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Notre classe

L'Education Nationale à la sauce Blanquer

Le lycée Marcel Cachin (93) : face aux coupes budgétaires, la « cocotte-minute » de l’Education Nationale

Depuis une semaine, les enseignants du lycée Marcel Cachin de Saint-Ouen (93) exercent leur droit de retrait. La multiplication des actes de violence depuis la rentrée, liée à un manque de moyen et de personnel chronique, rend la situation totalement intenable pour les équipes éducatives et les lycéens. Au lycée Marcel Cachin, situé dans une zone socialement défavorisée, face aux coupes budgétaires, c'est la « cocotte-minute » de l'Education Nationale qui siffle la fin de la partie...

Droit de retrait et urgence des moyens

Depuis vendredi dernier, les équipes éducatives du lycée Marcel Cachin, lycée qui mèle des sections générales (seconde, ES et S), des filières technologiques et professionnelles, exercent leur droit de retrait. Les épisodes de violences se sont mulipliés depuis la rentrée et alimentent un climat de tensions où il devient extrêmement difficile de mener à bien la mission d’éducation, et pour les élèves, de suivre correctement leurs scolarités. Rien que la semaine dernière, le lycée a été le terrain de quatre départ d’incendie, le parvis du lycée celui de l’agression de deux personnels encadrant au mortier. Dans les semaines précédentes, deux élèves se sont faits agressés, dont un à l’arme blanche. Les enseignants, les CPE, les assistants d’Education sont à bout.

Le lycée Marcel Cachin, situé aux abords du vieux Saint-Ouen, accueille un public qui concentre des difficultés sociales. Depuis longtemps, à Cachin, on enseigne, on encadre, on étudie, avec des moyens insuffisants pour répondre aux besoins des élèves, dans un lycée qui tient pour beaucoup par l’investissement et le sérieux des équipes. En cette rentrée, et face à de nouvelles réductions de personnel, ce n’est plus le cas. « Nous sommes exténués, énervés, à bout » confie une enseignante au Figaro.

En effet, avec le transfert d’un quart des effectifs vers le nouveau lycée de la Plaine Saint-Denis, ce sont la moitié des postes d’encadrants qui ont été supprimés : « on est passé d’un surveillant pour 95 élèves en 2016 à 1 pour 116 cette année », soit 6 surveillants et deux postes et demi de Conseillers Principaux d’Education (CPE) pour 750 élèves. Les équipes dénoncent un encadrement largement sous-dimensionné par rapport à la taille du lycée et compte-tenu du profil des élèves.

Dans leur mobilisation, les équipes éducatives demandent « le recrutement immédiat de trois postes d’AED (assistant d’éducation) et d’un poste de CPE », le minimum vital diront certains. Pourtant, le premier rassemblement devant le rectorat n’a pas été concluant, les services du rectorat n’ayant pas pris la peine de les recevoir. Après une semaine de mobilisation, le personnel a rendez-vous ce jeudi au rectorat pour faire entendre leurs revendications urgentes. S’ils n’obtiennent pas satisfaction, il se pourrait que les actions se poursuivent.

Cachin, laboratoire de l’école Blanquer

Depuis des dizaines d’années, les attaques contre le système éducatif public se multiplient. Il s’agit sans cesse d’économiser un peu plus sur le dos des personnels et des élèves.

Ces revendications ne sont pas isolées. Sureffectifs, manque criant de personnels et de moyens, fin des contrats aidés, dysfonctionnements en tout genre : quoi qu’en dise Jean-Michel Blanquer, la rentrée a été chaotique dans de nombreux établissements scolaires notamment en Île-de-France. Plusieurs lycées de Seine-Saint-Denis se sont mis en grève dès septembre pour exiger une augmentation des moyens matériels et humains, se sont organisés en assemblées générales autour du collectif « Touche pas à ma ZEP » et ont participé aux cortèges auto-organisés lors des différentes journées de grève.

Face à ces attaques qui ne concernent pas que les établissements classés en « Zone sensible », il serait nécessaire que les organisations syndicales enseignantes, et particulièrement le SNES, syndicat majoritaire dans le second degré, impulsent une véritable mobilisation collective autour des exigences de base qui rassemblent aujourd’hui les personnels du lycée Marcel Cachin : l’abbaissement des effectifs par classe, l’augmentation du nombre d’adultes par élèves, le renforcement des dispositifs de soutien sociaux et psychologiques auprès des élèves, l’organisation d’activité de loisirs et de divertissement au sein du lycée pour que ce dernier soit également considéré comme un lieu qui les respecte et où ils puissent s’épanouir.
Pour gagner face à l’ensemble de ces mesures d’austérité, il est nécessaire de s’organiser collectivement, au lycée Marcel Cachin comme dans tous les établissements qui subissent les coupes budgétaires.




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