Jeunesse

On en a assez de manger des pâtes !

Le gouvernement affame les étudiants : certaines bourses ne sont pas versées depuis 3 mois !

Publié le 27 octobre 2016

George Waters

C’est une situation endémique qui affame chaque jour un peu plus les étudiants de toutes les universités françaises. Alors qu’un très grand nombre de bourse n’ont pas été versées depuis septembre, de plus en plus d’étudiants sont obligés de chercher (et trouver) tous les moyens pour réduire leurs dépenses ou accroître leurs revenus, le tout au détriment de leurs études. Dans cette situation, l’Etat et ses CROUS sont largement responsable de la détresse de ceux-ci, en ne se donnant pas les moyens de leur permettre d’envisager sainement leurs études. Attendent-ils de nouveaux morts de faim, comme cela avait été le cas l’an dernier à Lille ?

C’est sur les réseaux sociaux que la détresse commence le plus à se faire sentir : « suis-je le seul à ne pas pouvoir manger le midi ? Sinon, comment faites-vous, chers frères boursiers de la galère ? », demande un jeune étudiant sur Facebook ; « ça se passe comment lorsque la notification définitive et la bourse sont toujours pas arrivées et qu’on a faim ? », demande une étudiante de Montpellier. Un sorbonnard, sur Twitter, nous rappelle finalement les conditions matérielles terribles auxquelles doivent faire face les étudiants : « #QueDemandeLePeuple : pouvoir manger autre chose que des pâtes tous les midis quand on est étudiant. #Précarité ». Sur les groupes étudiants d’entraide, on trouve pléthore de ces témoignages glaçants qui révèle la situation dans laquelle vivent beaucoup d’étudiant, que ce soit en Ile de France ou dans toutes les régions françaises, qu’on soit en licence ou en master, qu’on ait déjà un petit boulot ou non.

Sur ces mêmes sites d’entraides, chacun donne ses « trucs » pour ne pas mourir de faim : « Perso, je me faisais un unique repas vers 17h, avec du pain de mie et du jambon, ça coute pas cher et ça comble la faim. Sinon, tu as les pommes et les bananes comme bons coupe-faim ». Une enquête de L’USEM révèle que 10% à 15% se privent volontairement car ils sont fauchés. De surcroit, la vie étudiante coûte de plus en plus cher chaque année, notamment pour les dépenses de logement. En effet,alors que les APL sont rabottés chaque année un peu plus, les bourses des étudiants fondent de quinquennat en quinquennat. Toutes ces privations ont énormément de conséquences négatives sur la santé et sur les études : une étude récente de la SMEREP souligne que 35% des jeunes (étudiants et lycéens) grignotent régulièrement car ils sont sauté le repas précédent, avec les conséquence qu’on connaît sur leur santé, mais aussi sur leur morale et l’estime qu’ils peuvent avoir d’eux-mêmes : la même étude explique que 57% de ces mêmes jeunes se déclarent insatisfaits de leur corps.
Mais la pauvreté n’a pas qu’une incidence sur les corps : de plus en plus d’étudiants sont obligés de travailler à côté de leurs études. Or, sur cette fraction (largement majoritaire) de la jeunesse, les chances de réussite baissent avec le nombre d’heures travaillées : moins la famille peut aider, plus les chances de réussite s’amaigrissent.

Qui est responsable de cette situation ? Le 30 septembre, le syndicat Solidaires étudiant-e-s dénonçait déjà une situation où nombre de bourses n’avait pas été versées. Dans de très nombreuses universités, les étudiants n’ont rien reçu depuis septembre. Pour les boursiers de l’échelon 7, la plus élevée, cela représente plus de 1650€ non perçus et à trouver ailleurs. Par exemple, à l’université Paris 5 Diderot, les trois quarts des étudiants n’ont rien reçu. Le gouvernement est le premier responsable de cette situation : comme si c’était impossible pour les CROUS de verser les allocations à temps. La CAF y arrive très bien. Et quand il s’agit de distribuer des CICE, l’Etat arrive aussi à tout faire à temps. Alors pourquoi les étudiants sont-ils tant délaissés ? Les gouvernements devront répondre de cette misère qui a déjà tué, et qui le fera à nouveau si les choses continuent d’empirer. Caril est aberrant que les Restos du cœur s’occupent des pauvres dès 18 ans alors qu’ils sont seulement à l’université. Pourtant, alors que leur 32e campagne s’amorce, les candidats sont de plus en plus jeunes. Dans le département du Morbihan, l’association a même signé une convention avec l’université Bretagne-Sud ; 45% des étudiants y sont boursiers. Toutes ces situations miséreuses ne peuvent plus durer, et étudier devrait être un moment d’épanouissement intellectuel, et non de misère.

Il ne s’agit donc pas de « problèmes administratifs », mais bien de choix politiques dont il est question ici. Réquisitionner les logements vides, qui sont nombreux notamment en région parisienne, pour pouvoir en faire des résidences étudiantes, devrait être une première mesure. Et plutôt que de laisser entrer les dirigeants d’entreprise dans les conseils d’administration des universités, qui dictent le contenu des programmes pour mieux convenir à leurs besoins de main d’œuvre précaire immédiate, il faut une université 100% publique, gratuite, ouverte à tou.te.s et gérée par ceux et celle qui y étudient et y travaillent. Comme nous étions nombreux et nombreuses à le dire au printemps : #OnVautMieuxQueÇa !