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Politique

Destruction de la fonction publique

Le gouvernement avance vers la fin du statut de fonctionnaire

Si le remaniement du gouvernement a mis un certains temps, celui-ci compte bien ne plus perdre de temps dans ses réformes. Individualisation des salaires, recours généralisé aux contractuels, incitations au départ, passerelle entre le privé et le public, autant de mesures pour avancer dans la réforme clé pour Macron qu'est la réforme de l'Etat, avec en ligne de mire la suppression de 50.000 postes d'ici 2022.

Le gouvernement, suivant le rapport du Comité d’Action Publique 2022 (CAP2022), veut supprimer 50.000 postes de fonctionnaires d’ici 2022. Si dimanche dernier, Darmanin a expliqué vouloir la généralisation des embauches sous contrat dans la fonction publique, le secrétaire d’Etat à la fonction publique, Olivier Dussopt, a évité d’employer ce terme qui a provoqué une levée de boucliers des syndicats, qui ont réagi à l’unisson en dénonçant une attaque contre le statut de fonctionnaire.

Comme l’explique Les Echos, Olivier Dussopt, il n’était pas question de revenir sur l’article 3 du statut qui prévoit que les emplois permanents doivent être occupés par des fonctionnaires. Pourtant, ce dernier confirme que « l’enjeu est de faciliter le recours au contrat sur les emplois permanents de la fonction publique, quel que soit le niveau de l’emploi considéré ». Le but, donc, est bien de s’attaquer directement à l’article 3.

Olivier Dussopt a développé certains points de l’attaque sans précédent du gouvernement. Il souhaite mettre en place un« bonus annuel permettant de valoriser leur engagement professionnel » avec une part individuelle et une part collective, le tout articulé autour de la réforme des retraites. Voilà de quoi privilégier une concurrence toujours plus accrue.

Il a également développé le « dispositif passerelle ». Pendant un an, un fonctionnaire qui part travailler dans le secteur privé aura le même salaire que dans l’administration publique et ce sera elle qui va gérer sa rémunération. Après cette année passée dans le privé, l’agent pourra retourner dans la fonction publique. Ce n’est pas sûr qu’il occupe son ancien poste puisque la réforme vise également à donner la « priorité locale d’affectation dans une autre administration ». De plus, entre temps, l’administration aura eu le temps d’être déstructurée par la réforme et l’agent se retrouvera submergé par les tâches parce que le poste visé aura sans doute été supprimé et ses missions auront changé.

En effet, le gouvernement est clair « pour économiser des postes, nous allons supprimer des missions. Sinon, on renforce le travail des fonctionnaires qui restent ». Le but étant de transférer ces missions dans le secteur privé, comme les impôts. Le gouvernement souhaite en effet permettre de payer en espèces, et ce directement à La Poste ou dans les bureaux de tabac.

On se rappelle au printemps dernier, Olivier Dussopt déclarait : « Je le répète, nous ne remettrons pas en cause le statut des fonctionnaires », quelques mois plus tard, le statut est attaqué de plein fouet. Il ne faut pas avoir la tête dans le sable, cela fait plusieurs années que les gouvernements successifs s’attaquent aux statuts des fonctionnaires. Les Echos rappellent qu’« à l’heure actuelle, les contractuels représentent un emploi sur cinq dans la fonction publique (soit 1,28 million de personnes) ». Ici, le gouvernement veut s’attaquer frontalement au problème et en finir une bonne fois pour toute avec le statut, comme ce fut le cas avec les cheminots. La logique est en effet la même : Guillaume Pépy avait eu beau maintenir que le statut ne serait pas menacé, ce dernier est revenu sur ses propos récemment et a annoncé des réformes pour aller dans le sens d’attaques d’ampleur contre le statut. On sait donc à quoi s’attendre avec le statut de fonctionnaire.

Crédits dessin : Charb




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