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Notre classe

Austérité : ça rabote sur l’éducation

Le Mans. Menace de fermeture d’un collège en zone d’éducation prioritaire

Derrière les belles annonces du candidat Macron pour l’éducation, le vernis se craquelle : le plan étudiant et la réforme du lycée et du baccalauréat sont autant d’attaques qui visent à réduire l’accès à l’enseignement pour les classes populaires. Au Mans, c’est le collège du Ronceray, pourtant classé REP+, qui est dans le viseur du Conseil Départemental afin de raboter toujours plus sur les moyens consacrés à l’éducation.

Situé dans les quartiers sud du Mans, le collège du Ronceray accueille des élèves considérés comme « difficiles ». La grande majorité (85 %) des parents appartient aux catégories socio-professionnelles dites défavorisées : ils exercent donc des métiers difficiles, peu qualifiés et peu rémunérateurs, et sont particulièrement exposés au risque du chômage. En outre, un certain nombre de familles sont d’origine immigrée : les enfants sont donc riches de langues et de cultures multiples, mais peuvent avoir besoin d’un soutien spécifique en français pour atteindre le niveau moyen attendu. Classé REP+, l’établissement bénéficie ainsi de moyens supplémentaires afin de tenter de pallier aux difficultés sociales et scolaires des élèves, qui peuvent s’être accumulées depuis l’école primaire. Mais surtout, sa petite taille (150 élèves), ainsi que le travail approfondi d’une équipe éducative particulièrement investie, en font un lieu précieux dans le quartier : les relations entre l’institution scolaire, les élèves et les parents y font l’objet d’une attention particulière.

Faux prétexte et choix cornélien

Cependant, en novembre 2017, le Conseil Départemental, à qui échoie la responsabilité administrative et financière des collèges, a annoncé la mise en place d’un processus de « concertation » concernant l’avenir de l’établissement. Mais si l’équipe éducative a pu croire que de véritables échanges auraient lieu, elle a été déçue : en guise de concertation, le couperet est tombé très vite. L’objectif est de fermer le collège, pour n’en conserver que trois au lieu de quatre dans le secteur.
Le prétexte invoqué laisse songeur : si le collège ferme, ce serait pour favoriser la mixité sociale. A la fermeture, qui pourrait avoir lieu dès la rentrée 2018, les élèves seraient en effet renvoyés vers trois autres établissements, au choix des parents. Les deux premiers collèges sont situés en REP et REP+ : on voit donc mal où est la mixité sociale invoquée. Le troisième, lui, n’est pas en zone REP ; mais les élèves, qui ont pourtant fréquenté l’école primaire de leur quartier et grandi dans un contexte où l’accès à la culture scolaire est plus difficile que dans les quartiers plus riches du centre-ville, ne bénéficieraient alors plus des moyens renforcés qui existent dans les établissements REP+. Le choix des parents est ainsi cornélien : mixité sociale, ou moyens adaptés pour accompagner leur enfant ?
Au final, et même si on s’assure que les parents disposent des informations nécessaires pour faire un choix éclairé, aucune décision ne sera la bonne. La logique consistant à supprimer des moyens pour favoriser la réussite des élèves est en effet… illogique ; l’idée est en réalité, pour le Conseil Départemental, de faire des économies d’échelle en fermant un collège aux effectifs restreints, pour reporter les élèves sur des établissements plus gros. Pourtant, les études tendent à montrer que les collèges de taille moyenne sont plus propices à la réussite des élèves que les gros, notamment quand l’établissement scolarise un grand nombre d’élèves issus de classes populaires. De la même façon, une étude de Thomas Piketty et Mathieu Valdenaire, montre que limiter la taille des classes en collège est efficace dans les zones défavorisées, permettant une amélioration de 10 % des résultats des élèves.

S’organiser pour défendre le collège du Ronceray

Le projet de fermeture du collège du Ronceray n’est malheureusement pas nouveau : il ressort à échéance régulière des cartons du Conseil Départemental depuis une dizaine d’années. La fermeture du collège a ainsi été préparé de longue date. Absence d’investissements et de rénovations, suppressions de certains enseignements (allemand, latin), non valorisation des options spécifiques proposées par le collège, absence de projet d’établissement et, pour couronner le tout, bilans à charge ayant pour conséquence une mauvaise réputation de l’établissement, et débouchant sur une baisse du nombre d’élèves, que les parents préfèrent mettre dans le privé : pour l’équipe éducative, le Conseil Départemental a fait le choix d’une euthanasie passive.

En 2008, la tentative du Conseil Départemental de fermer le collège en 2008 avait échoué du fait de la réaction des élus municipaux, alors dans l’opposition. Cependant, la mairie est depuis passée du côté de la majorité : cette année, les personnels, les élèves et les parents ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes pour faire face à la volonté de fermer le collège, et dénoncer une logique qui vise à faire des économies dans l’éducation tout en supprimant les impôts des plus riches.

Afin de maintenir un semblant de concertation, le Comité Départemental de l’Education Nationale (CDEN) composé d’élus, de représentants syndicaux et de représentants d’associations de parents d’élèves doit rendre un avis sur l’avenir de l’établissement ; quel qu’il soit, cet avis ne sera que consultatif. L’équipe éducative sera donc en grève demain, jeudi 8 février, jour où l’avis devait être rendu, et appelle à un rassemblement devant la Préfecture à 17h.




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