Politique

Même pas mort !

Le gourverne-ment ! Avec le 19, la mobilisation s’enracine et trouve un nouvel élan

Publié le 20 mai 2016

Le revers est dur à encaisser pour le gouvernement. Malgré une véritable entreprise de propagande menée par Valls, ses sbires et ses valets médiatiques, mais aussi l’ensemble de la classe politique, la mobilisation contre la loi travail est loin de s’essouffler. Une journée de mobilisation réussie - plus de 400 000 personnes dans les rues selon les premiers chiffres et surtout une saut qualitatif dans le mouvement de grève et de blocage de l’économie du pays- mettant à mal l’exécutif, qui tente le tout pour le tout pour discréditer et isoler le mouvement.

Julian Vadis

De la polémique de la voiture brulée aux déclarations sur les « mesures de fermeté », le gouvernement durcit (encore) le ton

Les images de la voiture de police incendiée en marge de la manifestation « anti haine du flic » à Paris a, comme c’était prévisible, déclenché une vague d’indignation de la classe politique. Du PS au FN en passant par l’ensemble des pontes républicains, les déclarations se sont multipliées, dans une surenchère du « bon mot » réactionnaire dont la palme revient très certainement à Frédéric Péchenard, ex-directeur de la police nationale et membre des Républicains, qui a qualifié d’actes « pré-terroristes » l’épisode de la voiture brûlée. Ce discours, tendant à la fois à stigmatiser le mouvement social et le « laxisme » du gouvernement en matière de répression -auquel Valls a répondu en exigeant une totale « fermeté » envers les actes des « casseurs » - n’a cependant pas eu l’effet escompté au vue de la mobilisation de ce 19 mai. En effet, ce sont par centaines de milliers que les manifestants ont réaffirmé dans la rue et par la grève leur opposition à la loi travail et à l’utilisation du 49.3 pour la faire passer en force.

S’il est certain que, dans la lignée de la politique jusqu’au-boutiste du gouvernement, l’offensive réactionnaire ne va pas s’arrêter en si bon chemin, la réponse des travailleurs et opposants au projet de loi est un coup dur pour le gouvernement. L’épiphénomène (ou le fait divers) de la voiture de police brûlée en est révélateur à plus d’un titre. Non seulement il démontre avec force l’impasse stratégique des actions spontanées minoritaire, qui loin de mettre en péril l’ordre établi -on imagine aisément que ladite voiture sera remplacée sans trop de mal- a été instrumentalisée par le gouvernement pour lancer une offensive idéologique à échelle de masse. Mais il permet également au gouvernement de réaffirmer le principe du monopole de la violence légitime des forces de polices, et d’encourager ses partisans à s’adonner aux louages des forces de l’ordre « responsables » -voire pacifistes ? – parce qu’ils n’auraient pas « ouvert le feu » face à cette « horde de casseurs ».

Néanmoins, l’autre point révélateur au travers ces déclarations, c’est bel et bien le vent de panique palpable au sein de la classe politique, certains avançant même l’hypothèse d’une situation « pré-insurrectionnelle ». Et ces déclarations ne peuvent être comprises qu’au travers de la mobilisation d’ampleur sur l’ensemble du territoire, avec l’exemple du Havre comme étant un véritable cauchemar pour l’appareil étatique de la V° République Lapeur pourrait bien être en passe de changer de camp.

Les directions syndicales sous la pression de leur base militante

Dans la soirée, l’intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL a sorti un communiqué très attendu après le succès de la journée de jeudi 19 mai. Une date de grève nationale en ressort : le 26 mai. Ici aussi, la pression de la base militante commence à avoir son effet. Si l’appel à une reconductible n’est pas explicitement le mot d’ordre -bien que le communiqué ouvre cette possibilité-, il est frappant de constater que le calendrier se resserre. L’ensemble des organisations a également appelé à la tenue d’assemblée générale dans les boites et à la multiplication des « mobilisations sous des formes variées ».

Si on est encore loin de l’appel à la grève générale pour faire reculer ce gouvernement à la dérive, chaque mot du communiqué témoigne de la pression exercée par le mouvement social. Il est impossible pour les grandes centrales syndicales de songer à siffler la fin de la mobilisation ou même maintenir des journées saute-mouton espacées de plusieurs semaines tant les velléités d’affrontement sur le terrain de la lutte des classes sont palpables. La perspective de voir émerger et se multiplier dans les secteurs les plus avancés - mais non pas les moins stratégiques - tels que les cheminots ou dans les raffineries, des cadres d’auto-organisation de la lutte est désormais tout sauf illusoire, comme le montre l’exemple de l’assemblée générale interprofessionnelle organisée ce jeudi à Paris à République. S’il est clair que le mouvement est encore loin d’être majoritaire, la colère accumulée ces dernières années et le sentiment d’une possible victoire contre le gouvernement commence à s’enraciner au sein de l’avant garde large des travailleurs mobilisés. Un casse-tête supplémentaire pour le gouvernement, qui a déjà eu du mal à canaliser la colère étudiante si ce n’est au travers de l’utilisation massive de gaz lacrymogène et de coups de matraque, en tablant sur la fin du semestre et les « invitations à dialoguer » lancées à l’Unef.

Le gouvernement veut pourrir la situation ? La reconductible et l’unité de classe comme arme de destruction massive.

Ce gouvernement est faible ... et son alter-ego républicain n’est pas à même de jouer un contrepoids efficace dans la situation de crise politique actuelle. Dès lors, l’exécutif joue à fond la carte du pourrissement de la situation, en faisant, certes, quelques mais en poursuivant surtout dans la logique de division entre « casseurs » et « manifestants » et en lançant à ces derniers que leur combat ne sert à rien, voire en interdisant les cortèges. Bien entendu, il est vital que l’ensemble de la mobilisation s’empare de questions stratégiques pour trouver son expression politique propre. La réelle violence qui doit être dénoncée avec force par le mouvement social. Ce n’est pas celle des flammes d’une voiture de police, mais celle que subissent les manifestants depuis plus de deux mois, celle des lacrymogènes, des matraques, des interpellations, des interdictions de manifester et des peines de prisons prononcées contre celles et ceux qui luttent. Le tout en parallèle avec la dénonciation de cette attaque d’une ampleur inégalée depuis des décennies que représente la Loi Travail.

L’enseignement primordial de cette journée de 19 mai réside ici. Face à la répression médiatique et policière, la mobilisation a apporté une réelle réponse sur le terrain de la lutte des classes, franche, nette et radicale. Les grèves, blocages et défilés dans les grandes villes du pays sont un revers pour le gouvernement. Les appels à la reconductible dans certains secteurs, la promesse d’une poursuite de la bataille, avec la perspective claire d’une généralisation pourrait poser la perspective tangible de faire reculer ce gouvernement et le renvoyer dans les cordes.