Politique

Les cheminots toujours déterminés !

« Le combat continue, pour s’accélérer ensuite ». Interview d’un cheminot du comité de mobilisation de la gare Paris-Austerlitz

Publié le 26 mai 2016

Alors même que la CGT cheminot a finalement appelé à la grève reconductible à partir du 31 mai, nous avons recueilli les impressions d’un cheminot mobilisé, et participant au comité de mobilisation de la d’Austerlitz.

Cyril, non syndiqué, comité de mobilisation de la gare d’Austerlitz, conducteur de train à la SNCF.

Comment vous vous êtes organisés

Lors de l’AG du 9 mars, un comité de mobilisation a été proposé par un collègue, Benoît, un mec super, à la suite de quoi nous avons organisé un calendrier de rencontres très régulières. Cela a permis que les agents qui travaillent en horaires décalées puisse se retrouver et cela a créer une sorte de roulement. Nous nous rencontrions de façon très aléatoire en petit comité. Ainsi le mardi et le jeudi nous nous réunissions pour discuter de la façon dont les agents, syndiqués ou non, entrevoyaient la lutte. Cela permettait de se rencontrer pour ceux qui ne se connaissaient pas, de discuter des luttes passées et des erreurs à ne pas répéter, de comprendre en quoi la loi travail était en relation avec le décret socle, de se positionner. Pour ma part, je découvrais des collègues que je croisais habituellement sous un nouvel angle, avec souvent de très bonnes surprises, parce qu’autour du sujet de la lutte, nous commencions aussi à parler aussi de nos vies respectives, de notre vision, alors une certaine intimité est née.

Quel est le rôle du comité de grève, du piquet, des AGs ?

Le rôle du comité est que puissent se rencontrer et avancer d’une même lutte des agents en dehors d’un contexte syndical, avec une liberté idéologique, sans pour autant se désolidariser de ses camarades syndiqués pour ceux qui le sont. Ça a très vite très bien fonctionné même si cela se faisait en petit groupe, et en prenant le temps, nous nous sommes simplement retrouvé autour de valeurs humaines, contre un système qui nous étouffe, qui nous assujettie un peu plus chaque jour, surtout dans cette période où nous avions droit à une nouvelle mauvaise loi presque chaque jour. Des piquets ont été mis en place tôt le matin pour aller à la rencontre des collègues pour leur expliquer, décortiquer les textes de loi tous très compliqués que nous aurions à subir bientôt, nous avons constaté une grande solidarité avec nous, nous ne rencontrions pas vraiment, pour ne pas dire aucun de nos collègues, en faveur du décret socle ou de la loi travail, ça nous a donc motivés à aller un peu plus de l’avant ! Et force est de constater que, nous faisant de petites actions, ce comité de mobilisation nourri par quelques cheminots en colère à finalement réussi à faire entendre sa voix, au travers des traditionnelles AG parce que soutenu de plus en plus par les collègues, mais pas seulement, très vite les étudiants qui subissaient une forte répression policière face à leur présence dans la rue contre la loi travail sont venus nous soutenir avec l’énergie qu’on leur connaît, sans faille. Nuit debout est ainsi aussi devenu un vecteur, parce qu’à force de rencontre, dans une optique de convergence des luttes, les cheminots sont devenus les cheminots debout, et avec la commission grève générale de nuit debout, qui était très présente lors des rassemblements de lutte cheminotes, nous comprenions l’intérêt de se soutenir les uns les autres.

C’est vrai qu’il y a quelques vieilles rancunes qui se lèvent de temps à autre entre des gens qui se connaissent de longue date et de longue lutte dans la boite, mais c’est une histoire humaine, on fait avec ; cependant les discussions et l’appel à l’unité apaisent les tensions, d’autant plus qu’aujourd’hui, toutes les organisations syndicales appellent à la grève reconductible à partir du 31.

Quelle ambiance dans la gare, avec les collègues

L’ambiance, fluctuante ! Très fluctuante !! C’est fou comme on peut passer d’une ambition grandiose à la consternation, d’une info à l’autre, on se sent fort, on se sent faible, mais dans l’ensemble, notre positivisme et les soutiens que nous recevons nous font ressentir le vent qui nous amènera vers la victoire.

Qu’est-ce que tu penses du soutien extérieur ?

Il est crucial, il ne faut pas oublier que le décret socle et la loi travail sont liés, c’est tous les travailleurs qui sont touchés, et donc la convergence des luttes est essentielle. Les différents secteurs se rencontrent et se soutiennent mutuellement, les étudiants ont très bien compris les enjeux de cette lutte et sont très présents dans les rencontres entre salariés mais aussi dans la rue. La jeunesse en toute légitimité construit l’avenir du pays, qui est mieux placé qu’eux pour prétendre à un avenir juste ? Je pense aussi aux hôpitaux et aux postiers qui sont toujours très présents, merci à eux.

Une réaction suite à l’annonce de la CGT d’appeler à une grève illimitée à partir du 31

Nous attendions cela depuis un moment, l’UNSA et la CFDT appelle aussi à la reconductible pour le 31, et j’imagine que sud n’arrêtera pas son reconductible déjà en place, nous avons donc toutes les raisons de penser qu’une lourde mobilisation est en vue, alors ce que j’en pense, c’est que le gouvernement n’aura d’autre choix que de reculer et d’abandonner son projet, et cela, évidement me fait très plaisir.

Quelles perspectives jusqu’au 31 et après

Jusqu’au 31 une base va rester en grève, dont je fais partie, certain ne feront que quelques jours, c’est très compliqué financièrement, et je comprends qu’on puisse reprendre le travail et être en même temps un fervent militant, en tout cas le combat continue, pour s’accélérer ensuite.

Après, il faudra faire attention aux récupérations, que ce soit au niveau des organisations syndicales ou au niveau gouvernemental, on sait ce qu’il s’est passé ailleurs et il ne faudra pas tomber dans les mêmes pièges, mais nous n’en sommes pas encore là, il aujourd’hui très difficile d’imaginer la suite tant les structures habituelles sont bousculées. Je garde beaucoup d’espoir dans la mobilisation qui s’est mise en place, et souhaite qu’elle s’amplifie car le travail sera long si nous souhaitons profiter de cette mouvance pour gagner un peu plus que le simple retrait de la loi travail. C’est une idéologie contre laquelle nous nous battons, et il est vraiment temps de renverser la vapeur.

Comment gagner la bataille face à ce gouvernement ?

Exactement comme nous sommes en train de le faire, avec la certitude que ce que l’on nous propose n’est pas une évolution sociale, et qu’à travers la lutte, avec toute l’énergie que cela demande, nous saurons improviser, ensemble, pour inventer un système plus équilibré et plus juste.

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