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Monde

L’héritage de 1959

Le Système National de Santé Cubain. Une conquête de la Révolution

Attaques contre la Sécu en France. Fillon nous a servi un avant-goût de ce qu’il comptait faire lors du dernier débat des primaires à droite. Offensive en règle contre le National Health Service en Grande Bretagne. Moi, Daniel Blake, offre, à sa façon une idée du démantèlement du système de protection sociale légué par plusieurs décennies de coups de rabot sous Thatcher, Major, Blair, Brown et Cameron. En contrepoint, le Système National de Santé Cubain offre encore aujourd’hui une image de ce que sont les conquêtes de la révolution qui subsistent dans l’île. La Izquierda Diario Trad. CT

Pour construire un système de protection sociale et de santé conséquent à Cuba, il a fallu exproprier la bourgeoisie locale, le capital étranger et les grands propriétaires de façon à garantir un système éducatif et un système de santé digne de ce nom pour le peuple. Le Système National de Santé cubain (SNS) conçoit la santé comme un droit fondamental et inaliénable du peuple. Il est contrôlé par le ministère de la santé qui, à son tour, est en charge d’une partie de la recherche médicale et qui contrôle l’industrie pharmaceutique cubaine.

Le fonctionnement du SNS


Le SNS fonctionne à trois niveaux. Il existe, tout d’abord, une médecine de base, ou « Atención Primaria de la Salud » (APS), axée sur la prévention. L’APS s’occupe de 80% des cas traités par le SNS. Le second niveau s’occupe des personnes qui sont malades et vise à prévenir les complications et les rechutes liées aux pathologies et s’occupe également de la réhabilitation. Le troisième niveau, qui s’occupe d’environ 5% des cas traités, se consacre aux problèmes de santé liés aux séquelles et/ou aux complications liées à certaines maladies en particulier.

Au niveau infra-structurel, le réseau cubain est distribué sur l’ensemble du territoire et vise à un maillage étroit des patients potentiels. Les second et troisième niveaux sont liés aux hôpitaux et aux instituts spécialisés et offrent une moyenne de 5,9 lits pour 1000 habitants, un chiffre supérieur aux recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Le premier niveau s’articule en revanche autour d’infrastructures plus légères, dispensaires où travaillent médecins et infirmiers, en tout et pour tout 30.000 professionnels, chaque équipe suivant à 6 à 700 patients. Ces équipes travaillent sur la base d’une couverture médicale intégrale et en fonction d’une approche interdisciplinaire. Les équipes sont composées d’un médecin, d’un-e infirmier-e, d’un-e spécialiste en médecine interne, d’un-e pédiatre, d’un-e gynécologue-obstétricien-ne, d’un-e psychologue, d’un-e stomatologue, d’un-e assistant-e social-e et d’un-e technicien-ne spécialiste en hygiène et épidémiologie.

Le Système National de Santé, une référence au niveau international


Selon l’OMS, le système de santé cubain est l’un des modèles en termes d’efficacité et d’excellence. A titre d’exemple, et toujours selon les chiffres de l’agence onusienne, en 2015, l’île a réussi à éradiquer totalement la transmission du VIH de la mère à l’enfant, ainsi que la syphilis. Mais le SNS n’a pas été conçu comme une structure exclusivement cubaine. Dès 1963, une première Brigade Médicale Cubaine a été mise en place et a été envoyée en Algérie, dans le cadre des accords de coopération entre pays non-alignés. Cette expérience s’est poursuivie par la suite et continue à exister dans de nombreux pays d’Afrique et d’Amérique latine. Aujourd’hui, ce sont plus de 25 000 médecins cubains qui travaillent, dans le cadre des accords bilatéraux de coopération, dans le monde entier.

En défense des conquêtes révolutionnaires


Un tel exemple fait penser que, si en lieu et place du « socialisme dans une seule île », tel que le castrisme a pu le théoriser, il avait existé un programme internationaliste réel pour étendre ces conquêtes au reste de l’Amérique latine, l’impact aurait été tout autre. Mais parler du SNS, c’est également parler de la révolution et du processus post-1959. Il suffit de comparer le SNS aux systèmes de santé existants (ou inexistants) dans le reste de la région caraïbe, à commencer par Haïti, pays pourtant occupé de façon intermittente par les troupes impérialistes et onusiennes depuis plus d’un siècle, pour comprendre que sous le capitalisme, les nécessités de base des classes populaires ne peuvent être satisfaites, encore moins dans les pays périphériques et semi-coloniaux.

Pour défendre les conquêtes de la révolution, il est nécessaire, tout d’abord, d’affronter et de dénoncer l’embargo criminel imposé par les Etats-Unis contre l’île depuis octobre 1960, y compris au niveau médical et pharmaceutique, et auquel Obama n’a pas mis un terme. L’histoire nous laisse également d’autres leçons. Au lieu d’approfondir les acquis et les conquêtes de la révolution sur la base du développement d’instances démocratiques et auto-organisées des travailleurs des villes et des champs, le régime castriste a entravé le processus d’extension de la révolution, en interne et à l’étranger, au profit de la consolidation d’une bureaucratie d’Etat. C’est ce secteur privilégié qui, aujourd’hui, pilote le processus de restauration capitaliste à l’œuvre dans l’île et qui met en péril les conquêtes de la révolution. C’est cette même bureaucratie qui continue à prendre les décisions au détriment de l’organisation des travailleurs et du peuple de Cuba.




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