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Politique

Affrontements à Marseille sur le Vieux-Port

’Hooligans’. A la recherche de responsables pour les violences

L’Euro 2016 a débuté ce vendredi 10 juin. A peine le bal ouvert, des violences ont éclaté en marge du match Angleterre-Russie. On compte au moins 31 blessés, dont un Anglais qui restait dimanche matin entre la vie et la mort après avoir reçu des coups de barre de fer. Samedi soir, à Nice, une bagarre a aussi éclaté, entre des Niçois et des supporters nord-irlandais. Le bilan est de sept blessés, dont un souffre d'un traumatisme crânien. Dans le « chaos » du mouvement social contre la loi Travail, des grèves, des inondations, des « risques terroristes », l’Euro de football est une « grande fête populaire » avec lequel le gouvernement tentera de (re)souder son « unité nationale » et d’invisibiliser la mobilisation, n’hésitant pas pour cela d’user du chantage à l’Euro. Comme le rappelait Sarkozy en 2010 : l’Euro 2016 « c’est un engagement de tout un peuple. […] Il n’y a pas la gauche et la droite, il n’y a pas le sud et le nord, il n’y a pas l’est et l’ouest, il y a tout un pays mobilisé pour avoir cet événement ». Ainsi, quand arrive l’heure de trouver un responsable à ces violences perpétrées pendant l’Euro, et les grands rendez-vous du football, la classe politique française regarde ailleurs, détourne le regard. La faute à qui ? A la fédération de football de Russie qui ne sait pas tenir ses supporters, aux partis nationalistes qui alimentent le racisme, le fascisme et le nationalisme. La réponse du gouvernement ? Toujours plus de « sécurité » et de répression. Et surtout, que la fête continue. Histoire de faire oublier et de faire taire ce qui gronde sous l’épaisse couche de peinture bleu, blanc, rouge. Cécile Manchette

Depuis vendredi, et l’éclatement de plusieurs scènes de violence en marge de l’Euro, en plein centre ville de Marseille, entre supporters anglais et russes, mais aussi le reste du week-end entre supporters français, irlandais ou turcs, la classe politique comme l’UEFA ont exprimé la « honte » qu’ils ont ressentie face à de tels actes et comportements. Une procédure disciplinaire est déjà en cours contre la Fédération de Russie. L’UEFA menace de disqualifier l’Angleterre et la Russie « en cas de nouvelles violences ». Bernard Cazeneuve s’insurge de ces violences jugées « inacceptables » et promet de durcir le ton contre ces actes et leurs auteurs. Les dirigeants européens, les fédérations se renvoient la balle, pendant que d’autres accusent les partis qui surfent sur la vague du nationalisme. La France se dédouane et les instances du sport populaire par excellence agitent le « carton rouge ». De bon augure pour le gouvernement : cela lui permet de justifier ses forces de répression prêtes à s’ajouter aux forces de polices déjà pourtant très garnies pour la manifestation du 14 juin, ainsi que d’accentuer son offensive sur les libertés démocratiques, en interdisant 130 personnes de manifester.

Les «  Hooligans  » s’invitent dans le fil d’actualité !

A l’origine de ces méfaits : les « hooligans » décrits depuis vendredi comme des « hordes » organisées, imbibées d’alcool, des hommes aux idées fascisantes et nationalistes, qui s’affrontent pendant et surtout en marge des matchs. Leur but ? Venir des quatre coins de l’Europe assister aux matchs, souvent de loin, et surtout faire connaissance, de manière très musclée, avec les autres « hool », le « hooligan » anglais étant le plus prisé. Cette figure du « hooligan » est depuis les années 1980 une figure médiatique, devenue célèbre suite à de nombreux incidents déclenchés dans les stades de foot ou aux alentours – dont le fameux drame d’Heysel – faisant des centaines de blessés et de morts. Ainsi, la presse n’a pas tardé à titrer : « la menace de la barbarie Hooligan », « l’Euro de tous les dangers », « l’Euro, le défi de la sécurité », « Hooliganisme, l’autre menace », ou « Euro 2016, entre terrorisme et hooligans ».

Pourtant, ces « hooligans » ne sont qu’une minorité, « chassée » des stades depuis une trentaine d’années : interdictions de stade, poursuites pénales, les « hooligans » sont fichés « S » au même titre que les terroristes. D’ailleurs, Bernard Cazeneuve les avait dans le collimateur. En perspective de l’Euro 2016, il a pris des mesures drastiques : 3000 « hooligans » refoulés à la frontière, 90 000 personnes pour assurer la sécurité, l’instauration de règles rigoureuses pour des matchs aseptisés (http://www.interieur.gouv.fr/Actualites/Euro-2016/Assister-aux-matchs-de-l-Euro-2016-en-toute-securite) etc. En période de paix, l’objectif est d’assurer le maintien de « l’ordre » en réprimant et en expulsant les éléments qui perturbent le cours « normal » des choses : pourtant, après 3 mois de mobilisation, ne serait-ce pas une bouffée d’air frais pour Hollande ?

Et si encore une fois, c’était l’arbre qui cache la forêt ?

Depuis des années, la médiatisation des pratiques violentes des « hooligans » permet en réalité de justifier une sécurisation à l’extrême des stades et une présence policière décuplée. Cette instrumentalisation d’une minorité violente – que l’on diabolise à outrance – vient légitimer la répression policière, validée par une opinion publique apeurée. Plus encore, l’agitation de cette figure aux contours flous qu’est le « Hooligan » permet, in fine, de contrôler et réprimer l’ensemble des tribunes et sa frange la plus jeune et la plus populaire. La frontière entre le « dangereux hooligan » et « l’ultra » est mince. (http://www.revolutionpermanente.fr/Ultras-Repression-de-masse-sur-les-tribunes-populaires)

Le« hooliganisme » et la violence des foules sportives a donc été suivie de la mise en œuvre d’une législation et d’une réglementation internationale ainsi que d’un lourd dispositif policier. Mais loin de résorber le problème, cette « sécurisation » ne conduit-elle pas à l’entretenir, ou plus, à le nourrir ? En effet, en Angleterre, l’érection de barrières entre les équipes de supporters n’a pas empêché les affrontements, voire a contribué à leur développement. Ce système répressif, au lieu de protéger les supporters, les expose à des mouvements de foules faisant de nombreuses victimes (http://www.revolutionpermanente.fr/Vingt-sept-ans-apres-la-police-reconnue-coupable-du-drame-de-Hillsborough). Sans parler du rôle joué par le mercantilisme du monde du footballet de nos dirigeants politiques : vente de plus de places que le stade n’en comporte, hausse des prix, « spectacularisation » du monde du football (amélioration des stades, du confort des tribunes, professionnalisation des joueurs) visent de fait à exclure, vider et maîtriser le public des tribunes populaires. Une répression qui en France, nourrit une rancœur et une colère légitimes chez des supporters éloignés peu à peu des stades où se joue leur sport favori.

Ni « preneurs d’otages » en mai, ni responsables de « gâcher » l’Euro en juin

L’Euro 2016, préparé depuis 2010, qui a brassé des sommes mirobolantes et place la France sous les projecteurs, est un événement politique, économique, diplomatique de taille. Dans le mois à venir, l’important pour le gouvernement est de faire passer au forceps sa loi Travail. Ainsi, en réponse aux heurts entre « hooligans », le ministre de l’intérieur, sommé de faire respecter la loi, a d’ores et déjà autorisé les préfets à imposer « des restrictions concernant la vente, le transport, et la consommation d’alcool » et à « interdire en terrasse les contenants susceptibles d’être utilisés comme projectiles ».

Un gouvernement délégitimé, mal-aimé, n’a pour lui que le recours à la force et à la répression pour éviter les débordements, faire taire et oublier le mouvement social contre la loi Travail. Les responsables politiques espèrent donc calmer le jeu en juin autour de l’Euro, alors même que leurs politiques font régulièrement le lit de l’extrême droite, et que le gouvernement tente de passer par la force un projet de loi visant à exploiter toujours plus les travailleurs, les salariés, les étudiants et les jeunes des quartiers populaires. Dès mardi, les opposants à la loi Travail et à son monde seront nombreux dans la rue et défileront sans se sentir « responsables » de perturber la grande fête de l’Euro. Et un rien pourrait faire que la façade de la France unie« bleu blanc beur » ne se fissure.




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