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Jeunesse

Festival à Paris 8

« Le Grand 8 », fête de rentrée ou opération de com’ pour la présidente de l’université ?

Les 27 et 28 septembre prochains aura lieu la quatrième édition du festival « Grand 8 » à l'université Paris VIII. À cette occasion de nombreux artistes se produiront sur la scène principale, à l'image du rappeur Fianso, du chanteur Idir, ou du groupe Sidi Wacho. Grosse affiche donc, qui a du mal à cacher la volonté de la présidente de la fac, Annick Allaigre, de redorer son blason après la mobilisation étudiante et la répression du printemps dernier.

L’événement, très attractif, sera suivi par de nombreux étudiants. Mais est-il vraiment issu d’une volonté de « s’ouvrir sur le monde » de la part de la présidence ? Le prospectus indique en première de couverture « l’université fête sa rentrée », une formule qui ferra sans doute grincer des dents de nombreux étudiants et personnels.

En effet, avant l’été, l’équipe d’Annick Allaibre avait fait partie des présidences qui, après avoir accompagné la mise en place de Parcoursup, ont fait appel aux CRS pour évacuer les occupations, en l’occurrence celle des exilé·e·s qui revendiquaient des papiers et des logements pour toutes et tous. Pour services rendus, le gouvernement lui a d’ailleurs renvoyé l’ascenseur en lui décernant la médaille de la Légion d’Honneur cet été.

En ce qui concerne une « université ouverte sur le monde », on a de quoi se poser des questions quant à la politique de sa présidence, celle-là même qui organise le « Grand 8 ». D’autant plus quand cette rentrée que les étudiants sont supposés « fêter » est marquée par un important serrage de vis autoritaire, à tous les niveaux. Ainsi doit-on comprendre l’installation de portes grillagées dans le bâtiment A de la faculté pour décourager d’éventuelles actions militantes. De même lorsque la présidence décrète que la commission de dérogation se terminera le 14 septembre, dernier jour des inscriptions, alors que cette commission était justement censée donner la possibilité aux étudiants recalés de filières élitistes ou surchargées, de s’inscrire jusqu’au mois de novembre après la fin de la procédure classique d’inscription. Ou encore lorsqu’elle demande aux exilé·e·s, ex-occupants du bâtiment A, des pièces justificatives qu’ils ne sauraient fournir qu’en s’adressant aux autorités administratives des pays qu’ils ont fuis.

En revanche, si l’université ne semble pas franchement ouverte aux enfants d’ouvrier·e·s (d’autant moins avec la mise en place de Parcoursup), aux exilé·e·s, aux militant·e·s, le « Grand 8 » surprend chaque année par son degré d’ouverture aux intérêts privés, à l’image des stands de la Caisse d’Épargne ou de la CASDEN qui ont pour habitude de s’installer sur le campus pour l’occasion.

Si la logique de sélection et de tri social opérée par l’université ne date pas d’hier, à l’image de la proportion dérisoire d’enfants d’ouvrier qui entrent à l’université, ou encore la discrimination contre les étudiants venus des pays coloniaux et semi-coloniaux à travers toute la paperasse administrative qui leur est imposée, on ne peut que constater que la répression à l’encontre des étudiants et exilés mobilisés l’année dernière et la logique même du festival du « Grand 8 » sont deux revers d’une même pièce, si l’on regarde au-delà des aspects en apparence festifs de ce dernier.

L’existence même du « Grand 8 » est dans la droite lignée des réformes de l’enseignement supérieur de ces dernières décennies, qui autonomisent les facs, les placent en concurrence les unes vis-à-vis des autres avec toujours moins de moyens publics, et les obligent à se rendre attractives auprès des entreprises et de potentiels investisseurs privés, faisant valoir des formations et une recherche en adéquation avec leurs besoins lucratifs. Là est le réel objectif de cette « fête ». Une transformation profonde des universités amorcée notamment par les lois LRU, qui est pourtant antagonique avec le projet de l’université de Vincennes – malgré toutes les limites de celui-ci – qui est actuellement commémoré par l’université pour son cinquantenaire.




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