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Ce que veut dire le mot esclavage

Le Qatar fixe un SMIC sept fois inférieur au seuil de pauvreté

Les 1,4 millions de travailleurs qui vivent dans des camps au Qatar ne peuvent que se réjouir : son altesse l’émir Al Thani a bien voulu mettre en place un SMIC ! Un SMIC à 195 dollars par mois, quand le PIB annuel par habitant est de 146 000 dollars par an...

Crédits photos : EPA

Les travailleurs qataris doivent-ils se réjouir ? D’habitude, la mise en place d’un salaire minimum est une victoire des salariés, mais au Qatar, les choses sont bien différentes. Il y a pourtant près de 2 millions de travailleurs sur les chantiers qataris, notamment sur ceux qui préparent la Coupe du monde du football de 2022. De plus, depuis de nombreuses années, le petit émirat gazier était sous le feu de la critique pour son non respect des conventions internationales du travail. Ainsi, pour travailler au Qatar, un étranger devait être « parrainé » par un Qatari, qui avait alors tous les droits sur lui, comme l’empêcher de repartir dans son pays et conserver son passeport. Cette loi a été en partie abolie, avec la mise en place de contrats de travail, bien que l’employeur aie le dernier mot si son employé veut changer d’employeurs. Tout ce système, qui concernait près de 75 % de la population, commençait en réalité à entacher l’image du Qatar, qui cherche se donner une vitrine de modernité.

D’où une loi sur le travail qui fait à la fois rire et pleurer, entre la misère qui règne sur les chantiers qataris, où les morts au travail se comptent par centaines, et l’hypocrisie de ses émirs qui font passer des droits infiniment bas pour des progrès sociaux. En effet, le SMIC qatari devrait atteindre 750 riyals par mois (soit 166 euros, ou 195 dollars) : une broutille pour les grandes entreprises qataries quand on sait que le PIB annuel par habitant est de 146 000 dollars par an. Mettre en place un salaire minimum à 2300 dollars par an passera inaperçu. La mesure est d’autant plus hypocrite qu’au Qatar, le seuil de pauvreté est fixé à 64 300 riyals par an ; le salaire minimum sera donc inférieur de 7 fois au seuil de pauvreté… Un chiffre qui met en lumière les conditions de vie atroces des travailleurs immigrés qui vivent au Qatar. Ceux-ci vivent parfois à 40 dans des cabanes sans eau courante, dans une très grande promiscuité, enfermés tels les esclaves noirs-américains dans les grands domaines cotonniers des Etats du Sud.




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