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Politique

Crise de régime

Le Roux. Contre les emplois fictifs de la caste, défendre notre camp social et le partage du travail

La démission express du ministre de l’Intérieur, en charge des élections, à quelques semaines du premier tour du scrutin, relance de plus belle la crise politique.

L’ensemble de la classe politique est prise d’un instant de saisissement. « Après tout, c’est votre Fillon à vous ! », lance la droite aux socialistes pour essayer de relativiser les nouvelles révélations qui viennent un peu plus écorner la candidature LR à la présidentielle. Que ce soit la droite qui ait balancé l’information aux journalistes sur les emplois des filles de Bruno Le Roux à l’Assemblée, cela ne fait guère de doute. Qu’elle soit en capacité d’en tirer, réellement, parti, c’est une autre paire de manches.
« Lui, au moins, il a démissionné », répondent en chœur les derniers cadres qui se hasardent encore dans les couloirs de la rue de Solférino, le siège du PS, de plus en plus désert. Il est peu probable que cela suffise pour recouvrir d’un voile pudique le climat délétère qui continue à se dégrader dans le cadre de cette séquence électorale, centrale pour la bourgeoisie.

Une kyrielle de ripoux, mais pas seulement

Le Roux, en effet, ce n’est pas juste l’énième pourri sorti des rangs de la Hollandie, après Cahuzac et ses comptes cachés, Thévenoud et ses problèmes avec le fisc, Aquilino Morelle et son cireur de chaussures. Le cas Le Roux est plus grave et dépasse largement la question des 55000 euros d’argent de poche que l’élu de la première circonscription du 93, l’une des plus pauvres de France, a versé à ses filles avec l’argent du contribuable.
Le problème relève de cette double condition qu’a assumée Le Roux jusqu’à il y a peu, élu du 93 : Le Roux était, d’un côté, le plus fidèle des députés du président, celui qui a défendu sans jamais s’étouffer la politique d’austérité, l’expulsion de Khatchik et Leonarda, l’état d’urgence et ses prolongations à répétition, la déchéance de nationalité, la loi Travail et les multiples recours au 49.3 ; de l’autre, celui que certains élus surnommaient le « garde-chiourme du bloc PS de l’Assemblée » se targuait également d’être « un élu de terrain », de Seine-Saint-Denis en l’occurrence. À ce titre, il faisait figure de cheville ouvrière essentielle, aux côtés de Bartolone et de Mathieu Hanotin, dans la stratégie du PS d’écarter définitivement le PCF de l’ancienne « ceinture rouge » et d’asseoir le système PS en banlieue à la faveur de coups de pression et de tactiques clientélistes.

Un nouveau coup pour le régime, et un peu plus encore

D’une part, l’affaire Le Roux est l’une des facettes de la crise de régime que vit le système et ses défenseurs. Il ne s’agit pas de l’expression d’une nouvelle erreur de casting qu’aurait faite Hollande. Il ne s’agit pas non plus d’une énième expression de sa crise d’autorité, lui qui ne réussit même plus à faire respecter ses édits à ses propres conseillers : dans le gouvernement et au sein de son premier cercle, la ligne défendue, contrevenant à ses ordres, c’est le sauve-qui-peut vers Macron. Le dernier en date, et non des moindres, Bernard Poignant, a quitté l’Elysée pour En Marche ! sans presque en parler à Hollande.
De l’autre, et bien que cela n’apparaisse pas complètement au grand jour, ce qui est ultérieurement ébranlé avec la démission de Le Roux ce sont ces rouages du régime représentés par une longue chaîne d’élus locaux du 93 qui dépendent de Le Roux, conseillers municipaux et départementaux, adjoints et cadres de parti, qui sont en train de perdre le peu de crédit qu’il leur restait après un quinquennat socialiste désastreux pour les classes populaires, fait de reniement, de matraquage antisocial et de renforcement de la pression policière sur les quartiers. C’est l’un des instruments du régime pour contrôler les quartiers qui est en passe de se briser, au grand dam de ses défenseurs. Tous les analystes savent, plus encore à la lumière de la révolte de 2005, qu’être en capacité de tenir et de contrôler les quartiers est essentiel à la stabilité du régime. Ce « savoir-faire Made-in-PS » est en train de s’écrouler également avec la démission de Le Roux qui mine toute la clique d’élus, et ils sont nombreux, qu’il traînait à sa suite.

Démissionner tout ce système, défendre nos intérêts !

C’est une double question que pose l’affaire Bruno Le Roux : celle de tout un système qu’il faudrait démissionner, et non plus simplement un ministre de l’Intérieur, et celle de l’autorité qu’ont tous ces politiciens à nous faire la morale, à parler de travail, qu’il faudrait toujours plus intensifier pour certains, alors que des millions d’autres n’en ont pas, et de chômeurs, qu’il faudrait surveiller et fliquer, pour traquer la fraude.
Quelle autorité ont ces gens à parler d’effort et de mérite aux jeunes et aux travailleurs privés d’emploi, dans le 93 comme ailleurs, alors que le quinquennat a signifié une consolidation du chômage et une augmentation exponentielle de la précarité au travail ?
De quelle « république », « neutralité » et « démocratie » peuvent-ils parler lorsque tout dans leurs actes, publics comme privés, démontre qu’ils sont au service d’un système politique, des leurs et de leur portefeuille ?

Partage du travail, et pas seulement !

En finir avec cette caste qui nous gouverne, pouvoir révoquer les élus, qu’ils et elles gagnent le même salaire qu’un ouvrier qualifié ou un instit, partager le temps de travail pour que l’on puisse travailler tou-te-s et moins, impulser un chantier national de rénovation et de construction de logements pour commencer à répondre aux problèmes structurels que connaissent les quartiers : voilà les enjeux de cette campagne qu’aucun des candidats, hormis à l’extrême gauche, ne défend. Pour cela, il faut s’en prendre au système, à ses hommes et à ses femmes, mais surtout aux intérêts du patronat qu’ils défendent, que ce soit au nom du « mondialisme », du « patriotisme économique » ou du repli nationaliste et haineux.
La seule façon, sur ce front-là également, de contrer l’influence absolument néfaste de Le Pen au sein de notre camp social, de montrer qu’une autre politique serait possible en se préparant aux combats de demain, c’est en votant pour un programme de défense intransigeante de tou-te-s les travailleur-euse-s, de la jeunesse et des opprimé-e-s. Hasard du calendrier, c’est d’ailleurs ce dont parlera jeudi 23 mars, dans la circonscription de Le Roux, Philippe Poutou, en meeting à Saint-Ouen, pour le premier meeting du candidat en Île-de-France depuis la confirmation de sa candidature en tant qu’ouvrier anticapitaliste et militant syndical lutte-de-classes pour les élections d’avril.




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