^

Culture et Sport

Collusion droite-extrême droite

Le maire LR de St-Cloud censure le film ‘Chez nous’ car jugé "anti-FN"

En décembre dernier, la publication de la bande annonce du film Chez nous de Lucas Belvaux a déclenché une vague d’indignation de la part des partisans du Front National. Les tweets et commentaires scandalisés ont déferlé sur cette courte vidéo qui ne représente en rien, comme on peut l’imaginer, les finesses d’un film de deux heures. Pour certains qui y ont vu un film « anti-Fn » il s’agit d’un complot financé par l’Etat programmé au moment des élections. Le film, a été retiré des salles de la commune de Saint Cloud. C’est ce que l’on appelle une censure.

Chez nous a été réalisé par Lucas Belvaux, cinéaste belge, à qui on doit notamment Rapt en 2009, inspiré de l’affaire Empain. Le film suit le parcours de Pauline (Emilie Dequenne), infirmière à domicile dans le nord de la France. Sa popularité et crédibilité auprès des habitants lui valent l’intérêt du parti extrémiste fictif « Le bloc patriotique » qui lui propose de devenir candidate pour les élections municipales. La référence au Front National et à sa représentante Marine Lepen, sous les traits de Agnès Dorgelle (Catherine Jacob) est explicite ; peut-être tout autant que le point de vue critique du réalisateur. Tout d’abord le titre Chez nous fait référence aux slogans scandés dans les meetings du FN, « On est chez nous ». De plus l’histoire se déroule dans le nord de la France, à Hénard, région fictive qui peut être assimilé à la commune de Hénin-Beaumont où le Front National s’est implanté depuis 2014. Les pratiques du Bloc patriotique sont tout autant comparables aux récentes stratégies du Front National. Le film s’axe principalement sur la tentative dédiabolisation du parti, qui tente de gommer le passé violent et extrémiste de ses membres afin de réintégrer le cercle Républicains et de créer une nouvelle image « rassemblant le peuple ».

Dès la sortie de la bande annonce en décembre dernier, les commentaires et les posts sur Twitter des partisans du Front National se sont enchainés, tantôt pour descendre le film, tantôt pour insulter les actrices. Le maire d’Hénin-Beaumont, Steve Briois, dans un de ses tweets, a comparé Catherine Jacob de « pot-à-tabac », avant de conclure : « un sacré navet en perspective. » Gilbert Collard, le président du comité de soutien de la candidate, a quant à lui, crié au complot : "Émules de Goebbels, les productions du système produisent Chez nous, à nos frais, film de propagande anti-FN : rideau !"

Mais la réaction la plus radicale est celle d’Eric Berdoati, maire de la commune de Saint Cloud qui a décidé de déprogrammer le film. Il a démenti l’information, malgré le témoignage d’une des gérantes de la salle. En effet, selon ses dires il aurait pris cette décision après avoir lu la critique des Cahiers du cinéma.

Eric Berdoati ne doit pas lire les Cahiers du cinéma depuis très longtemps. Si cette nouvelle passion était née quelques années auparavant il serait allé voir L’inconnu du lac d’Alain Guiraudie et n’aurait pas fait retirer les affiches du film de toute la commune comme il l’a fait en 2013. Ne pouvant se servir à cette époque de la critique des Cahiers du cinéma, qui était élogieuse, il avait prétexté ne pas vouloir réalimenter le débat et les tensions autour du Mariage pour tous. L’affiche était un dessin aux couleurs vives, montrant deux silhouettes qui s’embrassent.

Cette histoire n’est pas sans rappeler la polémique ayant suivi la sortie du film de Diastème en 2015, Un français. Le film suivait le parcours d’un jeune skinhead sur plusieurs années, et l’évolution du parti d’extrême droite.Ici encore ce n’était pas la qualité du film qui avait été au centre des débats. Malgré sa justesse et le point de vue adopté, loin d’une vision manichéenne des processus de radicalisation, les programmateurs avaient préféré ne pas présenter le film. Cela avait commencé de la même manière, par de simples commentaires à la suite de la publication de la bande-annonce, et fini par réduire de moitié sa programmation. 120 salles étaient prévues, à l’arrivée seulement une soixantaine l’ont diffusé. Le réalisateur s’était exprimé sur les conséquences que cela a pu avoir dans une interview dans Télérama : « Le genre de mort programmée qui aura des conséquences au-delà de mon film. Ceux qui me succéderont avec l’envie de s’emparer d’un sujet analogue n’auront probablement même pas la possibilité de s’y essayer. Les producteurs auront une réplique toute prête : « Ce type de films, c’est le bide assuré ! Regarde Un Français... »

Le maire Les Républicains, proche de Francois Fillon, qui avait minimisé le salaire de Pénélope, récidive et censure. De fait, un film jugé « anti-FN » peut être censuré en toute légalité. Une nouvelle expression du tournant liberticide et de remise en cause des droits à pouvoir faire de l’art librement.




Mots-clés

Cinéma   /    Les Républicains   /    FN   /    Culture et Sport