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Politique

Un double mensonge…

Le FN, le premier parti ouvrier de France ?

A cinq semaines du premier tour, dans un contexte où Marine Le Pen devrait arriver première au premier tour, les mythes continuent d’exister à propos d’un Front National « ouvrier », qui n’existe que dans la bouche des grands éditorialistes, car l’examen du programme du FN comme de son électorat prouve le contraire.

Beaucoup le disent, le pensent ou véhiculent cette idée devenue structurante pour penser l’électorat français : le Front National serait monté sur les ruines du Parti communiste, grâce à un fort vote ouvrier, en séduisant la classe ouvrière par un programme industriel qu’il comprenait. Cependant, les quelques études qui traitent de l’électorat FN montrent que les ouvriers votent finalement peu pour le parti des Le Pen ; et pour cause : quand on se penche sur son programme, on se demande comment celui-ci pourrait mobiliser des franges entières des ouvriers.

Un programme pro-patronal particulièrement avantageux pour les patrons des multinationales comme des PME


Dans ses 144 engagements présidentiels, Marine Le Pen propose un programme pour ce scrutin de 2017 peu différent du programme de 2012. Dans ses chapitres « Une France prospère », et « Une France juste », la candidate expose le gros de ses propositions en termes d’emplois et de précarité, qui sont actuellement parmi les questions les plus brûlantes pour cette classe ouvrière qui serait « frontiste ». Et force est de constater qu’à part l’abaissement de la retraite à 60 ans et le retrait de la loi Travail, qui sont évoqués très rapidement et sans explication, toutes les mesures sont avant tout pensées pour satisfaire les intérêts du patronat contre les salariés, que ce soit des grandes multinationales ou des petites et moyennes entreprises.

Un soutien actif au CAC 40


Ainsi, une des parties du programme porte particulièrement sur un Etat pensé comme un soutien aux grandes entreprises du CAC40 : « un plan de ré-industrialisation dans le cadre d’une coopération entre l’industrie et l’Etat-stratège » est évoqué, et Le Pen veut « instaurer un vrai patriotisme économique en réservant la commande publique aux entreprises françaises » et « créer un secrétariat d’Etat dédié aux mutations économiques afin d’anticiper les évolutions des formes de travail liées aux nouvelles technologies (ubérisation, robotisation, partage…) et établir une nouvelle régulation pour préserver une concurrence loyale) ». En toile de fond de toutes ses propositions, Marine Le Pen souhaite instaurer un protectionnisme à la française comme le fait Donald Trump avec les conséquences que l’on voit poindre : si certaines entreprises ont décidé d’investir aux USA, les nouvelles normes de protection des salariés sont en train d’attaquer durement les conditions de travail. Car à un soutien actif de l’Etat au grand capital, comme l’avait déjà fait Hollande avec le Crédit d’impôt sur la compétitivité des entreprises (CICE), se couple de nouvelles attaques sur le plan social.

Couplé à de nouvelles attaques du droit du travail contre les salariés


Car si le Front National s’est toujours dit opposé à loi Travail, on ne peut que douter de son opposition qui est plus un positionnement opportuniste pour flatter des ouvriers que Le Pen aimerait voir dans son escarcelle qu’un positionnement politique de fond : qui a déjà vu le Front National manifester contre les loi anti-sociales du dernier gouvernement ? Que ce soit la loi Macron, la loi Travail, le CICE, dans les faits, le FN a toujours soutenu tacitement ces lois. Une proposition pourtant enterrée par Hollande revient dans le programme des Le Pen : la défiscalisation des heures supplémentaires, mesure qui avait permis à Sarkozy de l’emporter en 2007 Aucune proposition concernant la précarité, les contrats courts, les licenciements, le partage du temps de travail, les augmentations de salaires ou de droits… Dans ses propositions pour « Garantir la protection sociale », le FN ne propose que « mettre en œuvre une vraie politique nataliste » ainsi que «  renforcer la solidarité intergénérationnelle en permettant de transmettre sans taxation 100 000 euros à chaque enfants pour les cinq ans au lieu de quinze actuellement  » : autant de mesures que les chômeurs qui veulent des réponses à leur précarité entendront sûrement autrement qu’un moyen pour « garantir leur protection sociale ». Quant aux propositions de santé, la majorité d’entre elles ne proposent qu’un statu-quo, quand certaines sont totalement réactionnaires, comme supprimer l’Aide Médicale d’Etat, qui permet aux personnes en « situation irrégulière » de pouvoir se soigner.

Face aux grands patrons, les petits patrons ne sont pas en reste : un programme de soutien aux entrepreneurs


Ne nous méprenons pas : le centre du programme de Marine Le Pen vise à séduire les artisans, les petits entrepreneurs, les patrons de PME et de TPE ; en bref, la petite bourgeoisie française et les agriculteurs. Et les salariés des dites entreprises seront sûrement heureux d’apprendre ce que leur prépare celle qui devrait arriver en tête au premier tour ! « Alléger la complexité administration et fiscale pesant sur les TPE-PME » ; « réduire le nombre des obligations administratives liées au seuil social de 50 salariés » ; « abaisser les charges sociales des TPE-PME  » ou encore « maintenir le l’impôt à taux réduit à 15% pour les TPE et réduire le taux des PME de 33% à 24% ». Autant de mesures qui ont toutes une même philosophie : réduire les coûts du travail, et l’imposition des entreprises. Pour notre camp social, il s’agit tout simplement de plus de travail, pour moins de rémunération et de protection, ainsi que moins d’impôts pour l’État.

Un parti ouvrier ? Le mythe d’un électorat frontiste ouvrier


A chaque élection, depuis quelques années, un petit refrain revient sur les plateaux de télévision : le FN serait devenu « le parti des classes populaires », le « parti de la classe ouvrière ». Pourtant, toutes les études sociologiques viennent contredire cette assertion. En effet, si l’électorat FN est composé pour moitié d’ouvriers, de salariés et de retraités de ces classes sociales, cette portion, élevée, cache cependant une autre donnée : seul un ouvrier sur sept vote pour le FN. Mais alors, quel est le premier parti de la classe ouvrière ? La réponse, souvent oubliée des classes dominantes plus intégrée, est tout simplement le parti de l’abstention et le parti du désintéressement vis à vis de la politique. De surcroît, comme l’a bien montré l’étude Les classes populaires et le FN, coordonnée par G. Mauger et W. Pelletier, le vote FN ouvrier est beaucoup plus volatile et moins « solide » que le vote FN des beaux quartiers traditionnels, de la Manif pour Tous et de la petite-bourgeoisie : il y a une différence de niveau de conviction qui explique assez largement la dissonance entre un vote ouvrier et un programme frontiste par essence anti-ouvrier. Ainsi, pas étonnant que toutes les grandes organisations ouvrières, à l’instar de la CGT ou de FO, prennent ouvertement position contre le FN qui représente beaucoup de choses mais sûrement pas un parti des travailleurs.




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