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Église et pédophile

Le Vatican face au scandale des viols en série commis par des prêtres américains

Il y a une semaine, un jury américain révélait un scandale de pédophilie au sein de l’Église de Pennsylvanie d’une ampleur inédite, incluant au minimum plus d’un millier de victimes. Après de nombreuses autres affaires au sommet du Vatican ces dernières années, le pape doit aujourd’hui faire face à la tourmente.

Durant deux ans, les membres du grand jury de Pennsylvanie ont enquêté sur les « archives secrètes » de l’Église catholique de cet État. Et le rapport qu’ils ont rendu en ce mois d’août est un véritable tremblement de terre, dont les répercussions se font sentir jusqu’au Vatican. 

« Nous, membres de ce grand jury, avons besoin que vous entendiez ceci, ont-ils déclaré. Il y a eu des rapports sur les abus sexuels d’enfants dans l’Église catholique par le passé. Mais jamais à cette échelle. Maintenant nous connaissons la vérité : c’est arrivé partout. »

Les quelque 500 000 documents sur lesquels s’est basée cette enquête étaient conservés dans ce que l’Église de Pennsylvanie appelle elle-même ses « archives secrètes » et dont elle gardait précieusement la clé depuis des décennies. Certains témoignages glacent le sang. 

« Plus de mille enfants victimes ont été identifiés, mais nous pensons que le nombre réel est de plusieurs milliers », déclare le rapport. Mais les preuves les plus accablantes sont celles qui révèlent que les évêques ont systématiquement couvert ces crimes, et qu’ils étaient organisés entre eux pour maintenir le secret. Un véritable réseau pédophile qui a sévit durant plus de 70 ans.

Parmi des milliers d’autres preuves à charge contre l’Église, il y a par exemple cette lettre d’un évêque à un prêtre ayant violé une enfant, qui est tombée enceinte et dont il a organisé l’avortement : « C’est un moment très difficile dans votre vie, je réalise à quel point vous êtes bouleversé. Je partage votre chagrin ». Un acte de complicité explicite avec un violeur pédophile notoire, donc.

Mais cet immense scandale s’inscrit dans une longue succession d’affaires de pédophile qui ont secoué le Vatican depuis l’arrivée du pape François, en 2013. Certaines ont même éclaté au plus proche de ce dernier, et notamment autour du Cardinal Georges Pell, numéro 3 du Vatican, inculpé en Australie pour des crimes sexuels commis sur de jeunes garçons. Ou encore Francisco Javier Errazuriz, membre du C9 au même titre que Georges Pell (le conseil de neuf cardinaux dont s’est entouré le pape) ;

Depuis janvier également, le pape fait face au naufrage de l’Église chilienne, tout aussi atteinte par des scandales de pédophilie que celle de Pennsylvanie, et que François avait qualifié de « calomnies » au cours d’une visite, déclenchant un tollé et des démissions en série.

Ainsi, ces nombreuses affaires et l’implication des évêques et du pape lui-même pour les couvrir ne font que révéler le véritable visage de l’Église catholique : une institution extrêmement réactionnaire, hiérarchisée et patriarcale, où les pires atrocités peuvent être passées sous silence durant des décennies pour assurer la perpétuation de sa puissance et de sa domination dans de nombreux pays du globe.

Crédit Photo : Reuters/toni Gentile




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