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Société

#Balancetonporc au FN

Le FN, parti ennemi des femmes. La preuve par les pratiques.

La libération de la parole des femmes atteint tous les secteurs de la société, y compris le parti d’extrême-droite. Le FN instrumentalise depuis plusieurs années les droits des femmes dans ses obsessions xénophobes contre l’Islam. Les pratiques révèlent que le parti de Marine Le Pen demeure empreint du machisme le plus pur.

La vague « Balance ton porc » n’avait pas plu au Front National, avait-on constaté il y a quelques semaines, alors qu’un conseiller régional FN de la région Bretagne parodiai le hashatag de libération de la parole des femmes #BalanceTonPorc en un très sexiste #BalanceTaPétasse qui légitimait le viol en mots à peine voilés. Le parti de Jean-Marie Le Pen était connu pour être particulièrement rétrograde sur le droit des femmes à disposer de leur corps, la loi Veil autorisant l’avortement y a été refusée pendant des décennies.

La démagogie islamophobe sur la défense des droits des femmes

Pourtant, ce parti est désormais dirigé par une femme depuis plus de six ans et celle-ci, Marine Le Pen, instrumentalise régulièrement la question des femmes dans ses obsessions xénophobes anti-Islam. Le point 9 de son programme lors des dernières élections présidentielles était intitulé « défendre les droits des femmes » et son développement ne laissait pas de place au doute concernant les arrière-pensées islamophobes : « lutter contre l’islamisme qui fait reculer leurs libertés fondamentales ». Il reste toujours difficile de prouver la mauvaise foi d‘une dirigeante quand la majeure partie des organisations politiques françaises demeurent dirigées par des hommes.

Il reste toujours des preuves du Front National au discours machistes : des votes récurrents dans les conseils régionaux ou les assemblées parlementaires contre l’avancée des droits des femmes de la menace de déremboursement des avortements que le FN appelait de manière écœurante « de confort » dans le projet présidentiel de 2012 et les menaces de supprimer les subventions aux associations comme le planning familial, à la mise à disposition des adolescentes de la pilule du lendemain comme le proposaient plusieurs têtes de listes FN aux élections régionales de 2015

Les travaux de sociologie électorale en attestent. Depuis les années 80, les femmes votent comme les hommes, à une exception près : elles votent moins que les hommes pour le FN. Ce far right gender gap, comme il est appelé par les politistes, a tendance, ces dernières années, à s’éroder. Une enquête du Monde révèle pourtant que les pratiques les plus sexistes demeurent au Front National et que les réponses de l’organisation légitiment les harceleurs.

Plusieurs cas de harcèlement sexuel particulièrement graves

Le journaliste du Monde, Olivier Faye, cite cette ancienne assistante au Parlement européen, qui lorsqu’elle se plaint de remarques sexistes se voit rétorquer « Ça va, t’es pas une gauchiste, t’es pas une féministe. On n’est pas comme les gauchistes qui s’offusquent de tout ». Il cite surtout deux cas de harcèlements sexuels aggravés, dans un cas par une agression physique, dans l’autre par des menaces de mort.

Le premier cas oppose deux conseillers régionaux FN d’Île-de-France, Aurélie Cournet et Pierre-Charles Cherrier. Le 6 juillet dernier, en pleine séance plénière, elle aurait été retrouvée à terre après une agression physique de son ancien amant. Selon elle, il lui aurait arraché son téléphone portable des mains pour l’entraîner dans une salle de réunion, où il lui a arraché sa robé, l’a giflée et l’a ensuite poussée violemment contre le mur où elle s’est écroulée à terre.

Le second cas oppose une jeune femme qui souhaite garder l’anonymat et Axel Loustau, ancien membre du groupe violent d’extrême-droite, le GUD, trésorier du micro-parti Jeanne accusé d’avoir servi au FN pour détourner de l’argent public, conseiller régional FN d’Île-de-France et proche de Marine Le Pen. Selon la jeune femme, Axel Loustau l’a harcelée entre juin 2015 et juin 2016 après une brève relation. Appels, mails, SMS de menaces, le dirigeant FN ne lui aurait rien épargné, y compris des menaces contre sa famille. « Sur tes parents, c’est pas des menaces, c’est une promesse », affirmant de leur faire « rencontrer la haine et la force », « Tu crois que tu vas t’en sortir comme ça ? J’ai leur adresse », « Tu veux faire du mal à ma famille ? Je vais te prouver qu’à ce jeu-là, je suis redoutable », écrit-il, lui reprochant d’avoir évoqué avec son épouse, le harcèlement dont elle s’estime victime. Il aurait également tenté de lui empêcher d’obtenir un poste au Conseil Régional « un de nous deux doit disparaître rapidement », « je ne te laisserai pas cinq ans ici ;) » lui écrit-il.

« Une fois que j’ai été embauchée, il me tombait dessus à la moindre occasion, en critiquant tout ce qui pouvait venir de moi » affirme-t-elle au journaliste du Monde. En mai 2016, elle finit par déposer une main courante et quitte son poste en juillet 2016. Lorsque les agents d’entretien vident ses poubelles après son départ, ils retrouvent une cartouche 9 mm dont elle s’est débarrassée en vidant son bureau et que Axel Loustau aurait mis dans son sac à main pour la menacer.

Marine Le Pen, complice de ces cas de harcèlement sexuel

Ces deux cas individuels de harcèlements sexuels sont particulièrement graves mais le plus grave pour le Front National, c’est la manière dont l’organisation les gère. Des cas de harcèlements sexuels, d’une intensité et d’une gravité variable, existent malheureusement dans toute organisation humaine et existeront tant que nous n’aurons pas renversé cette société patriarcale et brisé la domination masculine et les stéréotypes de genre. La responsabilité d’une organisation est de protéger les victimes, de ne pas remettre en doute leur parole et d’éloigner les agresseurs.

Europe Écologie-Les Verts avait longtemps tu les agissements de Denis Baupin. Mais une fois qu’ils avaient été révélés, le parti a mis en place une campagne interne pour recueillir les témoignages des victimes de ce type de harcèlement et s’était solidarisé avec les victimes. Au Front National, au contraire, les victimes sont marginalisées, leurs paroles euphémisées, les agresseurs confortés par la propre direction du parti.

Dans le premier cas, Pierre-Charles Cherrier n’a pas été sanctionné. Marine Le Pen a répondu à Aurélie Cournet : « je comprends ton désarroi autant que ton souhait de ne plus le croiser au CR [conseil régional] mais je n’ai pas les moyens juridiques pour empêcher Pierre-Charles d’exercer son mandat ». Dans n’importe quel autre parti, l’élu aurait été exclu ou a minima suspendu du groupe politique, pas au FN. M. Cherrier, gynécologue d’une grande partie de la famille Le Pen, se vante même d’être « soutenu » par Marine Le Pen.

Dans le second cas, Marine Le Pen s’est contenté de répondre aux interrogations du Monde : « c’est une affaire qui relève de la vie privée de ces personnes ». Interrogée d’une manière globale sur les révélations du Monde, la dirigeante du Front National a trouvé l’article « profondément scandaleux », « il ne s’agit pas de harcèlement. On mélange tout. Il s’agit de séparations de deux couples, séparations qui se sont mal passées ». La candidate FN aux élections présidentielles qui voulait « défendre les droits des femmes » considère donc que des cas de harcèlements sexuels présumés aggravés d’agression physique dans un cas, de menace de mort dans l’autre au sein de sa propre organisation, commis par certains de ses proches, ne sont que « des séparations qui se sont mal passées ».

La mauvaise foi de l’instrumentalisation de la défense des droits des femmes pour une islamophobie rance est désormais évidente. On peut mentir dans un discours mais les pratiques quotidiennes d’une organisation ne mentent pas. Le Front National reste l’égal de ce qu’il était durant la présidence de Jean-Marie Le Pen, un parti machiste faisant l’apologie d’un virilisme où les amis masculins de Marine Le Pen peuvent harceler, menacer, agresser des femmes ; un parti ennemi de toutes les femmes.

Crédits photo : AFP




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