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Politique

Elle officialise finalement sa candidature

Le Pen à Hénin-Beaumont. L’arbre qui cache mal le terril

Finalement, elle s’est décidée, pour le plus grand bonheur des militants frontistes du coin, semble-t-il : Marine Le Pen sera bel et bien candidate sur la onzième circonscription du Pas-de-Calais. Elle a, d’ailleurs, de bonnes chances de l’emporter. Est-ce à dire cependant que tous les problèmes du F-Haine sont réglés ?

Retirée et uniquement entourée par quelques fidèles après la réunion houleuse de son « Conseil stratégique » à la suite du second tour des présidentielles, celle qui avait retrouvé la présidence du FN semblait perdre pied. Au point, d’ailleurs, où son père avait annoncé son soutien à une candidate à Hénin-Beaumont, là où la fille avait perdu de peu les législatives en 2012. Mais Marine Le Pen remonte sur le ring et, à la satisfaction généralisée des militants, elle va se représenter sur cette même circonscription. C’est ce qu’elle a annoncé depuis Paris.

Mais elle ne pouvait se dérober à cette nouvelle séquence électorale, affaiblie comme elle est par le résultat désastreux, aux yeux des cadres du parti, du débat avec Macron, et plus encore par le résultat du second tour à la présidentielle. Il faudra donc un peu plus que la seule candidature Le Pen pour que le FN réussisse à décrocher un groupe parlementaire, à savoir plus de quinze députés à l’issue du second tour, mais également pour remettre de l’ordre dans le parti, déchiré entre « Sudistes » et « Nordistes ».

Election assurée

Il faut néanmoins rendre hommage à la grande audace de Le Pen : elle se présente sur une circonscription où elle a fait carton plein de votes dès le premier tour, avec plus de 50% des voix sur treize des quatorze communes qui la compose dès le premier tour, et qui lui a donné son meilleur score national le 7 mai. Tout parallélisme avec un Jean-Luc Mélenchon, qui a préféré se présenter dans la circonscription la plus à gauche de Marseille pour être quasiment assuré d’être élu, et non face à Le Pen, à Hénin, ou à Stéphane Ravier, maire FN des arrondissement 13 et 14, dans les quartiers Nord de la 3ème circonscription, n’est que pur hasard.

Mais cette entrée presque automatique que Le Pen orchestre au Palais Bourbon, tirant à profit la situation sociale et économique catastrophique du Bassin minier et de la pourriture des appareils traditionnels de la gauche locale, PS et PC en tête, il faut également la nuancer. Ce qui taraude la direction du FN et génère les plus grandes tensions en son sein, c’est bien la question du fameux « plafond de verre », à savoir que les frontistes, à un second tour, et plus encore dans le cadre d’un scrutin uninominal à deux tours, ne réussissent pas à l’emporter. Cela pose non seulement la question de la « dédiabolisation » de l’image du FN et la consolidation de son enracinement, ce sur quoi Philippot travaille depuis des années, mais également la nécessité de tisser des alliances.

Des tensions internes qui persistent

Tant au Sud, chez les frontistes « historiques », bien ancrés dans les références de Le Pen père et qui insistent sur les « fondamentaux », que chez les Nordistes de la ligne « sociale et patriote » de Philippot, on cherche, par tous les moyens, de débaucher, mais avec peu de succès jusqu’à présent. L’alliance avec Dupont-Aignan bat de l’aile. Pour ce qui est de la refondation du FN, promise après le second tour, elle devrait prendre plus de temps que prévu. Chez les plus droitiers, il reste l’expérience du Rassemblement Bleu Marine, qui avait permis de gagner quelques sièges au palais Bourbon, dont celui de Gilbert Collard, mais rien de suffisant pour opérer une percée.

Entre les intentions de Le Pen d’être la cheffe de file de l’opposition à Macron et la réalité, il y a un pas. Et la crise du FN et les dissensions à sa tête sont là pour le rappeler, entre philippotistes, alliotistes, bayistes, maréchalistes et autres réactionnaires bien trempés. Cela ne veut pas dire que la progression, continue, du FN, notamment dans le quart nord-est du pays, où son discours alliant réaction raciste et anti-immigrée et démagogie sociale et fausses promesses, ne soit pas inquiétante. Mais cela veut dire également qu’avec une gauche qui mène une politique de droite, dont les appareils sont vermoulus, les cadres locaux sont des notables aux multiples casquettes, il est impossible de l’affronter conséquemment.

C’est pour cela, également, qu’il faut une extrême gauche de combat et militante, capable de faire reculer Le Pen. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, si le seul à avoir réussi à faire baisser son caquet à Le Pen, c’est Philippe Poutou au cours de la dernière campagne. Dans ce sillage, en multipliant les initiatives, en construisant les mobilisations sur le front social pour redonner espoir et en votant pour les candidat-e-s d’extrême gauche, de notre camp, aux législatives, il faudra mener la bagarre.




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