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Politique

« Expérimentation »

Le département du Nord veut supprimer le RSA après deux refus d’emploi dès janvier 2019

Le conseil départemental du Nord a annoncé qu’il voulait mettre en place la suppression du RSA pour les allocataires refusant deux offres. Une mesure dans la directe lignée du plan pauvreté annoncé il y a quelques jours par Macron, prévoyant précisément la généralisation de cette disposition. Le Nord, à l’avant-garde de la pénalisation du chômage et de la pauvreté…

Depuis plusieurs années déjà, le département du Nord est précurseur en termes d’attaques contre les chômeurs et les précaires. En 2016 déjà, le président du département, Jean-René Lecerf, avait commencé à s’en prendre aux allocataires du RSA, en appliquant des sanctions à ceux qui n’étaient pas inscrits à Pole Emploi. A l’époque 25 000 personnes avaient été touchées par des sanctions, allant de la retenue de 100 euros à une suppression totale de leur RSA. Une mesure plongeant dans la misère et le dénuement des personnes vivant déjà avec à peine ce qu’il faut pour pouvoir vivre décemment. D’autant plus quand on sait que les radiations de Pole emploi sont fréquentes : un rendez-vous raté et vous voilà parfois suspendu de Pole emploi. Et obtenir des rendez-vous est bien difficile à l’heure où le gouvernement a supprimé des milliers d’emplois au sein même de l’organisme. C’est ce dont témoignait un allocataire du RSA dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron, publiée il y a quelques mois dans Révolution Permanente :

« Chômeur, vous ne le savez peut-être pas dans votre château mais c’est un boulot à plein temps. On enchaîne des petits boulots précaires, qui ont tous des statuts différents. Un employeur ne veut vous employer qu’en CDD de très courte durée, un autre n’accepte qu’avec un statut d’auto-entrepreneur… Á chacun de ces changements, il faut le signaler à la CAF, à Pôle Emploi, à la Sécurité Sociale… Récemment, le Conseil départemental m’a écrit pour me menacer de suspendre mon RSA si je ne parvenais pas à avoir un rendez-vous à Pôle Emploi pour actualiser mon Projet Personnalisé d’Accompagnement à l’Emploi (PPAE). Malgré plusieurs relances, je ne parviens pas à obtenir un rendez-vous à Pôle Emploi. Peut-être que c’est à cause des milliers d’emplois que vous avez supprimé à Pôle Emploi que ma conseillère est surchargée de travail et n’a pas le temps de m’accorder un rendez-vous. Un agent de la CAF est venu le mois dernier à mon domicile pour vérifier que je vivais seul, pour contrôler mes comptes en banque et être sûr que je n’ai vraiment pas d’argent. »

Deux ans plus tard le département va plus loin avec cette mesure qui pourrait prendre effet dès le 1er janvier 2019. « Nous avons des emplois en très grand nombre, mais nous n’arrivons pas à trouver suffisamment de personnes » s’indigne le président du département. Une affirmation qui laisse songeur. Au premier trimestre 2018 l’INSEE estimait le taux de chômage dans le département du Nord [à 12,3 %]->https://www.insee.fr/fr/statistiques/2012804], le classant parmi les records des plus forts taux de chômage de toute la France.

« Expérimentation » ? Macron a justement annoncé la généralisation de la suppression du RSA après deux refus d’emploi dans le cadre du plan pauvreté, dans son discours mercredi devant le Musée de l’homme. Grace à cette réforme les chômeurs seront obligés d’accepter les emplois les plus précaires, les conditions de travail les plus dégradées, les plus bas salaires, au risque en cas de refus de perdre toute aide sociale. Si à l’occasion de son discours Macron a artificiellement essayé de se distinguer de la droite en vilipendant le discours contre l’assistanat, sa politique pousse encore plus loin que ses prédécesseurs la pénalisation des chômeurs. Cette destruction des acquis sociaux, est justifiée idéologiquement par le gouvernement par un discours égrainé au fil des semaines sur les « droits et les devoirs », des bons et des mauvais pauvres. Pour appartenir à la première catégorie il faudrait avoir la volonté de sortir de la pauvreté, et trouver un travail… pour cela rien de plus facile, pour Macron il suffit de « traverser la rue ->http://www.revolutionpermanente.fr/Marre-de-traverser-la-rue-on-va-finir-par-la-prendre-La-reponse-d-un-chomeur-a-Macron] » !

Crédits photo : Christian Hartmann - Reuters




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