^

Politique

Édito

Le Sénat adopte la réforme du Rail. La bataille continue !

On ne peut pas dire que cela soit une surprise. Le Sénat a adopté, ce mardi 5 juin, l’intégralité de la réforme du ferroviaire, apportant quelques propositions à la marge. Pour les cheminots en lutte, la donne reste peu ou proue la même : la bataille continue pour le retrait intégral de la réforme.

Des amendements du Sénat pour un semblant d’intégration de protection pour les travailleurs. Une insulte faites aux cheminots !

Ce mardi 5 juin, et sans surprise, le Sénat a adopté la réforme ferroviaire à une grande majorité : 240 pour, 85 contre et 18 abstentions. Un plébiscite donc, même si la presse dominante met particulièrement en avant un autre volet : les quelques amendements proposés par les sénateurs, comme allant vers plus de « sécurité » pour les cheminots.

Ainsi, le terme « d’incessibilité » des capitaux de la SNCF, reconvertie en société anonyme, a été introduit dans le texte. De même, la proposition d’un « périmètre social ferroviaire », permettant aux cheminots actuels de bénéficier du statut même dans les filiales Fret et Gare. Enfin, en ce qui concerne le transfert de personnel, un cheminot qui n’effectue pas plus de 50 % de son travail sur une ligne privatisée ne sera pas transféré automatiquement, et la SNCF devra lui proposer un reclassement dans la région. Un droit de retour à la SNCF, en cas de faillite de l’entreprise, sera possible pour une période n’excédant pas 8 ans. En d’autres termes, par-delà ces quelques modifications périphériques, les points clés de la réforme, ainsi que le transfert contraint et forcé à la concurrence, ont été largement adoptés par le Sénat.

Pourtant, certaines franges des classes dominantes jusqu’au-boutistes semblent vouloir une victoire totale. Dans son article paru dans L’Opinion « Réforme de la SNCF : la concurrence est-elle tuée dans l’œuf ? », Fanny Guinochet explique que « si une sortie de crise se profile, avec les organisations syndicales les plus réformistes – CFDT et Unsa - c’est bien parce que les parlementaires ont accédé à leurs nombreuses demandes » et que « du côté de certains opérateurs susceptibles d’être intéressés par l’ouverture des marchés, on se serait bien passé de ce droit de retour et évidemment on regrette ce cadeau fait aux syndicats […] En réalité, les choses ne vont pas se jouer sur ce terrain-là mais dans la convention collective cadre à venir, qui sera négociée dès que la loi sera passée, cet été ».

En réalité, ce que craignent ces franges de la bourgeoisie, c’est que la rentrée sociale de septembre soit placée sous le signe d’un retour de flamme de la lutte des cheminots, sur la question de la convention collective. Voilà pourquoi Guinochet préconise, en substance, d’écraser les cheminots sur toute la ligne et sans concession.

Il n’y a rien à négocier. Retrait total de la réforme !

En réalité, ce qui effraie les journalistes et éditorialistes libéraux type L’Opinion, c’est bel et bien la combativité des cheminots depuis le 22 mars. Et si la stratégie de la grève perlée n’a permis aucune avancée réelle pour les droits des travailleurs, et amène le mouvement vers une défaite, il s’agit bel et bien d’en finir une bonne fois pour toutes avec ce dossier… et passer au suivant.

C’est pourquoi, dans leur rhétorique, les médias dominants dans leur ensemble « officialisent » la victoire totale de Macron et son gouvernement contre les cheminots. Ces affirmations cherchent en effet à décourager le mouvement. Et si, du côté de l’Élysée, la stratégie adoptée semble différente, à savoir chercher à fracturer l’intersyndicale pour reprendre le combat à la rentrée, l’objectif final reste le même.

Du côté des cheminots, et alors que Laurent Berger a annoncé que si la commission mixte paritaire de l’Assemblée Nationale validée la version du Sénat, la CFDT se retirera de la lutte, la question n’est pas de savoir à quelle sauce il s’agit de se faire manger. Car si ces manœuvres sont aujourd’hui possibles, c’est que d’une part la mobilisation historique des cheminots (avec déjà 26 jours de grève !) est un véritable problème pour Macron et son gouvernement, et que d’autre part la stratégie entêtée de l’intersyndicale autour de la grève perlée ne permet pas d’imposer un rapport de force suffisant pour faire reculer « Jupiter ».

En ce jour où le Sénat a permis à la réforme de passer un nouveau cap, il est absolument scandaleux que l’intersyndicale n’ait pas appelé à une journée de mobilisation. Heureusement, sous l’impulsion de l’Intergare, un appel à la grève a permis de donner un autre son de cloche.

Toutefois, il est évident que la poursuite de la grève perlée n’amènera qu’à la défaite finale du mouvement. Pire, un mouvement de plus de 26 jours pour, en définitive, une défaite à plate couture serait absolument catastrophique dans l’optique d’une hypothétique reprise de la lutte en septembre.

C’est pourquoi il est plus que temps que les directions syndicales, après le fameux « marathon de la grève », soit mis face au bilan de leur « stratégie de la défaite », et que la question de la stratégie de la grève soit entre les mains de l’ensemble des cheminots en lutte. Pour un changement de cap et un durcissement de ton, réclamons non pas les miettes mais le retrait total de la réforme autour d’un programme collectif afin de faire dérailler Macron.




Mots-clés

Bataille du rail   /    Intersyndicale   /    Cheminot-e-s   /    Grève   /    Edito   /    SNCF   /    Syndicat   /    Politique