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Fragilité du gouvernement

« Le compte n’y est pas » : le gouvernement face à la difficile reconquête des élus locaux

C’est un front qu’Emmanuel Macron aurait bien aimé pouvoir enfin refermer. Pourtant, quelques mois après le boycott de la Conférence Nationale des Territoires par les associations d’élus locaux, le Congrès de l’ADF ne semble pas donner les signes d’apaisement attendus par le gouvernement.

Un début de quinquennat en conflit avec les élus locaux

Depuis le début de son mandat, Emmanuel Macron s’est heurté à l’opposition des élus locaux. Lors de la première année du quinquennat, les couacs autour de la suppression des contrats aidés, des « contrats de maîtrise de la dépense locale », du passage à la trappe du Rapport Borloo ou encore de la suppression de la taxe d’habitation, avaient suscité l’ire des élus, ouvrant un conflit avec l’Association des Maires de France, l’Assemblée des Départements de France et l’Association des Régions de France.

Opposés à ce qu’ils percevaient comme une tentative de « recentralisation », les élus représentés dans ces organisations avaient ainsi boycotté en juillet 2018 la Conférence Nationale des Territoires et lancé, à la rentrée, à l’occasion du Congrès des Régions de France, un « Appel de Marseille » exigeant plus de décentralisation contre le « mépris technocratique » et « l’idéologie recentralisatrice » du gouvernement.

Macron avait ainsi réussi l’exploit de souder contre lui en un temps record et pour la première fois les trois principales associations d’élus, réunis pour l’occasion dans une nouvelle association commune, « Territoires Unis », une structure emmenée par les leaders des associations d’élus, Hervé Morin (Centre), Dominique Bussereau (LR) et François Baroin (LR) et soutenue par le président du Sénat, Gérard Larcher (LR).

Une situation compliquée pour le gouvernement, conscient des faiblesses de son ancrage local et de la nécessité d’agréger autour de lui des soutiens dans les collectivités, tant pour assurer la mise en œuvre de sa politique sur les territoires que pour préparer des élections municipales aux enjeux importants.

Des mesures pour tourner la page ?

La semaine dernière, le gouvernement a donc présenté un ensemble de mesures pour tenter de tourner la page de ces conflits. Sur le papier, le plan du gouvernement à destination des départements les plus fragiles - représenté lors du Congrès par Jacqueline Gourault, Ministre de la Cohésion des Territoires, et Sébastien Lecornu, rattaché à la Ministre - contient à la fois une enveloppe dédiée à la pérennisation des mesures d’urgences (115 millions d’euros) visant à permettre aux départements d’assurer leurs missions sociales telles que le paiement des allocations individuelles et une enveloppe pour l’accompagnement en lien avec le Plan Pauvreté (135 millions), dont l’accès serait conditionné à l’atteinte d’objectifs d’insertion professionnelle.

Par ailleurs, le gouvernement propose la création d’un fond de solidarité entre les départements, pour favoriser les transferts entre les collectivités les plus riches et les plus pauvres, ainsi qu’une ligne de 119 millions d’euros pour financer l’aide aux mineurs non accompagnés. En outre, Jacqueline Gourault a également annoncé que l’État n’imposerait pas les fusions entre les grandes métropoles et les départements.
Malgré ces mesures, le congrès de la réconciliation sur lequel comptait Emmanuel Macron n’a pas eu lieu. Au lendemain de l’annonce du plan de 250 millions d’euros en 2019, les présidents de département, réunis au Congrès de l’Assemblée des Départements de France, ne se sont pas satisfaits des mesures du gouvernement. Dominique Bussereau, le président de l’ADF, a ainsi noté : « le compte n’y est pas », les élus départementaux soulignant les limites financières des propositions du gouvernement, notant par exemple les coûts supplémentaires entraînés par le Plan Pauvreté et non pris en compte dans le plan, et dénonçant les méthodes du gouvernement.

Toujours en colère, le président de l’Essonne, François Durovray (LR) a même proposé une analogie avec le mouvement du 17 novembre, expliquant : « Quand le gouvernement maltraite les départements, il maltraite les territoires les plus fragiles. Je n’ai pas envie qu’après les gilets jaunes, il y ait les écharpes noires des élus de la République ». Dans la continuité de l’Appel de Marseille, les élus ont demandé une nouvelle phase de décentralisation.

Un dialogue renoué mais toujours difficile

Finalement, en dépit des limites soulignées par les élus départementaux, l’intervention du gouvernement aura permis de renouer un dialogue. Pour autant, le chemin vers une réconciliation avec les élus locaux, dont l’Élysée a fait une « priorité absolue » reste long, en dépit du volontarisme affiché par le gouvernement dans le cadre du remaniement ministériel à travers la nomination de Jacqueline Gourault et de Sébastien Lecornu.

Si Edouard Philippe avait recommencé à dialoguer avec des élus régionaux fin septembre à la suite du Congrès des Régions de France, l’idée, mise en avant il y a quelques jours par le gouvernement, de généraliser une aide au transport mensuelle de 20€ face à la colère contre la hausse du carburant, a indigné à nouveau dans les rangs des élus. L’Association des Maires de France (AMF) a quant à elle refusé de rencontrer le Premier Ministre avant le Congrès des Maires de France qui se tiendra entre le 20 et 22 novembre. François Baroin, président de l’AMF a d’ores et déjà annoncé que ce Congrès serait marqué par « une logique de revendication et de négociation ».

Emmanuel Macron, de retour d’une tournée commémorative/opération de reconquête des territoires éprouvante dans le Nord et l’Est, le sait, la rupture avec les élus locaux est un danger pour son gouvernement impopulaire. Dans la perspective des échéances électorales à venir, mais aussi pour assurer des recompositions à droite, cette étape apparaît comme indispensable. Pour autant, la volonté du gouvernement de maintenir le cap de ses réformes semble pour le moment limiter sa capacité à offrir aux élus locaux les mesures qu’ils exigent, de quoi fragiliser encore un peu plus le gouvernement.

Crédit photo : JACQUES DEMARTHON / AFP




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