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Monde

70 ans après la partition

Le Cachemire sous le feu de la répression nationaliste hindoue

Alors que l'Inde et le Pakistan viennent de fêter le 70ème anniversaire de leur indépendance, le Cachemire reste le théâtre d'un conflit meurtrier qui oppose l'Inde, le Pakistan et les mouvements indépendantistes de Jammu-et-Kashmir. Dans un contexte marqué par la montée du nationalisme hindou en Inde et des violences islamophobes, le peuple cachemiri poursuit son combat pour l'autodétermination.

L’Inde et le Pakistan ont fêté, respectivement l4 et le 15 août 2017, le 70ème anniversaire de leur indépendance nationale. Pourtant, l’ancienne domination coloniale britannique continue d’impacter la vie politique des deux pays et d’être à l’origine du conflit meurtrier qui traverse la région du Cachemire. Le gouvernement indien actuel, l’un des plus à droite de l’histoire du pays, affiche clairement un nationalisme hindou virulent qui accompagne la volonté d’installer l’Inde comme principale puissance économique et politique, notamment face à la Chine et au Pakistan. L’augmentation des violences islamophobes dans le pays et l’intensification de la répression contre les mouvements contestataires ravivent les tensions au Cachemire, dans un contexte marqué également par l’émergence du djihadisme sunnite dans les mouvements séparatistes cachemiris.

Le poids de l’impérialisme britannique

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les impérialismes français et britannique sont affaiblis par les années de conflits. Alors que l’URSS et les Etats-Unis s’affirment comme puissance mondiale, ils font face aux révolutions anti-coloniales. En 1947, l’impérialisme britannique négocie l’indépendance de l’Inde avec les leaders nationalistes hindous et musulmans, afin d’y conserver une influence politique et économique malgré la fin de la domination coloniale. Les Indes britanniques constituent alors un vaste sous-continent dont la majorité de la population est hindoue et où se trouve une importante minorité musulmane (30%). C’est sur ces différences confessionnelles que va s’appuyer le gouvernement anglais en découpant à la hâte deux Etats, l’un musulman (le Pakistan), l’autre à majorité hindoue (l’Inde).
Cette partition brutale et imposé par l’ancienne puissance coloniale sera à l’origine de conflits meurtriers entre l’Inde et le Pakistan, causant des millions de morts et plusieurs dizaines de millions de déplacés. La région montagneuse du Cachemire, stratégique par sa situation, est au centre des tensions qui déchirent les deux pays. Avant la partition, la principauté de Jammu-et-Cachemire était autonome. En 1949, elle est rattachée au territoire indien par l’administration britannique, au mépris des réalités sociales et culturelles de la région et des populations.
Aujourd’hui, le Cachemire, région la plus militarisée du monde, est partagé entre la Chine, l’Inde et le Pakistan. Alors que l’Inde revendique l’ensemble du territoire, le Pakistan revendique les régions contrôlées par l’Inde. Les mouvements séparatistes cachemiris mènent également une lutte pour l’indépendance du Cachemire ont su rencontrer une sympathie et un soutien dans de larges secteurs de la population.

Développement de la lutte populaire pour l’autodétermination

70 ans après les indépendances, le Cachemire continue de cristalliser les tensions entre l’Inde et le Pakistan. Malgré l’absence de conflit ouvert, les deux pays continue de s’affronter, notamment à travers la lutte pour l’autodétermination que mène le peuple cachemiri. Entre les années 70 et 90, le Jammu Kashmir Liberation Front a mené une lutte pour l’indépendance du Jammu-et-Kashmir, d’abord au moyen d’actions militaires ciblées, puis par une insurrection armée. Confronté à la répression pakistanaise et indienne, la majorité des mouvements séparatistes ont abandonné la perspective de la lutte armée.
Accusés tour à tour d’être des agents indiens et pakistanais, la majorité des militants séparatistes ont été emprisonnés ou capturés. La violence déployée par l’armée indienne contre la population cachemirie est régulièrement dénoncée par les organisations de défense des droits de l’Homme. Auparavant dirigé principalement contre les militants, la violence et la répression se sont diffusé contre toutes les couches de la population à mesure que le visage de la contestation s’est transformé. Aujourd’hui, la guérilla a laissé place à des rassemblements et des manifestations populaires, fréquentes et difficilement prévisibles. Comme le souligne un double reportage publié par Le Monde du 26 août, en face, l’armée n’hésite pas à tirer sur la foule, à utiliser des civils comme boucliers humains attachés sur le pare-chocs des véhicules militaires et à mener des arrestations et des opérations d’intimidations quotidiennes.
Dans ce contexte d’extrême violence, marqué à la fois par le déclin des organisations séparatistes des années 70 et 90 et par l’arrivée au pouvoir en Inde des nationalistes hindous, de nouveaux acteurs émergent dans la contestation populaire du Cachemire. Le jihadisme sunnite, projeté depuis la scène moyen-orientale et soutenue par les services de sécurité pakistanais commencent à gagner du terrain, notamment au sein d’une fraction de la jeunesse.

Crédits photos : Deccan Chronicles




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