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Politique

Offensive libérale

Le nouveau gouvernement aura (entre autre) pour tâche de détruire le CDI

C’est une attaque qui est passée inaperçue, mais qui n’en est pas moins violente. Édouard Philippe, premier ministre, a en effet déclaré ce 20 juin vouloir profondément modifier le CDI… pour faciliter les licenciements.

Rendre le CDI « plus souple », voilà comment Edouard Philippe a annoncé son désir de faciliter les licenciements sur le modèle des « contrats de chantier ». Ironie de la formule, totalement nauséabonde, le premier ministre présente cette nouvelle attaque, précarisant les contrats à durée indéterminée, comme un moyen de lutter contre l’embauche en CDD et le contrat intérim...

Le contrat de chantier, c’est une bonne discussion à avoir. Parce que ça maintient le CDI comme la norme

Edouard Philippe, le 20 juin 2017 sur BFMTV/RMC

On se demande à quelle norme Édouard Philippe se réfère. En effet, l’objectif visé par cette refonte du CDI est assez clair. Il s’agit de faciliter les licenciements à la fin d’un projet défini à l’avance. En d’autre terme, la manœuvre serait-elle de « CDIfier » les contrats précaires ? Pas exactement, car ce type de licenciement ne donne pas droit à une indemnité de précarité… contrairement au CDD ! Autant dire qu’en lieu et place d’un contrat protecteur et stable, c’est bel et bien une politique de précarisation et de flexibilisation à merci qu’Édouard Philippe mène contre les travailleurs.

Ce serait une ouverture à une nouvelle forme de précarité qui s’ajoute[rait] à une précarisation du CDI, dont on a déjà facilité les motifs de licenciement économique. On précarise toutes les formes d’emploi. On empile et on accroît la précarité

Emmanuel Dockès, professeur agrégé de droit français spécialiste de droit du travail

Pour ce faire, Macron et son gouvernement entendent bien mener leur politique par le biais des négociations de branches, afin de limiter toute intervention « trop musclé » des syndicats au cours de négociations collectives. Une méthode qui était au centre de la loi Macron, mise en place lors du quinquennat Hollande, et qui révèle avec clarté la stratégie du président de la République en ce qui concerne les attaques envers notre camp social. Dans les faits, le gouvernement semble enclin à suivre les directives d’une étude de l’institut Montaigne publiée en 2011, et qui préconisait entre autres « d’accompagner la suppression du CDD d’un mécanisme global assouplissant la rupture du CDI lorsqu’il est conclu en lieu et place d’un ancien CDD ».

Si cette attaque a peu fait parler, il s’agit, ni plus ni moins, de l’annonce d’une précarisation exacerbée du contrat de travail. Une offensive libérale brutale qui valide un peu plus, en somme, la volonté d’Édouard Philippe et de ses sbires de passer en force pour détruire de nombreux acquis ouvriers.




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