Politique

Pour une rencontre nationale des secteurs en lutte pour imposer le tous ensemble !

Le gouvernement fébrile mais droit dans ses bottes. La peur est-elle en train de changer de camp ?

Publié le 23 mai 2016

On peut être sûr d’une chose. Face à l’adversité, c’est l’union qui prime. Pendant que le gouvernement réprimait notamment la jeunesse mobilisée, Macron tentait pour 2017 une échappée en solo pour s’extirper du peloton marqué de près par la voiture balais. Pourtant, un col imprévu s’est dressé sur l’étape loi travail. Les raffineurs, à l’appel de la CGT et de FO, tentent aujourd’hui de le franchir conjointement avec les routiers, les dockers. Côté gouvernemental, c’est le branle-bas le combat. Macron rentre dans le peloton, les conditions atmosphériques se sont soudainement dégradées. Les raffineurs sont entrés dans la bataille. Mais pour ce col soit infranchissable, il faudra bien rompre l’isolement que le gouvernement tente de concocter. Pour cela, il faudra bien se coordonner.

Damien Bernard

En pleine mobilisation contre la loi travail, on se rappelle que Macron se permettait, alors même que Hollande était dans la tourmente, de débuter les prémices d’une possible campagne des présidentielles de 2017. Macron n’hésitait alors pas à tirer à boulet rouge sur Hollande, Valls et consort. Pourtant, depuis l’entrée en mouvement d’abord des routiers, et notamment des raffineurs, soutenus par les dockers, l’atmosphère a radicalement changé. Après à peine 72 heures de grève et de blocage, la pénurie, et surtout la désorganisation du ravitaillement des stations-essences, ont eu leurs premiers effets. Combiné à des blocages extérieur et intérieur de dépôt pétroliers, ce sont désormais sept raffineries sur huit qui sont entrées en arrêt total, laissant dix journées d’arrêt total de presque l’intégralité des raffineries en France. Face à l’adversité, Macron rentre dans le rang.

Le patronat pousse le gouvernement contre les raffineurs

Les déclarations tonitruantes, se faisant clairement écho, se sont alors multipliées. Le ministre de l’Économie appelle à « laisser avancer (…) une France qui travaille », tandis que Valls a dénoncé le « chantage » d’une partie de la CGT tandis qu’il promettait que l’État ferait « preuve d’une grande fermeté pour qu’il n’y ait pas de pénurie de carburants ». « Nous continuerons à agir pour débloquer la situation. D’autres sites, d’autres dépôts seront libérés », a-t-il ajouté, faisant référence à certains dépôts débloqués à grands coups de CRS. Myriam El Khomri s’est quant à elle payé le luxe de dénoncer une « prise d’otage des Français », inversant ainsi les rôles. Plus menaçant, Michel Sapin estime sur iTélé que « certaines actions de blocage des raffineries et dépôts de carburant ne sont pas légitimes ». Et de prévenir que le gouvernement « utilisera tous les instruments » à sa disposition pour faire cesser le mouvement. Ce week-end, des CRS ont déjà été envoyés pour déloger les manifestants de dépôts de carburant.

Ces derniers répondent au ton plus ferme du côté patronal. « Le Medef demande au gouvernement de rétablir d’urgence l’État de droit et de garantir aux salariés et aux entrepreneurs leur capacité à travailler ». La CGPME y est allé encore plus fort, déclarant dans un communiqué qu’il « est inadmissible que la liberté de manifester se transforme en permis de casser et d’empêcher ceux qui le veulent de travailler ».

La peur est-elle en train de changer de camp ?

Après deux mois de mobilisation marquée par la répression, les manœuvres et les tentatives de divisions du mouvement, le gouvernement s’est montré malgré son affaiblissement clairement déterminé à faire passer sa loi, utilisant même l’une des armes les plus anti-démocratiques du régime de la Ve République, le 49.3.

Pourtant, avec l’entrée en scène des raffineurs, il semble que malgré les déclarations de « fermeté », la peur commence à changer de camp. Bien que le ministre des transports s’évertue à expliquer qu’il n’y a « pas de risque de pénurie » de carburant « pour la semaine prochaine » dans les stations françaises.

Pourtant, rien n’y fait, ce lundi, les difficultés d’approvisionnement en carburant persistant selon Les Échos. « Difficile de donner une situation précise. La situation évolue d’heure en heure », déclare Christophe Henrat, le délégué général de l’Union des importateurs indépendants pétroliers (UIP). Le ministère des Transports est pourtant bien obligé de le reconnaître, bien qu’il n’y ait pas de pénurie, reconnaissant un « problème de logistique ».

Le gouvernement tente d’éviter la généralisation de la grève à d’autres secteurs

Bien que le gouvernement reste droit dans ses bottes, c’est bien la fébrilité qui domine. Les routiers à l’avant-garde de la solidarité avec les raffineurs et le blocage des dépôts pétroliers apparaissent clairement comme une menace pour le gouvernement. « Ce qui change cette année. c’est que les routiers sont beaucoup plus mobilisés et solidaires qu’en 2010 », expliquait notamment un travailleur à la sortie du vote de l’arrêt total des installations à Grandpuits. « Ainsi, la route ne peut servir au gouvernement pour suppléer au blocage des pipelines et du port du Havre », ajoutait-il.

Pourtant, la fédération FO du transport routier a appelé à « démobiliser », alors même que l’efficacité des premières 72 heures ont démontré la capacité d’action et de la potentialité du blocage d’un des secteurs stratégiques de l’économie. Le gouvernement tente ainsi de jouer la division, en expliquant que le projet de loi travail ne modifiera pas le régime « dérogatoire » sur les heures supplémentaires des chauffeurs routiers.

« Sauf accord de branche signé par une majorité des organisations syndicales, les heures de conduite supplémentaires des routiers resteront payées 25% de plus », avait-il ajouté. Ainsi, le « dialogue social » serait le rempart qui permettrait le maintien des acquis des seuls routiers. Il apparaît clairement qu’il s’agit une nouvelle fois d’un leurre pour diviser le mouvement, que le gouvernement a d’ailleurs usé avec brio pour la surtaxe CDD afin de démobiliser l’UNEF sur le terrain de la lutte.

Un front de classe pour faire reculer Hollande et sa loi travail !

Ce « tous ensemble » contre Hollande et sa loi travail, c’est le Havre, capital de la mobilisation contre la loi travail, qui le préfigure à un niveau avancé, et le gouvernement en est bien conscient. « En gros, c’est la panique générale », indique un patron de la zone industrielle. C’est dans le porte-monnaie que cela fait mal pour la grande multinationale Total, cœur stratégique de l’impérialisme français. À l’arrêt, la raffinerie Total de Gonfreville-l’Orcher coûterait 2 millions d’euros par jour au groupe pétrolier, selon une source locale. Mais au-delà de l’aspect financier, c’est bien l’embrasement et la généralisation de la conjonction entre les différents secteurs en lutte qui fait peur à Hollande et au patronat. À la pointe de la mobilisation contre la loi travail, depuis ses débuts, le Havre a montré l’exemple de la massification mais aussi de la coordination entre les différents secteurs.

En discutant un plan de bataille commun, entre les cheminots en grèves, les routiers et les étudiants, le Havre a montré localement la voie. Les travailleurs du Havre et les raffineurs, secteur à l’avant-garde en 2010, ont maintenant une énorme autorité dans la lutte contre la loi travail et son monde. C’est en ce sens qu’une rencontre nationale des secteurs en lutte, comme les raffineurs, les routiers, les cheminots, sans oublier les étudiants et les lycéens qui se sont mobilisés et ont tenu pendant 2 mois et demi, et maintenant les travailleurs de la RATP à l’appel de la CGT, et la CGT PSA qui entre en grève le 26 mai, pourrait prendre toute son actualité, pour discuter d’un plan de bataille clair et offensif, dans l’objectif de généraliser la grève à l’ensemble des secteurs. Pour construire ce « tous ensemble » que Hollande et le patronat redoutent tant, le Havre pourrait être le quartier général de la généralisation de la lutte.

partager

Mots-clés