Notre classe

Témoignage de la femme d’un travailleur de Latécoère

Le PSE de Latécoère, "comme un bulldozer qui détruit et rase tout sur son passage"

Publié le 18 septembre 2016

Illustration réalisée par C.

Nous relayons ci-dessous le témoignage de C., femme d’un travailleur de Latécoère à Toulouse dont l’emploi est menacé par un PSE. Elle y décrit avec une sincérité touchante le drame qui les touche. Après un rassemblement de 250 ouvriers mercredi dernier, les travailleurs manifesteront à nouveau leur mécontentement mercredi 21 septembre à 11h30 devant l’usine 135 rue de Périole à Toulouse.

Propos recueillis par Leire Izargorri

L’annonce du PSE de Latécoère fut comme un coup de massue. On a beau dire qu’on s’y attendait, la réalité lorsqu’on la touche est bien différente… Je suis Peintre, illustratrice, maman de deux enfants et épouse d’un salarié de Latécoère. Ma première réaction fut d’en parler autour de moi, pour trouver un peu de réconfort. Mon monde s’écroule et personne ne semble évaluer ce qui se passe… !!! « Après tout on n’est pas les seuls, c’est banal aujourd’hui !!! Et puis on est des battants on rebondira !!! » NON, NON et NON merde !!! Je refuse !!! 20 ans que notre couple ère dans une instabilité professionnelle. Pôle emploi, mission intérim, CDD, case pôle emploi de nouveau. Contrat de Travail en horaires décalés, horaires Week-end, soirées. Pour la petite anecdote ; on a passé 2 ans à communiquer par petits mots, car nos horaires nous faisaient nous croiser.

Mais on est jeune, on avance et on croit toujours au meilleur. C’est comme ça que j’ai été élevée : si tu es sérieuse et travailleuse « tu récolteras ce que tu as semé ». Ok, je m’accroche, je fonce… Puis le GRAAL Latécoère est arrivé !!! Là, encore rien n’est tombé du ciel… 3 ans de mission intérim puis 9 mois de CDD pour décrocher le CDI. Bravo, mon homme, je suis fière de toi ! Soit dit en passant, Le GRAAL pour mon mari c’est se lever à 5h15 chaque matin pour avaler 2 heures de transport en commun chaque jour. Ah oui j’oubliais, on vit à 80 km de l’usine Latécoère. Mais enfin, la stabilité, c’est bon !!! De mon coté je souffle car depuis la naissance de nos deux enfants j’ai fait le pari de travailler à mon compte. En effet, je tenais à rester disponible pour mes enfants tout en développant mon activité et organiser mon emploi du temps. Mais cette disponibilité a un coût… des revenus irréguliers. Alors le salaire de mon mari pour nous est vital.

Aujourd’hui la quarantaine, des enfants préados, déjà à la moitié de notre parcours professionnel. Et pour toute récompense, ce magnifique et splendide PSE qui nous tombe dessus !!! Tomber dessus c’est le mot, comme un bulldozer qui détruit et rase tout sur son passage. Avec comme sensation de devoir tout recommencer. À la différence que nous sommes 4 et que nous n’avons plus 20 ans, Merde !!! Elle est où la justice ?Il est où « le fruit de notre labeur » ? Dans un premier temps la culpabilité vous tombe dessus. Celle que cette société capitaliste vous grave dans la tête. « Fallait pas quitter ce patron irrespectueux, radin… aujourd’hui, peut-être que tu aurais des revenus fixes… ». « Fallait ménager cet autre employeur qui te promettait sans cesse, sans jamais tenir ses promesses » Et la liste des reproches à ce moment-là, se fait longue, trop longue !!!! Mais faut pas flancher, l’heure n’est pas au repli sur soi !!! Même si je n’ai envie que d’une chose, c’est de me planquer sous la couette. Même si je suis morte de peur, peur du futur, peur du regard des autres, peur des conséquences, peur de l’inconnu… La couette ne te ramènera pas un salaire !!!

Messieurs les fonds de pension Apollo et Monarch, contre votre violence, moi toute seule je ne peux rien. Par-contre je serais là, avec tous ceux qui comme moi refusent votre système. Même si c’est dur, même s’il y a des jours avec et des jours sans… Je serai là… Je serai là à chaque mouvement, chaque manifestation, comme épouse, maman et citoyenne refusant votre système.
Et mes enfants, seront là après moi… car ils ont compris eux, déjà, qu’ils ont le droit et surtout le devoir de ne jamais accepter l’injustice.