Politique

Antisystème, vraiment ?

Le FN installe son siège de campagne dans les beaux quartiers

Publié le 15 novembre 2016

Sarah Macna

Après Trump à la Maison Blanche, Le Pen à l’Élysée ? C’est du moins ce qu’espère cette dernière. Cette semaine, la candidate du Front national inaugure son siège de campagne en plein cœur du très chic 8e arrondissement de Paris.

Bien loin du « peuple » qu’elle prétend représenter...

Après voir cherché à tirer profit de la victoire du très réactionnaire Donald Trump de l’autre côté de l’Atlantique, Marine Le Pen doit inaugurer cette semaine son QG de campagne...à deux pas de l’Élysée. La symbolique est évidemment bien trouvée, pour celle qui se voit déjà à la tête de l’État, et espère voir la victoire de Trump comme signe avant-coureur, tant les différences entre ces deux représentants de l’extrême droite sont minces et leurs similitudes nombreuses.

Son siège de campagne pour 2017 sera en effet situé au 262, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à moins de 2 kilomètres de l’Élysée, qui se situe au 55. Poursuivant la symbolique, le siège sera appelé « l’Escale ». Mais la décision de cette localisation tient aussi au fait que la candidate cherche, comme depuis de nombreuses années, à sortir de la « diabolisation », et à se présenter comme candidate « responsable », une alternative crédible pour les classes dominantes et ce quelque soit son discours soit-disant « anti-système ». Au FN, on prétend donc parler « au nom du peuple », comme le dit son nouveau slogan, mais depuis un 250 mètre carré sur l’une des plus riches avenues de France !

...mais pas (encore ?) candidate naturelle des classes dominantes

Annoncée en grande pompe au début du mois d’octobre, l’inauguration devrait avoir lieu aux alentours du 15 novembre. Le silence observé cette semaine pourrait étonner, si l’on ne savait les déboires judiciaires, mais aussi financier auquel le parti d’extrême droite fait face. En effet, comme le disait Marine Le Pen en octobre, aucune banque pour l’instant, ni française ni étrangère, n’a voulu prêter l’argent nécessaire au parti pour mener sa campagne.

Ceci est un élément de plus pour penser que pour l’instant du moins, les classes dominantes françaises et européennes, à l’instar de la bourgeoisie états-unienne, n’ont pas fait le choix de soutenir la candidature de l’extrême-droite pour défendre leurs intérêts. En d’autre terme, les classes dominantes et la caste politique européenne ont bien plus intérêts à maintenir l’offensive libérale qui est en cours, plutôt que de remettre en cause l’un des projets phare de la bourgeoisie à échelle mondiale qu’est l’Union européenne. Clairement, si cette hypothèse n’est pas en soi inimaginable en tout temps et tout lieu, il ne s’agit pas du programme que souhaite mettre en place les classes dominantes à l’heure actuelle.

Mais comme aux États-Unis, le choix des classes dominantes pourrait être bousculé, du fait de la politique de chômage et d’austérité que PS et Démocrates ont mis en place depuis des années. Et ne nous y trompons pas, le FN avance un alternative sur la droite, loin de remettre en cause le système et profondément néfaste pour les travailleurs et les classes populaires. Le lancement de la campagne du Front National pour 2017 doit donc être pour nous le lancement de notre riposte, en toute indépendance des partis qui se logent et défendent les intérêts de ceux qui logent rue du Faubourg-Saint-Honoré.

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Mots-clés FN