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Monde

Un nouveau pas dans la répression des migrants

Le Danemark et l’Autriche voudraient des camps de rétention pour migrants

Bientôt des camps de rétention pour migrants à la périphérie de l'Europe ? C'est le projet porté par deux membres de l'Union européenne, le Danemark et l'Autriche, annoncé ce mardi 5 juin. Une annonce qui marque un pas de plus dans la fermeture des frontières, la criminalisation et la répression des migrants.

Lack Lokke Rasmussen, le Premier ministre danois, a annoncé ce mardi la volonté de son pays – conjointement avec l’Autriche – de créer des centres de rétention voués à « accueillir » les demandeurs d’asile qui tentent de rejoindre l’Europe. Un dispositif qui s’inscrit dans un « nouveau régime européen de l’asile », proposé par le dirigeant nordique, avec le soutien notamment des nationalistes du Dansk Folkeparti. Ces centres de rétention seraient probablement mis en place en périphérie de l’UE, dans des pays comme le Kosovo ou l’Albanie. Des États aujourd’hui engagés dans un long processus de demande d’adhésion, ce qui laisserait penser que cela pourrait constituer un « échange » : accélération de la procédure contre gestion de camps d’enfermement. Ces camps d’enferment sont par ailleurs une expression symptomatique des politiques européennes xénophobes.

Le projet est donc soutenu par l’Autriche, qui prendra dans les prochaines semaines et pour six mois la présidence tournante de l’Union européenne. Cette dernière, en la personne de son chancelier, le conservateur Sebastian Kurz, s’est en effet rapprochée du Danemark et a entamé des discussions en ce sens.

Ce dernier a fait de la « protection des frontières extérieures de l’Union » l’une des priorités de sa présidence de l’organisation, et a admis que ce projet était porté par un « cercle restreint » de pays, auquel pourraient également appartenir, entre autres, les Pays-Bas. Le ministre de l’Intérieur autrichien Herbert Kickl a quant à lui promis d’augmenter les expulsions d’Autriche avec notamment la création d’une nouvelle police des frontières, et a affirmé que son pays ne participerait plus au programme de répartition des réfugiés décidé par l’UE.

Pour l’instant, cette initiative réactionnaire ne fait pas l’unanimité au sein de la bourgeoisie européenne, qui est pourtant déjà bien placée en terme de traitements indignes des populations migrantes. La commission européenne en a appelé à une politique fondée sur les valeurs d’hospitalité que l’UE prétend défendre, en parlant « d’initiatives nationales ». Ces « valeurs d’hospitalité » se résument en réalité à criminaliser les migrants et les associations leur venant en aide, y compris en Allemagne, pays tant vanté pour sa grande « hospitalité ». La chancelière allemande Angela Merkel avait accueilli plus d’un million de migrants en Allemagne en 2015 : un acte politique habile, puisqu’il répondait avant tout à un déficit démographique et donc à un déficit de main d’œuvre.

Ces camps de rétention pour migrants sont une illustration supplémentaire de la politique scandaleuse de l’Union européenne, refusant de mettre en place des conditions d’accueil décentes pour faire face à l’afflux de réfugiés et de migrants. Plus d’un million de demandes seraient en instance, créant des situations dramatiques pour les personnes, majoritairement originaires de Syrie, parfois transférées d’État membre en État membre.

Dans le même temps, l’État français, avec en tête de file son ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, souhaite encore durcir sa législation en termes d’accueil de migrants. L’Hexagone fait pourtant déjà partie des pires pays d’accueil du continent. Une politique toujours plus autoritaire à l’égard de ces populations qui va dans le même sens que ses voisins européens, eux aussi très prompts à renforcer leur arsenal répressif face à la question des migrants.

Les États européens arguent une « crise migratoire » pour fermer leurs frontières et commencent aujourd’hui à penser des centres de rétention où lon ne peut qu’imaginer les conditions inhumaines dans lesquelles seraient retenues les personnes migrantes. Mais cette crise n’est rien de plus que le résultat de leur politique, celle des puissances impérialistes qui continuent à l’extérieur à bombarder la Syrie et à exercer leur pouvoir néocolonial en Afrique et au Moyen-Orient ; et à l’intérieur, à instaurer des politiques répressives et réactionnaires notamment contre ces mêmes personnes migrantes.




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