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Jeunesse

#NoFusion #NoSélection

Le Mirail à l’avant garde de la lutte contre le « Plan Étudiants » ?

Depuis plusieurs mois, l’Université du Mirail à Toulouse est mobilisée pour exiger la fin du projet de fusion des universités toulousaines et la démission du (futur-ex) président Daniel Lacroix, mais depuis quelques semaines, la revendication du retrait du Plan Etudiant est devenue une des revendications centrales des grévistes. Comment s’articule ces deux combats au Mirail ? Le Mirail peut-il jouer le rôle de locomotive de la mobilisation à l’échelle nationale ?

Le Mirail, fac en grève contre la fusion et la sélection

A l’Université du Mirail ce sont plus de 200 personnels (plus d’un tiers des effectifs totaux de l’université)et plusieurs centaines d’étudiants qui se réunissent en Assemblée Générale pour voter la reconduction de la grève depuis plusieurs semaines. La mobilisation a pris de l’ampleur au mois de décembre dernier, après la trahison du président de la fac Daniel Lacroix qui s’était engagé à respecter le vote de la consultation qu’il avait mise en place pour interroger la communauté universitaire concernant le projet de fusion des universités toulousaines, consultation qui a démontré qu’une écrasante majorité des personnels et des étudiants étaient contre ce projet, que Lacroix a tout simplement ignoré en votant POUR la fusion.

La mobilisation réclame la fin sans négociation du dit projet de fusion, mais également la démission du président Daniel Lacroix qui est aujourd’hui totalement isolé. Mais depuis le mois de janvier, les assemblées générales (AG) du Mirail se sont emparées de la question du « Plan Etudiant » de Macron et de la réforme du bac et des lycées, et dénoncent l’instauration de la sélection à l’université que veut imposer Macron et son gouvernement. Les grévistes, tant du côté étudiants que du côté des personnels, ont décidé de prendre à bras le corps la lutte contre les attaques du gouvernement et de la lier à leur combat local contre la fusion. Le but est d’agréger toutes les colères pour lutter contre les deux faces de la même pièce, celle de la destruction de nos universités et la mise à l’écart des classes populaires de l’enseignement supérieur. Des actions de blocage de l’université et des Conseils de la fac ont été mis en place à plusieurs reprises, et depuis jeudi dernier la Maison de la Recherche est totalement bloquée, ce qui n’a pas manqué d’être remarqué notamment du côté des enseignants chercheurs de l’université et du CNRS.

Les Enseignants Chercheurs (EC) du Mirail aux abonnés absents

Si la force de la mobilisation toulousaine repose en grande partie sur l’unité et l’interpénétration des revendications étudiantes et personnels BIATSS, les Enseignants Chercheurs (EC) sont, eux, en grande mesure absents de la grève. Dans les Assemblées Générales de nombreux étudiants interpellent leur professeurs, qui pour beaucoup ne sont pas en grève voire ne soutiennent pas la mobilisation. Pourquoi ? La raison principale est que le gouvernement promet, pour imposer les projets de fusion, une enveloppe pour financer la Recherche, une « carotte » qui prend le nom de IDEX (pour Initiative d’Excellence) et qui s’élève à hauteur de quelques millions d’euros, ce qui est en réalité très peu quand on regarde le manque de moyens structurels qui asphyxie l’enseignement supérieur et la recherche depuis des dizaines d’années.

Alors que la pénurie est aujourd’hui vécue par tous, cet IDEX empêche dans une grande mesure la mobilisation des EC qui pensent pouvoir tirer profit de la fusion pour leur projet de recherche. C’est doublement une erreur. D’une part, il est certain que ces crédits ne seront pas distribués de manière égale et que tous les laboratoires n’en bénéficieront pas (en réalité ils seront donnés aux projets jugés les « plus rentables »), mais en plus, c’est accepter de tuer Paul (en l’occurrence nos conditions d’études et de travail) pour habiller Jacques. C’est la logique avec laquelle une délégation nombreuse d’EC est intervenue en nombre à l’Assemblée Générale des personnels du jeudi 14 février pour appeler (en vain !) à la fin des actions de blocage de la Maison de la Recherche, en invoquant vouloir « sauver la recherche ».

Contre cette logique, les grévistes ont appelé et appellent l’ensemble des enseignants chercheurs et des doctorants, à rejoindre les rangs de la mobilisation, à l’image du collectif des précaires qui s’est exprimé à plusieurs reprises en Assemblée Générale pour témoigner de leur conditions de travail et pour venir apporter leurs revendications à la mobilisation collective. D’autant plus quand, nationalement, de nombreux professeurs et collectifs universitaires se sont positionnés contre les réformes de l’éducation et de l’enseignement supérieur et de la recherche de Vidal et Mathiot. Nous devons chercher à surmonter la division qui se creuse au sein de la communauté universitaire du Mirail en joignant nos revendications, contre la fusion, contre la sélection, et pour plus de moyens publics pour l’enseignement supérieur et la recherche. Une piste que pourrait explorer le Conseil d’Administration alternatif qui a été voté en Assemblée Générale étudiante et personnels. Et c’est en tout cas la seule manière de ressortir tous gagnants de cette mobilisation.

Un rapport de force à construire nationalement

Nationalement, plusieurs Universités se sont d’ores et déjà réunies en Assemblée Générale pour discuter du « Plan Étudiant », de Parcoursup et de la réforme du bac et du lycée et commencent à s’organiser à l’occasion des deux premières journées de mobilisations nationales (le 1er et le 6 février), où plusieurs dizaines de milliers de personnes sont sorties dans la rue. Une prochaine date est prévue ce jeudi 15 février où l’on attend d’avantage de mobilisation côté lycées. L’objectif est de construire une mobilisation d’ampleur dans les facs et les lycées, mais plus largement au sein de la population, contre l’instauration de la sélection dès le plus jeune âge, et la fin de l’accès universel (au moins en droit) à l’université, conquête du mouvement étudiant français depuis la Loi Faure de 1968.

Car c’est bien de cela dont il s’agit : une attaque souhaitée de longue date par les classes dominantes de restreindre les portes de l’université et de mettre en concurrence les jeunes entre ceux qui ne viendront pas d’un lycée suffisamment réputé ou qui n’ont pas d’activités extra scolaires à mettre en avant dans leur CV (qui sera désormais nécessaire pour postuler à l’université), et ceux qui ont les moyens de se payer "l’excellence". Ou encore de mettre fin au système de compensation et des rattrapages, c’est à dire là encore pénaliser en priorité les étudiants les plus précaires. Plus récemment le Sénat a amendé le projet de loi dans l’optique d’indexer les capacités d’accueils de nos filières en fonction du taux d’insertion et de la réussite, une manière de faire de l’université une machine à produire de la main d’œuvre sur mesure pour les patrons, qui disposeront dès lors d’un droit de regard et de décision nouvelle sur les différentes filières.

Pour mettre en échec le gouvernement, qui tente de faire passer sa réforme à marche forcée à travers la mise en place de la plateforme Parcoursup avant même qu’elle ne soit définitivement votée, il faudra une mobilisation d’ampleur à l’image de celle qui nous a fait gagner contre le CPE en 2006. Pour cela, un travail d’explication et de déligitimation des contre-réformes doit être la tâche prioritaire des équipes militantes et des mobilisés qui commencent à se structurer un peu partout.

Le Mirail peut jouer un rôle de locomotive

Dans ce contexte, l’Université du Mirail peut et doit être un appui pour construire le rapport de force à l’échelle nationale. Bien que la mobilisation toulousaine revête des particularités et des spécificités locales que nous avons essayé de montrer plus haut, les grévistes du Mirail sont conscients de la cohérence des attaques des gouvernements successifs, et savent que c’est en menant de front les deux combats qu’ils pourront défendre leur conditions de travail et d’étude à l’université. En plus de chercher à convaincre les EC de rejoindre les bancs des Assemblée Générale, le Mirail devrait chercher à s’adresser aux autres facs pour les appeler à se mobiliser autour d’un plan de bataille commun dans toute la France, aux côtés de l’Education Nationale qui se bat contre la réforme du bac et des lycées. En ce sens, la forte mobilisation côté BIATSS pourrait être un atout pour interpeller les collègues des autres facs à entrer plus activement dans la mobilisation.

Les étudiants et personnels mobilisés peuvent être un appui pour faire un travail d’explication des réformes du gouvernement et aider les autres facs à s’organiser, en profitant des vacances pour voyager dans d’autres universités par exemple. Mais aussi en faisant du Mirail une tribune pour visibiliser les revendications de l’ensemble du mouvement. Pour cela, les grévistes toulousains vont devoir articuler les plans (local et national) de sorte que les dynamiques s’enrichissent et ne soient pas contradictoires, et que les rythmes (entre une mobilisation qui prend de l’ampleur et qui a déjà passé à un certain stade dans l’affrontement local, et un frémissement national qui peine encore à se cristalliser) restent synchronisés. Un des objectifs doit être de construire massivement sur les facs et les lycéesla date du 22 mars appelée dans la fonction publique et déjà rejoint par la Coordination Nationale de l’Éducation. Enfin, si à la rentrée la mobilisation sur les facs prend de l’ampleur dans plusieurs villes, le Mirail devrait lancer un appel à ce qu’une véritable coordination étudiante, basée sur les mandats des Assemblée Générale, se mette en place pour donner une direction d’ensemble, indépendante des directions syndicales, à la mobilisation.

Avanti le Mirail !




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