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Politique

Des milliers de personnes à Paris pour exiger #JusticePourAdama

« Le combat pour Adama, c’est notre lutte à tous »

Ils étaient des milliers à répondre, ce samedi, à l’appel du Comité Vérité pour Adama Traoré. Plus de deux ans après sa mort, le 19 juillet 2016, la famille dénonce une 4ème expertise médicale qui « multiplie les incohérences » et nie la responsabilité des gendarmes. Dans le sillage de sa « guerrière », Assa Traoré, le comité Adama parvient à agréger les soutiens et à écrire une nouvelle page de l’histoire française dans la lutte contre les violences policières et le racisme d’Etat.

Photos : O Phil des Contrastes.

« on braque Paris »

Ce n’est pas la première fois que le comité Adama, la famille Traoré et leurs soutiens battent le pavé à Paris. Le 30 juillet 2016, à seulement quelques jours de la mort d’Adama, une manifestation prévue depuis gare du Nord avait été empêchée par les forces de répression. Puis une seconde, rendue à destination finale cette fois-ci, le 5 novembre 2016 qui a ouvert la voie à d’autres : le 26 mai 2018, à l’occasion de la Marée Populaire appelée par François Ruffin et la France Insoumise – « c’est nous qu’on braque Paris » pouvait-on lire sur la banderole -, le comité Adama s’était positionné en tête de cortège, une manière de prendre la place qu’exige la lutte antiraciste et contre les violences policières dans le paysage de la gauche française.

Pour cette 4ème manifestation parisienne, des milliers de personnes ont déferlé depuis la gare du Nord vers la place de la République. Endeuillée par la mort d’Adama, par l’incarcération de ses frères réprimés pour leur combat, la famille Traoré fait face à un nouveau déni de justice : l’expertise tant attendue – la quatrième depuis le 19 juillet 2016, jour de la mort d’Adama – multiplie les « incohérences ». « Cette expertise dit que mon frère n’est mort d’aucune cause cardiaque ni d’infection très grave mais bien d’une compression thoracique » a expliqué Assa Traoré à la presse, en rappelant les 250 kilos, le poids des gendarmes, que son frère a reçu sur le corps et qu’a reconnu la reconstitution des faits. « Mais nous avons cette conclusion qui dit qu’Adama Traoré est mort parce qu’il avait la dépranocytose […] et qu’il est mort pour avoir couru 480 mètres en 18 minutes » poursuit-elle. « C’est un mensonge d’Etat. […] Ce que nous demandons c’est la mise en examen des gendarmes ».

« Nous sommes entrés dans l’Histoire »

Dans sa lutte pour obtenir la vérité et la justice pour son frère, Assa Traoré, véritable « guerrière » du comité Adama, a embrasé d’autres combats. Celui de la famille d’Angelo Garrand, abattu par des gendarmes dans le Loir-et-Cher en mars 2017, de Théo Luhanka, violenté à Aulnay, et en tête de cortège ce samedi, d’Abou, de Yacouba, de Lamine Dieng, d’Amadou Koumé, de Gaye Kamara, de Medhi G., de Zyed et Bouna, et de bien d’autres victimes de meurtre policiers dont les noms sont égrenés lors de la marche. « On n’en peut plus de voir nos frères déshumanisés, tués, violés ! ».

« Nous sommes entrés dans l’Histoire » jette Assa, alors que le cortège vient d’arriver à République et que les prises de parole vont se succéder. Une histoire de la françafrique, de la colonisation, du prix de sang payés par les pères lors de la Seconde guerre Mondiale, tués pour la France, rappelée à la tribune. « Nos parents sont venus ici, ils sont immigrés, qui ont quitté des pays dans des conditions difficiles […] aujourd’hui c’est à nous de connaitre notre histoire, de l’apprendre, et de reprendre ce combat pour nos droits ».

Un Black Lives Matter hexagonal ?

Autour de la figure d’Assa Traoré, et du comité Adama, se sont bien les bases d’un « Black Lives Matter » hexagonal qui ont été posées. Véritable élément de politisation de cette jeunesse des quartiers. « C’est votre lutte à tous ». Un « tous » dont les contours seraient délimités par une même oppression par la violence d’Etat : des familles de victimes de violences policières aux collectifs de sans-papiers, qui en sont bien souvent les victimes les plus exposées ; des postiers du 92, réprimés par La Poste et la police aux militants LGBT de l’Existrans dont Assa Traoré a salué la présence ; des mamans « Traoré » du nettoyage d’Onet aux cheminots combattifs qui les ont soutenu durant leur grève de l’hiver 2017-2018…

(Théo, violenté par la police à Aulnay-sous-Bois, présent en tête de cortège)




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