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Politique

Après le « matraquage fiscal » la surveillance généralisée !

Le Fisc va désormais surveiller les réseaux sociaux pour « lutter contre les fraudeurs »

Gérald Darmanin l’a annoncé dimanche soir dans l’émission « Capital » : le Fisc va pouvoir, à partir de janvier 2019, éplucher à titre « d’expérimentation » les profils sur les réseaux sociaux des contribuables afin de détecter des trains de vie qui ne correspondraient pas à leur déclaration d’impôts. Alors que le gouvernement poursuit son matraquage fiscal envers les plus précaires, cette mesure scandaleuse est un pas de plus dans les attaques anti-sociales de Macron, doublée d’une grave atteinte aux libertés individuelles.

"Nous allons pouvoir mettre les réseaux sociaux dans une grande base de données. C’est-à-dire [qu’il y aura] la permissivité de constater que si vous vous faites prendre en photo manifestement de nombreuses fois avec une voiture de luxe alors que vous n’avez pas les moyens pour le faire, peut-être que c’est votre cousin ou votre copine qui vous l’a prêtée, ou peut-être pas" déclarait ainsi Gérald Darmanin sur le plateau de « Capital » l’émission de M6 dimanche soir. Il s’agit pour Bercy d’utiliser, à partir de janvier prochain, les données des utilisateurs sur Facebook ou autres afin de détecter des consommations ou la détention de biens qui ne correspondraient pas aux déclarations d’impôts des contribuables. Une surveillance réalisée avec la complicité de la CNIL, la Commission nationale de l’informatique et des libertés.

Traquer les fraudeurs, vraiment ?

Mais que Darmanin se rassure, a priori, on ne risque de voir ni les professeurs actuellement en grève contre les suppressions de postes, ni les 800 ouvriers de Ford Blanquefort menacés de licenciements ni même les retraités qui subissent la hausse de la CSG ou les jeunes victimes d’une baisse de 5 euros d’APL, poster des photos de leurs vacances à Dubaï en Lamborghini. Au contraire, on serait plutôt tenté de conseiller au ministre de l’Action et des Comptes Publics de se tourner vers les membres de son gouvernement s’il cherche des coupables : en effet, selon les révélations de Médiapart, du Monde et du Canard Enchaîné, derrière la récente démission de l’ex-ministre des Sports Laura Flessel se cache en réalité une affaire de fraude fiscale et d’abus de bien sociaux potentiel . C’est ce qui expliquerait cette démission surprise, anticipant ces révélations, et épargnant au gouvernement une énième crise.

La fraude fiscale, la vraie, se cache en réalité derrière les sommes astronomiques détournées par les grandes entreprises à travers par exemple des sociétés écrans à l’image des Paradise Papers, ou encore récemment des Dubaï Papers. Ces scandales démontrent le niveau d’organisation et de connivence entre les industriels, le système bancaire et les gouvernements dans la fraude fiscale, un phénomène inhérent au capitalisme. Une « lutte contre la fraude » à armes inégales entre ceux qui détiennent le secret commercial et le secret bancaire, et ceux qui subissent de fait le matraquage fiscal, à savoir les travailleurs et les classes populaires. Pendant ce temps, des entreprises comme Google, accusé de faire de l’optimisation fiscale dorment sur leurs deux oreilles.

La politique fiscale de Macron : un désastre pour les classes populaires

Emmanuel Macron poursuit ainsi sa politique fiscale de matraquage des classes populaires. Alors que dès la première année de son mandat celui-ci avait supprimé l’impôt sur la fortune (ISF), une perte de recettes s’élevant jusqu’à 5 milliards d’euros pour l’État, il apparaît clairement que ses mesures ont largement favorisé les plus riches. Sans parler de la hausse de la CSG qui pénalise le pouvoir d’achat des retraités et de nombreux salariés, ainsi que la hausse des taxes sur le prix des carburants.

Face à la colère devant la perte de pouvoir d’achat des secteurs les plus précaires de la population, le gouvernement tente de mettre en avant des mesurettes sensées augmenter le pouvoir d’achat comme la suppression de la taxe d’habitation, qui se révèle en réalité être un faux cadeau puisque les collectivités locales répercutent ce manque à gagner sur d’autres impôts locaux.

Une grave atteinte aux libertés individuelles

Cette mesure de surveillance est par ailleurs accompagnée de la création d’une police fiscale, mesure phare du gouvernement dans la supposée lutte contre la fraude. Les agents du fisc auront ainsi les mêmes compétences que la police judiciaire : perquisitions, auditions, interpellations, écoutes téléphoniques… de quoi renforcer un peu plus les rangs des forces répressives.

Cette mesure de flicage de la population sous couvert de la lutte contre la fraude fiscale représente un réel danger pour les libertés individuelles : derrière elle se cache bien la volonté de poursuivre la surveillance de la population. Une mesure qui pourrait très bien être utilisée pour poursuivre des activistes, syndicalistes, ou militants politiques alors que le gouvernement intensifie la répression face à ses opposants.

Gérald Darmanin dans l’émission « Capital » dimanche soir. Crédits photo : M6




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