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Politique

Ni gauche ni droite ?

Le mathématicien Cédric Villani se met en marche… pour un poste ministériel ?

Cédric Villani, mathématicien et médaille Fields 2010, l'a confirmé ce vendredi 10 mars sur l'antenne de RTL : il soutiendra la candidature de Macron pour l'élection présidentielle. Le célèbre mathématicien, qui ne se définit « ni de droite ni de gauche », voit dans cette candidature une offre politique nouvelle, dépassant les clivages gauche/droite qu'il juge stériles et destructeurs. Alors, Cédric Villani, utopiste ? Non, pragmatique… car comment ne pas penser que ce soutien ne cache pas, en réalité, son ambition de rejoindre un futur gouvernement, en tant que Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche ? Un poste qui en ferait rêver plus d'un(e) !

Glawdys Vernet

C’est au meeting de lancement de la campagne de Macron à Lyon le 4 février dernier que Cédric Villani s’était affiché pour la première fois, et officiellement, comme soutien à la candidature de Macron. Le mathématicien avait alors déclaré : « il y a quelque chose de spécial dans la candidature de Macron, dans la capacité d’attirer les compétences et de rassembler, dans la volonté de ne pas se laisser mettre dans des cases, et dans le courage et le risque qu’il prend  ». Mais de quel risque parle Cédric Villani ? Et de quel courage ? Car si Macron prend un risque, c’est bien celui d’entretenir l’illusion que sa politique n’est ni de droite ni de gauche, dans le but de rafler le plus de voix au PS et aux Républicains… au risque en effet de perdre de nombreux soutiens le jour où sa politique sera mise en place et s’avérera… bien de droite ! Il ne s’agit pas de lire dans une boule de cristal ou de faire des prémonitions... il suffit de lire le programme de Macron pour le comprendre ! Et ça tombe bien, car celui qui revendiquait longtemps le fait de n’avoir pas de programme, et déclarait même «  on se fout des programmes, ce qui compte c’est la vision », a fini par en sortir un !

Et Villani renforce le flou en présentant Macron comme un homme providentiel, qui «  arrive avec une offre nouvelle à attirer beaucoup de talents, de gens qui ne se reconnaissaient pas dans les partis traditionnels, et qui se disent qu’il y a l’opportunité de construire quelque chose de nouveau, sans a priori ». Mais quel est ce nouveau projet que porterait Macron ?

Concernant l’enseignement supérieur et la recherche par exemple, il est clair qu’il n’y a rien de neuf dans le projet de Macron : il propose de poursuivre dans la droite ligne des dernières réformes donnant toujours plus d’autonomie et moins de budget aux universités, les obligeant à aller chercher des financements dans le privé, et donc à fragiliser toujours plus ce service public. Mais rendre les universités plus autonomes, et donc plus dépendantes et soumises au secteur industriel, dont les gros patrons siègent dans les conseils d’administration de l’intégralité des universités françaises, ne semble pas choquer ni Villani, ni Macron... bien au contraire. Lors d’un échange qu’ils ont eu et qui a été retranscrit dans le magazine «  Sciences et avenir » début mars, Villani disait à Macron : « Les grandes universités se plaignent de ne pas avoir vraiment d’autonomie, de rester contraintes face à la puissance publique concernant l’utilisation de leur budget  ». Et Macron répondait : «  Je vais être assez radical, on n’a jamais donné une vraie autonomie aux universités. Il faut une vraie réforme, voire une suppression, de l’organisation du recrutement actuel des professeurs d’université. Nous sommes l’un des seuls pays au monde à garder un système qui n’est pas du tout adapté. Le Conseil National des Universités (CNU) reproduit une forme de mandarinat à la française et bloque la capacité des présidents d’université à avoir une vraie politique de recrutement. Il faut sortir de ce modèle ». Encore plus d’autonomie donc… avec tout ce que cela sous-entend : précarisation des emplois, sélections dans les filières, dégradations des conditions d’études… il n’y a vraiment rien de nouveau dans le programme de Macron !

Villani et Macron semblent en parfaite adéquation sur l’enseignement supérieur et la recherche. Et d’ailleurs, comment ne pas penser, qu’au-delà du soutien qu’il apporte à la candidature Macron, Cédric Villani n’a qu’une ambition : un poste ministériel dans le futur gouvernement serait une véritable aubaine pour se lancer en politique, après une carrière scientifique reconnue à l’international. Mais avec la vision libérale de la recherche et de l’enseignement qu’il ne cesse de promouvoir, cela ne présage rien de bon pour les étudiant(e)s, les personnels et les enseignant(e)s des universités s’il arrivait à un poste ministériel. Comme beaucoup d’autres ces derniers jours, Villani s’est mis « En marche »… et personne ne sait jusqu’où il avancera !




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