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Notre classe

Correspondances ouvrières

Le calvaire des travailleurs handicapés en entreprise

La politique actuelle ne peut que favoriser la discrimination envers les personnes en situation de handicap. Si nous sommes censés être une société sortie du moyen-âge et de l’obscurantisme, il faudrait intégrer les personnes en situation de handicap dans la société, en les prenant en charge quand le handicap est trop lourd ou en leur permettant d’intégrer le monde du travail. Pourtant, dans les entreprises, les employeurs sont loin d’être si attentionnés.

Comment le patronat rejette l’insertion des travailleurs en situation de handicap dans les entreprises

Selon la loi, un quota de 6% de personnes reconnues RQTH (reconnaissance de qualité de travailleur handicapé) doit être embauché par les entreprises. Ce quota n’est pas obligatoire mais juste une recommandation dont les entreprises peuvent s’exonérer contre un paiement : « Tout employeur occupant au moins 20 salariés est tenu d’employer à plein temps ou à temps partiel des travailleurs handicapés dans une proportion de 6 % de l’effectif total de l’entreprise. Les établissements ne remplissant pas ou que partiellement cette obligation doivent s’acquitter d’une contribution à l’Agefiph, le fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées. »

Le caractère optionnel de cette « obligation » pose déjà tout le problème, laissant une large marge de manœuvre aux entreprises pour faire tout simplement leur loi. Pourtant, l’autonomie, l’indépendance d’une personne en situation de handicap passe forcément par une activité rémunérée, sinon cette personne vivra seulement de l’aide sociale qui « coûte un pognon de dingue » d’après notre président, et ce n’est pas valorisant pour un individu déjà fragilisé socialement par son état de santé. De plus, les CAT (centre d’aide par le travail), établissements subventionnés par les contributions à l’Agefiph, sont bien souvent très critiquables concernant l’exploitation des personnes en situation de handicap, qui n’osent pas se battre pour leurs salaires ou conditions de travail. De multiples exemples de ce type existent malheureusement dans les CAT, qui utilisent la fragilité du statut de ses salariés pour les exploiter encore plus.

De plus, la notion de handicap est très subjective. Par exemple, des travailleurs reconnus RQTH peuvent n’avoir aucune restriction d’aptitude sur leur poste de travail (aptitude constatée par la médecine du travail), alors que des travailleurs n’ayant pas ce statut RQTH peuvent très bien avoir des restrictions sur le même poste… Il conviendrait donc plus plutôt de parler de capacités mobilisables par exemple, plutôt que de statut de travailleur handicapé dont la frontière est vraiment floue, qui est vécu comme stigmatisante par de nombreuses personnes.

Handicap et validisme : comment le capitalisme utilise les oppressions pour ses profits

Pour commencer, les personnes concernées préfèrent parler de « situation de handicap » et certaines dénoncent la mainmise des valides, qualifiés de « dominants » sur ce sujet qui les concerne en premier chef et sur lequel ils devraient pouvoir trancher par eux-mêmes. Certains parlent même d’une forme de « racisme des valides » et dénoncent le régime carcéral, voire les mouroirs que représentent les hôpitaux psychiatriques pour les personnes en situation de handicap psychique, qui restent encore aujourd’hui, beaucoup plus difficile à accepter, à intégrer socialement qu’une différence physique ou physiologique. C’est une différence également vécue en entreprise, car si certains employeurs (trop peu nombreux) utilisent les subventions allouées pour construire une rampe permettant d’accueillir une personne en fauteuil roulant par exemple, ils sont encore moins à être volontaires pour développer la patience, la compréhension, l’empathie nécessaire à intégrer dans le collectif de travail une personne en situation de handicap psychique. Du point de vue des patrons, il est plus facile (entendre plus rentable) de faire construire un équipement pérenne, pour une situation de handicap physique, que d’avoir, au quotidien, une attitude compréhensive permettant l’accueil d’un schizophrène, par exemple.

Tous les employeurs sont ravis d’embaucher des salariés RQTH, à la condition que cela ne leur donne pas plus de travail et qu’il n’y ait donc pas besoin de trop d’effort pour aménager leur poste. Le rêve pour un patron : un salarié RQTH (dont la présence est synonyme de dégrèvements fiscaux), mais sans aucune restriction d’aptitude (en capacité de tenir un poste sans besoin d’aménagement).
Les gains de productivité, le capitalisme et le macronisme en particulier, sont porteurs intrinsèquement de discrimination, puisque cela induit une polyvalence et une flexibilité généralisée. Or si un salarié RQTH peut éventuellement être utilisé sans aménagement sur un poste spécialisé, qu’en sera-t-il si les postes deviennent polyvalents ?

L’exemple de la transformation de la SNCF actuellement est parlant : si un agent est RQTH avec une station debout pénible par exemple, il est toujours possible de le faire travailler sur un roulement guichet, mais quand les postes deviennent polyvalents à toute force avec accueil/guichet indifférencié, que fait-on de cette personne ? Les emplois peu qualifiés notamment, favorisent ainsi encore moins l’intégration des personnes en situation de handicap.

Tout employeur qui se respecte, au nom de la productivité et de la compétitivité préfèrera licencier ce salarié trop peu facilement employable et payer sa cote part aux fameux CAT pour que son ex employé puisse aller se faire exploiter dans cet atelier spécialisé. Et le patron saura expliquer qu’il s’agit là de la survie de l’entreprise et donc de la pérennité des emplois !!! Ce grand philanthrope…
Jupiter pourra ensuite fustiger le « pognon de dingue » dépensé dans les aides sociales quand le modèle qu’il défend est de fait générateur d’exclusions qui ne peuvent qu’être consommatrices d’aides sociales…

Et ce n’est pas mieux dans le système éducatif avec un manque d’infrastructures accessible aux différents handicaps et de personnel, qualifié, mais aussi de préférence humain et empathique (une revendication des associations tellement évidente…) pour accueillir les étudiants. Et ce n’est pas la nouvelle loi ORE qui va arranger les choses… L’autonomie passe forcément par une activité rémunérée convenablement (et forcément aussi de formations et/ou écoles qualifiantes) qui permette de vivre en étant pleinement intégré à la société.

Le capitalisme trouve toujours des exceptions pour prouver qu’il ne développe pas les discriminations ; Stephen Hawking en est un exemple. Mais cela ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt : en cherchant à montrer tous les jours que les personnes en situation de handicap sont une « charge » pour la société et en les empêchant d’être autonomes, le capitalisme prouve tous les jours à quel point il est un système décadent qui ne fonctionne qu’en mettant des pays, des entreprises, et des personnes en compétition pour subsister. Et dans ce système porteur en soi de discrimination, les personnes en situation de handicap, partent à l’évidence avec un handicap.




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