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Politique

Séminaire gouvernemental

Le « deuxième temps du quinquennat ». Après la matraque, soigner l’image

A l'issue du Conseil des Ministres s’est tenu ce mercredi 30 mai un séminaire gouvernemental avec en ligne de mire la préparation du « temps deux du quinquennat » selon les mots de Benjamin Griveaux, Porte-Parole du Gouvernement. Que nous préparent Macron et sa bande de marcheurs ? Principalement une diminution des dépenses publiques de 70 milliards d'euros, avec dans le viseur les APL, la prime d'activité, la sécurité sociale, l'assurance et les collectivités locales… Comment gérer ce nouveau train de réformes sans faire dévisser davantage la popularité présidentielle, entamée ces derniers mois ?

Crédit image : FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Un nouveau train de réforme retardé, à faire passer

Le calendrier de ce séminaire n’est pas anodin. Prévu à l’origine pour février, ce séminaire a finalement été décalé à juin. Le gouvernement a préféré attendre que le climat social tendu des dernières mois se calme quelque peu avant d’ouvrir le chantier de la réduction des dépenses publiques, chantier qui risque de raviver les tensions sociales.

Comme le note un édito des Echos, "l’horizon social s’est dégagé" pour Macron – et ce n’est pas faute d’avoir réprimé, mutilé, matraqué, mis en garde à vue, gazé, bref, mobilisé l’arsenal répressif le plus brutal. Profitant donc de cette accalmie, les députés LREM ont préparé le terrain ces dernières semaines, multipliant les attaques verbales contre les aides sociales, qu’il s’agisse de Gérald Darmanin, Bruno Lemaire ou Aurore Bergé, député LREM, qui déclarait très récemment, pleine de suffisance et de mépris : « On a le droit de s’interroger sur l’efficacité » (des aides sociales). Soit. A condition que nous ayons le droit de nous interroger sur « l’efficacité » des mesures rapaces que Macron et sa clique mettent en place. car sous prétexte de « modernisation », les politiques économiques déclinées depuis le début du quinquennat – loi travail XXL, suppression de l’ISF, augmentation de la CSG, baisse des cotisations sociales et mise à sac des compte de la sécurité sociale, préparation via Parcoursup d’une privatisation un peu plus avancée de l’enseignement supérieur et secondaire, plan de suprression de 120 000 fonctionnaires … - ne font qu’avancer toujours plus loin dans la démolition des acquis sociaux, poussant toujours plus l’ignominie, l’exploitation, l’oppression, la répression.

Ce tournant n’arrive pas n’importe quand. La cote de popularité de Macron a pris un coup ces dernières semaines, preuve que le tournant autoritaire du gouvernement a laissé des traces. Mais il y aussi le fait les français sont loin d’être spontanément acquis au modèle néolibéral vendu par Macron et son équipe de VRP. Comme l’écrivait Bernard Sananès dans Les Echos dans un article paru le 19 avril : « Pour les Français, la promesse présidentielle du « libérer-protéger » n’a pas été tenue... Ils savent que le statu quo n’est pas possible mais se demandent où la transformation annoncée va les mener. Ils en redoutent l’impact, notamment social, et ne voient pas le bénéfice qu’ils pourraient en tirer... Transformer pour quelle France demain ? Ce « récit » n’apparaît pas clairement et n’est pas inclusif aux yeux des moins favorisés qui se demandent s’ils ont leur place au pays de Macron »
Après la séquence ultra-brutale de répression qui a quelque peu érodé sa côté de popularité, Macron se doit de la jouer maintenant plus « humaniste » et « moral ». A la libéralisation à outrance, menée sur le « temps un », doit succéder un « temps deux » de la « protection » de la population. En témoigne la sinistre opération de com’ du gouvernement autour de la naturalisation de Mamoudou Goussama, ou encore la réception à l’Elysée de Laurent Berger, secrétaire générale de la CFDT, afin de vanter, grossièrement, une politique de « dialogue social » – dont on a bien vu, dans la séquence précédente, qu’il n’en a cure.

Toutefois, il ne s’agit pas de croire que la radicalité qui s’est manifestée les dernières semaines s’est définitivement éteinte, et que les éléments de langages lancés à tout va par la Macronie comme autant de slogans publicitaires suffiront à l’éteindre. Tout au contraire, Cécile Cornudet dans les Echos l’analyse très clairement « La lassitude politique ne s’est pas dissipée. Un an après la présidentielle, les Français continuent à se tenir très loin de tout ce qui touche à la politique, mais leur regard sur Emmanuel Macron s’est durci. »

Une politique toujours plus (ouvertement) à droite : la machine à radicalité ne faiblit pas

Le virage ouvertement droitier du gouvernement se poursuit donc avec la menace de tailler de nouveau dans les aides sociales. Les récents sondages montraient d’ailleurs que la majorité de l’opinion considérait, à juste titre, LREM comme un parti de droite. Or quoi de plus normal ? Le bonapartisme faible d’Emmanuel Macron, qui dispose d’une base social extrêmement étroite et précaire, va devoir, pour être en mesure de mener son programme néolibéral, s’appuyer sur un électorat de droite et le convaincre. Le moindre signe de faiblesse risque de mettre en danger le projet de Macron d’agréger la bourgeoise à son projet. Aussi Macron est-il lancé dans une course en avant pour faire montre de sa détermination à ne jamais reculer. Toujours selon Bernard Sananès : « Il y a fort à parier qu’Emmanuel Macron va poursuivre et renforcer sa politique qui « parle » déjà à la droite sur l’économie, et de continuer à donner des signes d’autorité... Au-delà de ceux qui ont voté pour lui le 23 avril 2017, il peut s’appuyer désormais sur la moitié de l’électorat de François Fillon. Pour continuer à réformer, il a besoin du soutien sans faille de cette base électorale. Et il ne peut l’obtenir qu’en continuant d’avancer. Impossible pour lui de mollir ou de ralentir sur les réformes, sinon ces soutiens le quitteront »

Cette course en avant comporte le risque majeur de concentrer toutes les colères sur la figure du Macron accentuant le tournant bonapartiste de ce dernier, surtout en l’absence de ministres capables de servir de suppléant, ceux-ci étant d’une médiocrité telle que Macron accapare toute la lumière (et la colère qui va avec). Bernard Sananès, lucide, mettait en garde sur les risques à venir : « Au-delà de l’image du président des riches, qui s’est installée dans tous les catégories sociales, dans tous les électorats jusqu’à gagner le sien, le nouveau risque aujourd’hui est que les critiques se cristallisent sur sa personnalité. »

Ainsi, ces nouvelles mesures qui rognent sur les dépenses publiques viendront de nouveau alimenter la machine Macron, véritable machine à fabriquer de la radicalité.




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