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Société

Gentrification à la matraque

Le maire de Toulouse veut faire la guerre aux « immigrés clandestins » d’Arnaud Bernard

Dans un courrier à l’attention du ministre de l’intérieur Christophe Castaner, le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc demande l’aide de l’Etat afin « d’interpeller ces clandestins » du quartier Arnaud Bernard. Cette lettre que nous nous sommes procurés, a été jointe à un courrier à l’attention des habitants du quartier. Une démarche qui témoigne d’une volonté du maire de « faire place nette » afin d’accélérer un processus de gentrification qui a déjà fait perdre une bonne partie de l’âme du quartier. Entre propos mensongers et réactionnaires, tout y est !

Les habitants du quartier Arnaud Bernard ont reçu une drôle de lettre hier de la part du maire de la Ville. Celle-ci était accompagnée du courrier rédigé le 17 octobre par Jean-Luc Moudenc à l’attention de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur. L’élu de la ville s’est déjà démarqué à maintes reprises pour ses politiques réactionnaires et pro-sécuritaires. Depuis le début de son mandat, le nombre de caméras de vidéosurveillance a explosé, au-delà des objectifs fixés par le premier magistrat, passant de 17 à près de 300. La police municipale est armée jour et nuit, et ses effectifs ont doublé. Mais visiblement ces mesures drastiques et liberticides ne suffisent pas.

La « politique urbaine » de la ville : gentrification et islamophobie

Arnaud Bernard est l’un des quartiers historiquement populaires du centre-ville de Toulouse. Il est soumis depuis des années à une gentrification à marche forcée (explosion des loyers, importants travaux, harcèlement policier, etc). Ce quartier qui a accueilli travailleurs italiens, réfugiés espagnols républicains puis ouvriers maghrébins depuis la fin des années 60 perd aujourd’hui peu à peu son âme. En fait, la gentrification toulousaine est une véritable politique de la ville afin d’éloigner les couches populaires du centre. La construction d’un hôtel de luxe à l’hôpital de la Grave, celle de l’Occitanie Tower dans le quartier Matabiau, ou encore la destruction de barres d’immeubles au Mirail en témoignent.

En février dernier, nous écrivions au sujet de la gentrification toulousaine : « les élus cherchent des bouc-émissaires pour faire passer la pilule et bien souvent ces quartiers défavorisés en subissent les frais. Ainsi, l’adjoint au maire de Toulouse, Jean-Jacques Bolzan, souhaite réguler l’implantation des « commerces communautaires », et vise directement le développement des kébabs, des boucheries Halals et autres commerces qu’il souhaite voir fermer. Dans le cadre de son opération « commerces d’avenirs », la Ville de Toulouse achète les locaux puis les rénove et les propose aux commerçants indépendants. Une opération qui montre l’islamophobie assumée de la ville de Toulouse, et va de plus faire augmenter drastiquement le niveau de vie. »

« Les dealers sont tous des immigrés clandestins, au nombre d’une cinquantaine dans un rayon de 150m. »

C’est dans l’air du temps : taper sur les immigrés est un sport national. M. Moudenc est passé maître dans l’art de la discipline. « Les dealers sont tous des immigrés clandestins, au nombre d’une cinquantaine dans un rayon de 150m. Il est incompréhensible aux yeux des habitants du quartier que ces trafics de cigarettes et de cannabis puissent être développés en toute impunité par des sans-papiers. Donc nous sommes-là sur une problématique d’immigration qui relève strictement de l’Etat, et non de la municipalité. »

Une mairie profondément réactionnaire qui n’en n’est pas à son coup d’essai

Désormais, le maire de Toulouse entend donc dicter des préconisations répressives à un ministère de l’intérieur du « pays des droits de l’homme », pourtant à la pointe de l’inhumanité par rapport au traitement des migrants. « Une intervention plus massive et régulière tant de la Police Nationale que de la PAC sur ce quartier m’apparaît à présent urgente et nécessaire. J’insiste donc sur la mise en place d’actions fortes et concrètes sur ce secteur. » Les mesures fortes, le gouvernement connaît. Il a refusé que l’Aquarius accoste sur le sol français, et inscrit, contre l’avis du Conseil Constitutionnel, le « délit de solidarité » dans la loi asile et immigration ».

Ce courrier aux relents xénophobes, s’inscrit dans une politique de la ville qui interdit la pride de nuit d’investir le centre-ville, et où la répression n’est plus à démontrer : les manifestantes pour le droit à l’IVG ont ainsi été gazées suite au refus de pouvoir marcher dans le centre-ville, le 28 septembre dernier. Rappelons également, qu’un conseiller municipal avait déclaré, en avril dernier, qu’il y a « trop d’arabes à Toulouse »




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