^

Société

Détournement de fonds à droite

Le n°2 de Valeurs Actuelles détournait les fonds pour s’assurer de bons dividendes

Le parquet de Paris a ouvert une enquête suite à deux plaintes provenant du journal d’extrême-droite, Valeurs actuelles. Elles visent le n°2 ainsi que le dirigeant d’une entreprise partenaire. Il est question de surfacturations et de rétrocommissions. Plusieurs millions d’euros en 10 ans auraient ainsi été détournés entre chiens de garde ultra-droitiers. Crédit photo : Julien Pebrel

En février 2016, après le rachat de Valmonde (Groupe de Valeurs Actuelles) par Iskandar Safa, celui-ci décide de passer en revue toutes les dépenses de l’entreprise. Le contrat passé avec l’entreprise d’imprimerie Léonce Déprez pose problème et doit être renégocié. C’est sans compter sur la commission que l’imprimeur doit verser à Thêta consultant, un cabinet d’expertise spécialisé dans l’imprimerie, et dirigé par Thierry Ginon.

Libération a ainsi sorti une enquête. Thierry Ginon se faisait rémunérer, en tant qu’intermédiaire par Valmonde, et plus spécifiquement, par Antoine Broutin, n°2 du journal, sans que cela soit clairement approuvé par la direction puisque celle-ci lance une enquête sur lui en 2016. Or, depuis plus de 10 ans, Broutin signe avec le compte de Valmonde des devis chez plusieurs fournisseurs, dont Léonce Deprez à des prix bien au-dessus de ceux du marché. De plus, il touche de nombreuses commissions pour cela. Une source proche de l’enquête indique qu’avec les ventes du titre en augmentation, de plus en plus de contrats sont signés et donc, les surfacturations augmentent aussi, atteignant près de 600 000 euros par an. Le groupe Valmonde se plaint d’un montant de surfacturation estimé entre 5 et 7 millions d’euros.

Mais ce n’est pas par imprudence qu’Antoine Broutin vide les caisses de Valeurs Actuelles. C’est que depuis 2010 il est actionnaire de GP Invests, groupe détenant Thêta Consultant. S’il possédait 3,4 % du capital de GP Invests, il a revendu ses parts à Thierry Ginon en novembre 2016 car cela n’est pas très bien vu d’être cadre à Valeurs Actuelles et donc de décider des dépenses et être en même temps actionnaire de l’entreprise qui bénéficiait de ses dépenses, ce qui lui permettait donc de compter sur quelques dividendes supplémentaires..

Mais là encore il ne s’agit pas seulement d’avoir plus de dividendes. Thierry Ginon et Antoine Broutin se seraient tout bonnement partagé les commissions de Thêta liées aux surfacturations de Valmonde.

Broutin aurait aussi fait régler par la boîte de Ginon des factures personnelles, pour des travaux de menuiserie (5 880 euros), pour l’achat d’une voiture (31 647 euros) et même pour une « paire de poteaux de compétition » de badminton (1 090 euros). Et toute la famille Broutin a pu profiter de ces petits arrangements puisque femme, fille, gendre travaillent, ont travaillé ou ont signé des contrats, plutôt généreux avec Thêta consultant.

Ainsi, la direction du journal Valeurs Actuelles a porté plainte contre X pour « abus de confiance, escroquerie, faux, usage de faux, complicité et recel de ces délits ». Alain Poletto, associé de Ginon dans GP Invests porte plainte pour « abus de biens sociaux, faux et usage de faux, escroquerie et banqueroute ». Colporter des idées réactionnaires, les faire fructifier et se servir dans les caisses où l’idéologie d’extrême-droite en lien direct avec les magouilles du grand capital.




Mots-clés

Patrons-voyous   /    Extrême-droite   /    Société