Politique

Philippot, Le Pen et El Khomri

Le FN contre le projet de loi Travail ? Vaste blague (raciste)

Publié le 21 mars 2016

Alors que le débat sur la loi El Khomri occupe une place centrale dans débat politique, le Front National, soi-disant « premier parti de France », se révèle étonnamment discret sur le sujet. Bien moins à l’aise sur le terrain social et économique que sur le terrain de la stigmatisation des étrangers, le parti d’extrême droite montre son double visage. Les (rares) déclarations des pontes frontistes montrent en revanche le caractère profondément anti-travailleurs du programme FN.

Julian Vadis

Ligne « populiste » et ligne libérale : le double visage du Front National

Le Front National a officiellement indiqué qu’il voterait contre le projet de loi El Khomri à l’Assemblée Nationale. Une position synonyme d’homogénéité sur la question ? Rien n’est moins sur. Entre les positions de Marine Le Pen et Florian Philippot, qui axent le discours sur la « précarisation » de l’emploi d’un côté, et le discours porté sur la compétitivité des entreprises version Marion Maréchal Le Pen, qui choisit un angle d’attaque libéral de l’autre, le parti d’extrême droite fait étalage de ses difficultés à garder le masque du parti du côté du « peuple ». Le point de ralliement se situe au niveau des PME/TPE et surtout sur la critique unanime de l’Union Européenne, mécanisme responsable de tout les maux et qui permet aux pontes frontistes de retrouver leur terrain de prédilection.

« Avant de vouloir précariser le travailleur français, il faut créer de l’emploi, créer du carnet de commandes pour les petites entreprises. Comment on fait ? Eh bien, on revoit le modèle économique, par exemple on abroge la directive détachement des travailleurs. Ça pourrait soulager le secteur agricole et le secteur du BTP » a ainsi déclaré la présidente du Front National le 19 février, sur le site officiel du parti. « Une première mesure, avant la loi El Khomri, ce serait de mettre en place un impôt progressif pour que les PME paient moins (...), mais les grands groupes qui ne paient pas d’impôts en France, eux, seraient obligés d’en payer », a renchéri, le 3 mars, Philippot sur les ondes de RMC. Pour Marion Maréchal Le Pen, en revanche, la première (comme la deuxième) version de la loi travail « pose les bonnes questions, mais n’apporte pas les bonnes réponses ». L’élément central, absent du projet de loi, serait la défiscalisation des heures supplémentaire, posée comme « condition pour travailler plus ». En ce sens, les licenciements économiques « ne choquent pas » et sont même assez bien adaptés aux « réalités », pour la néo-député, qui a bien appris la leçon de son grand-père qui se présentait, dans les années 1980, comme le « Reagan français ».

Deux points de départ antagoniques qui concordent, par la suite, sur un point commun implicitement électoraliste. La loi El Khomri fait que « seules les grandes entreprises, qui disposent d’une représentation syndicale, pourront appliquer cette dérégulation du code du travail, leur accordant ainsi un avantage concurrentiel au détriment des petites entreprises qui représentent pourtant l’essentiel du tissu économique du pays », déclare Marine Le Pen. La loi ne bénéficierait qu’aux grands groupe ce qui amènerait à l’exclusion du dispositif « 90% des chefs d’entreprises » de l’hexagone pour Marion Maréchal Le Pen. Et Philippot de conclure « Je pense que les Français sont prêts à des réformes, à condition qu’elles soient faites dans un esprit de justice ». Reste à savoir lesquelles, tant le Front National semble divisé sur la question.

Souveraineté économique et monopole syndical : Le FN sur son terrain

Pour éviter de trop se maintenir dans l’œil du cyclone, le FN préfère rapidement retrouver ses terrains de prédilections. Marine Le Pen avait récemment déclaré que les migrants et la loi El Khomri étaient les deux plus grands dangers actuels pour les femmes, cette logique donne le la. En premier lieu, l’Union Européenne est toujours dans le viseur du Front National. « Réintroduire les droits de douanes permettra de sauver des filières » s’exclame Marion Maréchal Le Pen, tandis que la jeunesse frontiste, au travers d’un communiqué, entend « rendre à l’État sa capacité à protéger l’emploi et l’entreprise en France, en retrouvant sa souveraineté économique, monétaire, budgétaire et législative ». Bien qu’il est évident que l’Union Européenne pensée par les politiques libéraux permet de saper les droits des travailleurs et d’accroître l’exploitation capitaliste, le FN n’y oppose qu’un argument nationaliste, ne sortant pas des logiques pro-patronales, sources de l’exploitation elle même et qui revient, in fine, à défendre les intérêts capitalistes à échelle nationale.

Dans la même suite logique, « la racine du problème, c’est le monopole syndical » qui « n’est pas attaqué » pour Marion Maréchal Le Pen. Il est d’une part assez osé, alors que les affaires de répressions syndicales et militantes s’enchaînent, de tenir de tel propos, mais il est surtout révélateur de « l’électorat visé » - les classes moyennes - et du « combat idéologique » mené au sein des masses laborieuses, visant avant tout à endiguer les outils permettant de structurer la révolte des travailleurs, de les délégitimer au profit, en dernière instance là aussi, du capitalisme français. Et la pirouette de la condition du paiement des impôts sur le territoire relève alors d’un populisme aussi abject que simpliste.