Jeunesse

Former à la guerre pour avoir la paix

Le Pen, Montebourg, Sarkozy et Bayrou. Tous d’accord sur le retour du service militaire

Publié le 26 août 2016

George Waters

Alors que l’Europe a subi de multiples attentats sanglants, les futurs candidats à la présidentielle cherchent à donner des réponses aux attaques qu’ont provoquées les politiques impérialistes de la France. Loin de remettre en cause ces politiques qui nous mènent droit dans le mur, les candidats de droite comme de gauche cherchent à militariser la jeunesse et l’enfermer dans l’armée pour la calmer. Dans la nouvelle loi militaire d’Allemagne, le retour à la conscription est aussi envisagé : c’est une militarisation globale de l’Europe qui se met en place.

D’abord le service civique obligatoire…

Les députés avaient déjà fait un pas en avant fin juin dernier dans le cadre de la loi « Egalité et Citoyenneté » et adoptant un amendement qui permettait de tester le service civique obligatoire, un service qui obligerait toute la jeunesse de 18 à 25 ans à servir presque gratuitement des entreprises, des administrations publiques pendant 6 mois, le tout assorti d’un coup de massue idéologique avec trois mois de « Classes républicaines » où chacun pourra s’imprégner de l’impérialisme, du racisme, de l’islamophobie et de l’Histoire à la sauce Vème République. Les candidats à l’élection présidentielle font aujourd’hui encore pire et proposent le service militaire obligatoire.

Ensuite le service militaire !

Le second étage de la fusée arrive ensuite : si Le Pen l’a déjà proposé depuis longtemps, la nouveauté est peut être l’unanimité de la proposition à droite comme à « gauche » : Sarkozy, Bayrou, maintenant Montebourg ont annoncé être pour un service qu’ils ont enrobé de noms plus ou moins reluisants : « service national universel » (Bayrou), « service égalitaire et universel » (Montebourg), « service militaire obligatoire » (Sarkozy). Tous cependant s’accordent à penser que c’est comme cela que la « jeunesse dangereuse » qu’ils ont vu s’exprimer durant la lutte contre la loi travail, ces « casseurs » qu’ils ont régulièrement comparé à des « terroristes » pourra retrouver le sens des valeurs les plus conservatrices.

Une réforme réactionnaire

Rappelons ce qu’est la réalité du service militaire : il s’agit de passer des mois de sa vie enfermé dans une caserne, une administration militaire, un camp pour apprendre à tuer, apprendre à développer sa violence nationaliste. Le service militaire, avec l’école républicaine et ses hussards noirs, avait été, au début de la IIIème République, le meilleur instrument pour créer une « nation », c’est à dire créer une communauté d’hommes qui se définit par une identité factice, identité créée par les gouvernements pour diviser l’unité internationale des travailleurs. Créer la nation avait ainsi permis de créer les gouvernements les plus nationalistes et réactionnaires. Comment faire cela ? Afin de créer ce que Michel Foucault a appelé ces « corps dociles », que l’Etat souhaite tant voir sous son contrôle, le service militaire se base sur l’uniformisation des subjectivités et mise au service de celui qui dirige, sur l’acceptation de la domination du plus gradé, sur toute une série d’oppressions physiques (uniformes, façonnement des corps, régimes alimentaires…) qui cherche à dompter le conscrit ou la conscrite. La façon dont on a appelé le modèle des premiers services militaires obligatoires, dans la Prusse du XVIIIème siècle est éloquente : les historiens parlent de drill, c’est à dire un « dressage » des individus concernés.

Prix spécial racisme pour Sarkozy

Notons cependant une petite différence entre les propositions de Sarkozy et de Bayrou/Montebourg : tandis que les seconds veulent aboutir par ce service à plus d’unité sociale, par un service qui rassemble les gens du ghettos et ceux des quartiers privilégiés, le premier propose un service obligatoire de « rééducation », fondée sur une discrimination. En effet, alors que les deux premiers veulent un service universel, le second veut le réserver « aux jeunes décrocheurs […] qui y apprendront le respect de la discipline, la nécessité de se lever tôt chaque matin ». Alors que les quartiers les plus pauvres doivent déjà faire face à un chômage plus élevés, aux violences policières qui tuent et à ses prisons qui enferment davantage les personnes de couleur, au racisme structurel de la société française, les lycéens et lycéennes qui sont rejetées par l’école « républicaine » pourront en prime gagner une éducation militaire dans les camps des légionnaires qui tuent partout à l’étranger. Il reste droit dans ses bottes depuis avril, lorsqu’il avait proposé « qu’à partir de l’âge de 18 ans, toute personne qui n’aura pas son bac, qui ne sera pas en apprentissage, pas en formation, pas en stage » devra être envoyée en Service Militaire Adapté afin de « réapprendre les règles de la vie en commun ».C’est peu ou prou ce que l’armée essaye déjà de faire en tentant de recruter lors des journées d’appel les plus disposés à l’échec scolaire. Avec Sarkozy, il s’agit de le systématiser et à l’appliquer sans le consentement.

Le mouvement étudiant doit lutter contre cette offensive réactionnaire !

Après avoir lutté contre la loi travail pendant quatre mois, la jeunesse lycéenne et étudiante doit pouvoir apporter une réponse à cette offensive réactionnaire en refusant le service civique obligatoire en passe d’être adopté tout en rappelant que tout service militaire est inacceptable de par ses fins d’endoctrinement, de par ses visées militariste visant à renforcer une armée qui mène partout dans le monde des interventions impérialistes qui assassinent pour protéger les intérêts des classes dominantes françaises.. Alors que cette avant-garde n’a pas abandonné sur la question de la loi travail et son monde, elle doit se saisir de cette question pour revendiquer, à contrario, l’universalité de l’accès aux études supérieures plutôt que l’universalité du service militaire.

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