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Notre classe

Vers la construction du tous ensemble ?

Le bilan de Jean-Paul Lecoq (PCF) et Philippe Poutou (NPA) sur le meeting unitaire du Havre

Le meeting organisé par l’intersyndicale du Havre et l’ul Cgt Harfleur a permis de mettre en place une première expérience de convergence qu’il faudrait généraliser avec tous les secteurs déterminés à en découdre avec le gouvernement des contre-réformes XXL. Nous avons proposé à Jean Paul Lecoq, député PCF du Havre et à Philippe Poutou, porte-parole du NPA, présents au meeting, de revenir sur cette première expérience de front unique propos recueillis par par Maryline Dujardin

Comment s’est déroulé le meeting ? Quelle image en gardez-vous ?

Jean Paul Lecoq : Celle d’une unité d’action, l’expression d’un front commun construit dans les luttes, pour s’opposer à une politique de régression sociale, mais aussi pour porter une réelle alternative au système en place. Et que cela se soit passé au Havre, capitale des luttes, berceau de Jules Durand et très accessoirement ancienne ville de l’actuel 1er Ministre, c’est tout un symbole.

Ce fut un beau moment d’échanges, de fraternité également, un de ces moments qui comptent. Vous en sortez avec le plein d’énergie et d’espoir !

Philippe Poutou : C’était très bien. Les initiatives unitaires sont malheureusement très rares pour cette mobilisation. L’objectif de l’intersyndicale du Havre était en regroupant ainsi les forces du mouvement social (à la fois syndicales, associatives et politiques) de redonner la pêche aux militants, d’aider à donner un élan pour une véritable mobilisation.

Ce n’est pas courant ce type de meeting avec partis politiques, organisations syndicales, militants associatifs, pourquoi cela vous a semblé nécessaire d’y participer ?

Philippe Poutou : Oui c’est très rare. Au NPA nous sommes très sensibles aux initiatives militantes unitaires, nous savons que c’est important, que ça permet de nous retrouver ensembles, de nous redonner confiance, d’avoir les discussions dont nous avons besoin sur quelle stratégie pour les luttes, sur comment construire une riposte très large. Nous avons besoin de moments, de cadres pour construire un mouvement et pour construire l’unité par en bas, depuis les bases militantes. Il faut faire ce que les directions syndicales ou politiques ne font pas.

Jean Paul Lecoq : L’UL CGT qui a pris cette initiative le sait mieux que quiconque : lutter efficacement, c’est d’abord rassembler.

Je pense que la période actuelle, les enseignements à tirer de la précédente, mais surtout les enjeux qui sont devant nous, doivent nous inviter à construire un vaste rassemblement, à agir ensemble, à fédérer toutes celles et tous ceux, et ils sont très nombreux, qui n’en peuvent plus de cette société qui écrase le peuple pour servir uniquement les intérêts des puissants. Celles et ceux qui veulent construire autre chose.

Syndicalistes, militants associatifs, élus, nous avons chacun notre sensibilité et une vocation différente au quotidien. Mais lorsqu’il s’agit d’agir, de porter un projet ou mobiliser contre un mauvais projet, il est de notre devoir de nous unir.

Je suis toujours partant pour participer à toutes les initiatives allant dans ce sens et cela ne date pas d’hier…

Quelles sont les modalités de lutte qui se dégagent pour gagner ?

Jean Paul Lecoq : Sur le plan politique, très majoritairement, les Français voulaient en finir avec l’austérité des gouvernements sous Sarkozy puis Hollande. Et pourtant ont été élus au printemps un Président et une majorité parlementaire encore plus libérale ! Ce n’est pas un accident, c’est surtout le résultat d’une stratégie basée sur la capacité des libéraux à s’unir pour porter les intérêts des nantis.

A notre manière, dans le camp des progressistes, nous devons parvenir à unifier les luttes sociales et sociétales, à rassembler les organisations et au-delà des organisations.

Dans les espaces collectifs de nos communes, dans les entreprises, les associations, les quartiers. Partout où il y a de la vie.

Les modes d’action sont forcément différents mais la convergence des luttes doit sauter aux yeux et servir de fédérateur.

Philippe Poutou : Bien sûr qu’il y a cette idée du « tous ensemble », la nécessité de coordonner, de faire converger les résistances. Et c’est de cette unité dans la lutte que peut naître notre force et notre capacité à répondre aux attaques gouvernementales et patronales. C’est de cette force dont nous avons besoin pour remettre en avant des revendications radicales. Nous n’avons pas seulement des reculs sociaux à empêcher. Pour vraiment stopper la guerre menée par les capitalistes, il nous faut reprendre l’offensive en posant clairement le partage des richesses, l’interdiction des licenciements, la retraite à 60 ans, la semaine de travail à 32 heures et même la question de la démocratie dans les entreprises, la question du pouvoir dans l’économie donc celle du contrôle des salariés sur l’économie. Tout cela on le pourra en réussissant à construire l’unité dans les luttes.

La présence d’Assa Traoré montre que les revendications qui ressortent du meeting sont plus large que le retrait des ordonnances. Est ce que vous partagez cette préoccupation de faire le lien entre le monde du travail et les luttes contre les violences policières ?

Jean Paul Lecoq : Je pense que ce qui nous touche et ce qui nous rassemble, et peut davantage encore nous rassembler, c’est un engagement permanent contre toute forme d’inégalité et d’injustice. Cela dépasse donc le cadre des ordonnances et du monde du travail.

Nous partons tous, souvent, des mêmes constats, nous portons un même idéal et croyons à des valeurs semblables.

Après, en fonction des sujets, des luttes, chacun est libre de s’y associer à sa manière ou non. L’unité suppose la pluralité.

Philippe Poutou : La présence de Assa Traoré comme celle de Youcef Brakni qui nous ont parlé de leur lutte pour la justice et la vérité sur la mort d’Adama Traoré, tué par la police il y a un an, c’est un moment fort du meeting. C’est enfin une jonction entre mouvement syndicaliste et quartiers populaires. Nous souffrons des séparations, des divisions, cela nous affaiblit. En mettant dans le débat les questions de répressions et de racisme dans les quartiers populaires, cela permet de poser le problème de la solidarité et de l’unité de notre camp social qui ne doit pas oublier sa partie la plus exploitée, la plus opprimée. Le mouvement syndical et même les organisations politiques de gauche ont trop longtemps laissé de côté ces questions-là. La construction d’un mouvement social unitaire passe par les luttes antiracistes, pour l’égalité des droits, contre les violences policières, pour la défense des services publics, une lutte qui rassemble largement l’ensemble des opprimés.

Un meeting à contre courant dans un contexte de division entre le syndical et le politique, de multiplication des dates, est-ce que finalement à partir de ce meeting on ne pourrait pas commencer à se mettre autour de la table pour poser un calendrier commun ?

Jean Paul Lecoq : J’ai toujours estimé qu’un élu ou une organisation politique qui ne puise pas son action et inspire ses réflexions du vécu des gens et des acteurs collectifs de la société était un leurre.

Mais j’ai aussi la conviction que refuser de prolonger sur le terrain politique les luttes sociales est un mauvais calcul, surtout que dans le camp d’en face ils utilisent les moyens démocratiques à disposition pour perdurer…

Je souhaite que ce meeting du Havre forge cette unité d’action et devienne ainsi une référence pour multiplier au cours des prochains mois ce type d’initiatives.

Philippe Poutou : Les problèmes de l’éparpillement des journées d’actions, de l’absence d’une stratégie d’ensemble pour le mouvement ont été posés. Il est clairement ressorti de ce meeting des doutes sur le fait d’être à nouveau baladés par les directions syndicales, par une succession de manifestations qui ne peuvent qu’aboutir à une nouvelle défaite. S’est exprimé clairement le besoin d’une stratégie claire, le besoin d’un calendrier de journées d’actions, d’une construction d’un mouvement unitaire comprenant à la fois manifestations et mouvements de grèves comme mouvements de blocage de l’économie. Cela fait partie de la discussion, des perspectives. Manque maintenant les moyens de mettre tout ça en place.

[Crédits photo : Pascal Cole]




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