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Politique

La tension est à son comble

Le FN au bord de l’implosion ?

Malgré le score historique du Front National au second tour de la présidentielle, avec 33,9% et plus 10,6 millions de voix, le parti a aujourd’hui la gueule de bois : entre les ultimatums de Philippot et les remises en cause de Marine Le Pen, plus rien ne va.

Marine Le Pen décriée après le débat, des sanctions décidées


Le Front est en crise. La défaite de Marine Le Pen, et surtout sa gestion du débat du mercredi 3 mai font beaucoup de mécontents chez les militants frontistes comme chez certains cadres. D’aucuns vont même jusqu’à remettre en cause celle qui a mené le Front au second tour, au risque de sanctions de la part de la direction du parti qui doit tenir les rênes d’un attelage divisé. La question que beaucoup se posent est la suivante : Marine Le Pen peut-elle devenir un jour présidente de la République avec sa stratégie ? Ainsi, certains cadres, comme Jean-Pierre Legrand, conseiller municipal à Tourcoing (Nord) et chef de file du FN dans le département, en doutent sérieusement :
« Le débat télévisé l’a démontré. Le programme était déficient et tout était basé sur la communication, ce n’est pas suffisant… Pour préparer la présidentielle, il n’y a quasiment pas eu de groupes de travail, ou à Paris, sans indemnisation. Comment voulez-vous que les gens de province y participent ? De plus il y a eu différentes tendances au parti et c’est Marine Le Pen qui a tranché sur certains thèmes, sans qu’il y ait d’explication. Même en tant qu’élu municipal, je serais bien incapable de vous expliquer le programme. C’est quand même gênant. »

Un autre conseiller municipal, Jean François Bloc, a expliqué quant à lui que « le FN n’était pas apte à gouverner ». Des critiques qui sont autant d’épines dans le pied de Marine Le Pen, qui compte répondre à cela avec la plus grande sévérité. Car au-delà de la question du débat du 3 mai, c’est plus généralement la stratégie de « lepénisation » de la politique qui est remise en cause, et cette remise en cause supposerait l’éviction de la famille Le Pen, trop attachée à cette histoire. C’est pourquoi des procédures disciplinaires ont été lancées contre ces cadres du parti, dont on se demande quelles seront les conséquences, étant donné le précédent de Jean-Marie Le Pen, dont l’exclusion avait été écartée par la justice.

Alliance avec Dupont Aignan et la sortie de l’euro : le point de crispation pour Philippot


De l’autre côté, l’alliance avec Dupont Aignan et les arrangements qu’elle a supposés n’ont pas fait que des heureux. Si cette stratégie a permis à Marine Le Pen d’engranger sûrement de nombreuses nouvelles voix pour le second tour, le parti se déchire entre les « pro-ouverture » et ceux qui préfèrent le Front tel qu’il est. Une discussion qui apparaît comme un épisode 2 des débats du FN dans les années 1990, quand Bruno Mégret souhaitait voir le Front s’ouvrir à d’autres formations de la droite nationaliste et/ou identitaire, une voie que Jean-Marie Le Pen avait alors refusée, au point d’exacerber la défiance entre les deux hommes.

Ainsi, l’ouverture vers Nicolas Dupont Aignan et le mouvement qu’a annoncé Marine Le Pen le soir de l’élection ne semble satisfaire que peu de monde : cette alliance a permis de sceller le sort de la sortie de l’euro, projet désormais rangé dans les greniers de Montretout. Cette éviction d’une partie du programme, qui faisait l’identité du FN, pourrait cependant se faire au prix de la perte d’une des pièces maîtresses du château de cartes qu’est le FN. Florian Philippot, interrogé sur RMC, a annoncé qu’il quitterait le parti si celui-ci abandonnait la sortie de la monnaie unique. Un ultimatum qui montre l’intensité des affrontements au sein même de la garde rapprochée de la candidate, quelques jours après l’annonce de sa nièce de quitter (momentanément) la vie politique.




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