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Mauvais joueurs

Le Roi et Rajoy veulent décider de qui peut ou pas se présenter à la tête de la Généralité

Un nouveau chapitre de l’offensive judiciaire contre la Catalogne s’est écrit depuis Madrid, ce jeudi. Et quand bien même les anti-indépendance ont perdu les élections, en décembre, le Premier-ministre espagnol, Mariano Rajoy (droite) a demandé au Conseil d’Etat, à la botte du régime monarchique, de se prononcer contre l’investiture à la présidence de la Généralité de Catalogne, mardi prochain, de Carles Puigdemont (centre-droit indépendantiste), toujours en exil en Belgique.

Une candidature Puigdemont, c’est en tout cas ce que propose Roger Torrent, le président ERC (centre-gauche indépendantiste) du Parlement catalan. Exigeant que l’on vérifie bien comment faire pour qu’il soit légalement impossible de faire élire à la tête du gouvernement catalan un député qui ne siège pas au parlement à Barcelone, Rajoy a rajouté une couche en déclarant à la presse que « si Puigdemont revient sur le sol espagnol, alors que pèse sur lui un mandat d’arrêt, et bien il sera capturé ». Deux possibilités, donc, pour la droite espagnole et ses amis les juges : soit il reste à Bruxelles, et il ne sera pas élu, soit il rentre en Catalogne, et il ne sera pas élu car il sera arrêté avant.

Voilà comment raisonne le Parti Populaire au pouvoir à Madrid et ceux qui ont soutenu la mise en œuvre de l’article 155 de la Constitution pour mettre un coup d’arrêt au processus indépendantiste catalan. Et qu’importe si les électeurs ont porté à plus de 47% leurs suffrages sur des listes indépendantistes lors des élections de décembre, pourtant convoquées par Madrid à la suite de la dissolution de l’ensemble des institutions catalanes. « Les Catalans ne savent pas voter », dit-on à Madrid. « Il faut corriger tout ça ».

Et qu’il ne vienne pas à l’idée des parlementaires indépendantistes, majoritaires à la nouvelle assemblée catalane, de proposer l’investiture d’Oriol Junqueras, l’ancien numéro 2 de Puigdemont. Il est en prison, accusé de « sédition » par une juge madrilène. Et pour que les choses soient encore plus claires, le Roi, depuis Davos, a réitéré son soutien à la Garde Civile qui, en même temps, perquisitionnait à nouveau les sièges d’Omnium et de l’ANC, les deux grandes entités culturelles catalanistes pro-indépendance alors que sont instruites 60 nouvelles plaintes contre des militants des Comités de Défense de la République.

Comme le souligne Santiago Lupe, depuis Barcelone, « ni Puigdemont, ni Junqueras ne sont, bien entendu, nos candidats. Néanmoins », déclare Lupe, membre de la direction du Courant Révolutionnaire des Travailleur-se-s dans l’Etat espagnol, « nous défendons leur droit élémentaire à pouvoir être investis par les députés de leur camp, et ce en fonction des résultats des élections du 21 décembre dernier. Si le bonapartisme de Rajoy, du Roi et de la magistrature avance un peu plus sur ce terrain-là, alors ce sera un précédent pour nos droits démocratiques et sociaux, à commencer par ceux du monde du travail et des classes populaires ».

Le vote d’investiture devrait se tenir mardi 30 et le flou est encore complet quant au positionnement des députés de la coalition indépendantiste catalane de centre-droite/centre-gauche formée par l’ERC de Junqueras et JxC de Puigdemont. Selon plusieurs analystes, certains députés du bloc indépendantiste seraient dans l’impossibilité de voter et d’autres seraient enclins à respecter les décisions de justice de Madrid. Tous les regards sont tournés, par conséquent, sur les quatre députés de l’extrême gauche catalane, la CUP, dont l’appui a déjà été essentiel lors de la constitution du précédent gouvernement destitué par Madrid en novembre dernier.

« La CUP, précise Santiago Lupe, doit décider ce week-end de l’attitude qu’adopteront ses députés lors de la séance plénière d’investiture de mardi. La moindre des choses serait que la CUP commence à proposer une feuille de route indépendante de la direction bourgeoise du ‘Procès’ [le processus indépendantiste catalan], piloté par JxC et l’ERC. Ce devrait être une feuille de route s’appuyant sur la mobilisation du monde du travail et de la jeunesse, pour imposer la République de Catalogne par la grève et dans la rue, lui donner un contenu social de classe et anticapitaliste et la lier à l’avenir du combat du reste du monde du travail de l’Etat espagnol contre le régime hérité du franquisme ».

[Crédit photo : EFE]




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