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Notre classe

"Les maghrébins et les noirs souffrent de stéréotypes négatifs"

Le numéro d’El Khomri sur la lutte contre la "discrimination à l’embauche"

Le ministère du Travail vient de rendre un rapport qui pointe du doigt AccorHotels et Courtepaille pour discrimination à l'embauche, notamment envers les personnes d'origine maghrébine. Myriam El Khomri s'est vantée d'avoir dirigé ce rapport et rendu public le nom de ces deux entreprises "pour les mettre face à leur responsabilité". Une belle hypocrisie qui ne peut nous faire oublier que c'est ce même gouvernement qui légitime quotidiennement le contrôle au faciès, promulgue des lois racistes ou encore fait passer des lois pour faire plaisir aux patrons. Un numéro qui ne nous aveugle pas sur le fait que la discrimination à l'embauche est bien plus profonde et systématique dans le milieu du travail, qu'elle participe de fait à exclure toute une partie de la population du marché du travail ou à la reléguer aux emplois les plus précaires.Ainsi, la mise en cause d'AccorHotels et de Courtepaille n'est que l'arbre qui cache la forêt. Boris Lefebvre

"L’égalité des chances", face à la vie, face à l’emploi, est l’un de ces concepts mystificateurs fabriqués de toute pièce par l’Etat pour cacher la réalité quotidienne des inégalités et du racisme qui structurent la société française. De temps en temps, pour l’exemple, le ministère du Travail pointe les grands groupes où la discrimination est la plus criante afin de maquiller cette réalité.

Sur l’année 2016, ce sont donc AccorHotels et Courtepaille qui font les frais de la chasse aux discriminations. Ainsi, la ministre du Travail Myriam El Khomri a-t-elle mis en évidence un « risque élevé de discriminations » chez l’hôtelier et dans la chaîne de restauration et l’insuffisance des plans pour y mettre un terme. En effet, les deux groupes pratiquent une discrimination avérée envers les personnes issues des quartiers, Noirs ou Maghrébins. Leur taux de réponse au CV envoyé est de 15 à 35 points inférieur aux CV envoyés par les personnes dont la patronyme à une consonance plus « hexagonale ».

Mais comment explique-t-on que selon l’étude, le taux global de réponses positives reçues par une candidature « maghrébine » est de 9 %, contre 20 % pour les candidatures « hexagonales » ? Comment explique-t-on que les "noirs" et les "arabes" ont 6 et 8 fois plus de chances d’être contrôlés que les "blancs" ? Selon l’entreprise d’audit Vigéo, qui a réalisé cette recherche auprès de 40 entreprises de plus de 1000 salariés pour le gouvernement, il n’y aurait aucune trace de racisme derrière cette réalité ; il ne s’agirait, en définitive, que de « stéréotypes négatifs » envers ses personnes qui, paraît-il, «  maîtriseraient moins bien les codes de l’entreprise ". Et du coup, en toute logique, « de manière très inconsciente, un recruteur, sans être raciste, va privilégier entre deux CV celui sur lequel il a moins de stéréotypes négatifs ». La description mot pour mot de l’exclusion consciente de toute une partie de la population (les personnes racisées, "jeunes des quartiers") du marché du travail et d’une facette d’un ensemble de pratiques discriminatoire et racistes institutionnalisées. Et que l’Etat cautionne. 

A Myriam El Khomri alors de proposer comme solution au problème de faire signer un « pacte pour le respect de pratiques non discriminantes dans les procédures de recrutement » aux entreprises. Des entreprises qu’El Khomri affectionne tout particulièrement : sa loi Travail est un des plus multiples cadeaux que le gouvernement leur fait contre l’intérêt de l’ensemble des travailleurses, travailleuses, jeunes des quartiers, futurs salariés. Une "solution" qui n’est que pourdre aux yeux quand la même semaine la Cour européenne de Justice autorise l’interdiction du port du voile dans les entreprises, et le gouvernement français renforce l’armement de sa police qui ne tardera pas à en faire usage tout particulièrement contre les populations des quartiers populaires.




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