Politique

Le gouvernement manipule l’opinion. Imposons nos méthodes de lutte : la grève reconductible et les piquets

Publié le 16 mai 2016

Le compte à rebours est lancé. Depuis le passage en force sur le terrain parlementaire, il s’agit pour le gouvernement d’étouffer les braises que le 49.3 a ravivées. Pour cela, c’est la stratégie de la tension permanente et de la montée de la figure du « casseur » qui est mise en place à un niveau supérieur. La répression des manifestants contre la loi travail, tout en se maintenant à un certain niveau, tend à se mesurer pour y préférer les provocations dont l’objectif est d’ériger le « casseur » comme principal cause des violences. Pour entériner le second round de mobilisation, les prochaines semaines seront déterminantes. Le mouvement ouvrier pourrait bien, à travers ses méthodes de lutte, la grève reconductible et les piquets de grève, rebattre les cartes et remettre en cause les plans du gouvernement jouant la montre pour mettre un terme à la contestation pendant l’Euro 2016.

Damien Bernard

Rennes en état de siège, interdiction de la manifestation contre les violences policières, assignation à résidence de militants ayant participé à des manifestations contre la loi travail pour présomption de futures « violences », sont les constituants d’une stratégie post-49.3 qui vise à éteindre tout second round de la mobilisation. Pour cela, le gouvernement, bien aidé par les médias, use et abuse de la figure du « casseur » qu’il tente de monter en épingle pour gagner la bataille de l’opinion, majoritairement opposée à la loi travail et soutenant la mobilisation. Pour cela, il tente de réinstaurer l’état d’urgence contre le mouvement contre la loi travail et son monde, alors même que le mouvement ouvrier pourrait bien faire une entrée en scène tonitruante.

Face aux violences policières, le discrédit de la police monte

Après deux mois de violences policières, l’expérience vécue par l’avant-garde mobilisée contre la loi travail et son monde, notamment celle de la jeunesse, a dévoilé avec clarté les objectifs de la répression policière et de ses provocations. Pour le gouvernement, il s’agissait, à travers son bras armé, de briser et d’isoler la jeunesse qui a été l’un des éléments moteurs de la première phase de mobilisation. Éviter le « tous ensemble », mais aussi toute synchronie possible entre la mobilisation de la jeunesse et une entrée en scène du mouvement ouvrier, qui n’a pour le moment pas été tonitruante. Cela est notamment dû à la politique des directions syndicales et à sa faible détermination face à la répression de la jeunesse, à différence de l’exemple de la CGT du Havre.

Mais c’est aussi plus largement que le « peuple de gauche », celui qui avait voté pour Hollande, a pu, malgré le blackout médiatique, prendre conscience à travers les vidéos relayées sur les réseaux sociaux, les médias indépendants et militants, des dispositifs policiers impressionnants et du niveau atteint par la répression et les violences policières. Sont ainsi bien loin les souvenirs des applaudissements des forces de police, après les attentats contre l’Hyper cacher et Charlie Hebdo de janvier 2015. Sous l’état d’urgence « permanent », c’est désormais un fort discrédit de la police qui commence à naître et ouvre plus largement la possibilité, sous les coups de la répression, d’une jonction avec une autre jeunesse, souvent racisée, celle des quartiers populaires, qui connaît au quotidien depuis bien longtemps la violence de l’État.

Gagner la bataille de l’opinion : la montée en « épingle » de la figure du « casseur »

Alors que l’opinion publique est toujours largement favorable aux mobilisations contre la loi travail et que le discrédit de la police est grandissant, le gouvernement tente désormais, alors qu’il est au plus bas de sa popularité, de renverser l’opinion publique en montant en « épingle » la figure du « casseur organisé ». D’un côté, il serait l’initiateur des « violences » et des « débordements », de l’autre le chiffre des interpellations devient une des variables qui affichent la fermeté du gouvernement. C’est ainsi que non seulement le « casseur », ou assimilé, est désormais interdit de manifestation, quand les manifestations ne sont pas purement et simplement interdites, comme à Rennes ; mais ce sont maintenant les journalistes eux-mêmes qui visibilisent ces violences en relayant les vidéos des provocations et des violences policières.

Plus largement, c’est l’institution police en elle-même que le gouvernement tente de relégitimer. À l’appel du syndicat de policier des plus réactionnaires, Alliance (CFE-CGC), une manifestation aux cris de « stop à la haine anti-flic » est appelée le 18 mai, Place de la République. Pourtant, alors même que la présence de syndicats du mouvement ouvrier à l’intérieur des forces de police, bras armé de l’État capitaliste, est déjà un affront, la CGT Police dénonce les ordres donnés à la haute hiérarchie de « laisser les casseurs s’attaquer à nos collègues en toute impunité ». De la sorte, c’est une étape supplémentaire des syndicats CGT et FO Police qui, d’une part, appellent à manifester auprès du syndicat Alliance, d’autre part incriminent et jouent activement pour attribuer aux « casseurs » le rôle de fautifs des « débordements ». La direction confédérale Force ouvrière et son secrétaire général, Jean-Claude Mailly, ont franchi le Rubicon en expliquant ne pas « incriminer » « les policiers pour les violences ». De ce point de vue, ils valident la bataille médiatique autour du casseur que le gouvernement tente d’instaurer pour retourner l’opinion publique.

Des piquets de grève pour renforcer les grèves reconductibles

Dans les conditions actuelles d’exacerbation de la lutte des classes, et d’escalade de provocations et de violences policières, la mise en place de piquets de grève est une condition vitale pour le développement de grèves reconductibles majoritaires, et pour leur généralisation.

Souvenons-nous qu’en 2010, dans un climat de répression bien moindre que l’actuel et notamment en l’absence de toutes les possibilités offertes sur ce terrain par l’état d’urgence, le gouvernement Sarkozy n’a pas hésité à réquisitionner des raffineurs ou des éboueurs afin de briser ces grèves qui étaient au cœur du mouvement contre la réforme des retraites.

Aujourd’hui encore plus qu’hier, les illusions dans les méthodes pacifiques et purement légales sont à proscrire, et c’est malheureusement le cas des directions confédérales lorsqu’elles acceptent, sans même le contester, le fait que le parcours des manifestations soit dicté et même que les manifestations soient rythmées par les cordons de CRS.

Dans un contexte où il est évident que toute grève gênant sérieusement le fonctionnement de la société capitaliste sera réprimée, les piquets de grève sont un organe fondamental de défense et de combat des secteurs les plus déterminés de notre classe. Ils sont aussi le moyen le plus sûr d’éviter les actions minoritaires et les aventures, de canaliser au service de la lutte la colère accumulée contre les institutions de l’État qui s’exacerbe avec la politique répressive du gouvernement.

Une attitude résolue et combative de la part des secteurs du monde du travail qui entrent en grève reconductible pourrait ainsi constituer une perspective alternative capable de dépasser à la fois le cadre des manifestations plan-plan, et la stratégie impuissante de l’affrontement minoritaire avec la police, stratégie devenue attractive pour de nombreux jeunes face à l’impasse de la lutte sous la direction des confédérations syndicales.

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