en « L’UE, on la change ou on la quitte ».

Après avoir vanté la décision du « peuple anglais », les vieux réflexes reviennent au gallo, exit la langue de la perfide Albion. Mélenchon does not want to speak english anymore.

Après s’en être pris à l’english, notre candidat revanchard réservait ses coups au « meilleur ennemi », l’Allemagne, contre qui il a toujours une dent.

L’Allemagne warum ? Because Frankreich ! Derrière ses diatribes contre Merkel et nos voisins d’outre Rhin, c’est la France que Mélenchon, et le Bonaparte qui sommeille en lui, veut mettre au centre du continent.

Mais qu’on se rassure, ce n’est pas lui qui copie le Pen, mais bien Marine qui le plagie, sans comprendre. Vraiment ?

Mais que faut il comprendre des dernières sorties du tribun sur l’immigration ? Que veut dire Mélenchon, lorsqu’il nous dit qu’il faut régler le problème de l’immigration, avant qu’il ne devienne « suffocant » ? « Si l’on ajoute à cela le bruit et l’odeur » disait Chirac en son temps…

Alors certes, Mélenchon distille dans ce flot chauvin des tweets où il s’en prend au « nationalisme », mais encore une fois, pour lui, c’est l’UE qui est coupable, et non pas le patronat français bien de chez nous et ses laquais du Sénat et de l’Assemblée.

Défendre « la France » contre Bruxelles n’est pas seulement facile, c’est aussi mensonger. C’est cacher que la bourgeoisie française a bien profité et profite encore des directives et traités européens. Pour les populistes de tout poil, il est toujours facile de faire vibrer la corde patriotique et de s’attaquer au voisin allemand. Mais c’est berner les gens que de faire croire que les décisions prises par l’Union Européenne sont « imposées » aux gouvernements français successifs. L’UE n’est pas une entité toute puissante « flottant au dessus des États ». Sa politique est l’expression de la volonté des puissances européennes qui la dirigent, au premier rang desquelles la France et l’Allemagne. Penser qu’on pourrait voir naître une « autre Europe » en défendant une « France insoumise » est un non-sens. Face à la montée du nationalisme et à la bureaucratie européenne, il convient au contraire de renouer avec les meilleures traditions internationalistes.

Comme le disait un allemand, jeté en prison pour s’être levé contre le chauvinisme et la guerre : « Der Hauptfeind steht im eigenen Land ! » « L’ennemi principal est dans notre propre pays ! ». Son nom ? Karl Liebknecht. Il fut assassiné parce qu’il s’était dressé, non pas contre un ennemi du dehors fantasmé, mais contre sa bourgeoisie nationale et ses plus fidèles serviteurs.