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Politique

Pour eux « c’est oui » ? Meeting du PS au cirque d’hiver

Le PS et son meeting de la honte, interrompu par les collectifs de soutien aux réfugiés

Flora Carpentier Il y a deux jours, l’Elysée annonçait à la presse une nouvelle intervention militaire en Syrie. Ce soir au cirque d’hiver, l’ensemble des intervenants étaient à l’unisson pour clamer leur prétendue disposition à accueillir les réfugiés… syriens. Derrière les larmes de crocodiles des élus se relayant à la tribune, se dessinait en réalité la nouvelle stratégie du PS : se servir de la crise migratoire pour justifier les bombardements à venir, censés combattre les causes des afflux de réfugiés. Mais des militants des collectifs de soutien aux réfugiés de La Chapelle et d’Austerlitz ont quelque peu compliqué l’opération séduction du PS, en interrompant le meeting par deux reprises.

De bon ton avec les prochaines frappes françaises en Syrie

Tout était réglé comme du papier à musique : depuis l’ouverture du meeting par un groupe de musiciens syriens, jusqu’aux interventions de réfugiées syriennes, en passant par les nombreuses interventions de maires PS témoignant d’initiatives d’accueil de la population syrienne. Au sortir de la salle majestueuse, les quelques centaines de sympathisants ayant eu le courage de rester jusqu’au bout semblaient satisfaits, regrettant néanmoins le peu de monde ayant répondu à l’appel. Face à un audimat de quelques centaines de personnes, d’une moyenne d’âge environnant la soixantaine et presque exclusivement blanc, on croyait assister à une performance consistant à montrer à quel point chacun était solidaire avec les réfugiés et consterné par leur situation. Anne Hidalgo a ainsi évoqué la mort du petit Aylan, tout en saluant le travail de terrain des associations et la solidarité des citoyens en France, appelant à une « prise de conscience collective ». Mais l’hypocrisie est à son paroxysme quand l’élue, dont la mairie et sa police pourchassent depuis de longs mois les réfugiés de La Chapelle ou Austerlitz, explique que « des lieux sont occupés et je n’ai pas demandé qu’ils soient évacués car je pense qu’il faut privilégier l’accueil, et non la violence ». On croirait rêver.

Cherchant à tout prix à se distinguer de la droite et de l’extrême droite, le PS affirmait être ouvert à l’accueil des réfugiés « fuyant la misère de la guerre », et disposé à prendre toutes les mesures nécessaires pour offrir l’asile, dans « un contexte extrêmement saturé ». Des balivernes quand l’on sait que la France est l’un des pays de l’Union Européenne le plus en retard sur l’accueil des réfugiés proportionnellement au nombre d’habitants.

De nombreuses interventions, et notamment celle de Jean-Christophe Cambadélis en clôture de meeting, certainement la plus explicite, ont également insisté sur la lutte nécessaire contre les passeurs, « qui s’enrichissent de la traite des êtres humains ». Et bien entendu, les réfugiés dont il était question étaient exclusivement ceux qui fuient les guerres, les dictatures, les tortures de Daesh, sans marge d’interprétation autre. Le maire de Sarcelle François Pupponi a été jusqu’à se féliciter d’avoir privilégié des réfugiés syriens pour l’accès à des logements HLM, face à des familles qui attendaient certes depuis quinze ans, mais qui n’étaient pas prioritaires puisqu’elles ne cherchaient qu’à« améliorer leur confort » en demandant à « déménager d’un F3 à un F5 ». Le traditionnel discours de division des immigrés est en marche. Mais M. Pupponi, vous a-t-on demandé si votre confort de vie n’était pas un peu ostentatoire au regard de celui des milliers de réfugiés que vos amis rejettent aux portes de l’Europe ?

Malgré les mesures répressives, des militants entendus

Malgré les mesures prises par l’organisation du meeting pour éviter toute forme de contestation, plusieurs dizaines de militants des collectifs de soutien aux réfugiés de la Chapelle et d’Austerlitz sont parvenus à se faire entendre et perturber le meeting. Alors que la première intervenante venait de prendre la parole, un groupe a déployé une banderole depuis les tribunes, lançant les slogans « So, so, solidarité, avec les réfugiés ! » et « De l’air de l’air, ouvrez les frontières ! ». En plusieurs endroits des gradins circulaires, des militants dispersés reprenaient en cœur les slogans, faisant de l’action une véritable réussite et parvenant à capter l’attention des médias. Pendant qu’ils se faisaient violemment évacuer par le service d’ordre, on les entendait crier « Honte au PS ! ».

Quand ça a été au tour d’Anne Hidalgo de prendre la parole, une militante l’a encore interpelée sur la politique répressive de la mairie envers les migrants à Paris. La jeune femme a été également violemment embarquée par le service d’ordre, face aux caméras, tandis qu’un autre militant recevait des coups un peu plus loin. Le tumulte provoqué dans la salle, que la maire peinait à couvrir malgré la puissance de son micro, le tout face à des tribunes de plus en plus clairsemées, créait une vague sensation d’échec pour cette opération de comm’ pourtant bien ficelée.




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