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Jeunesse

Pire qu'APB

Le point sur Parcoursup : les écoles privées se frottent les mains !

En ce jour de résultats du Bac, quel bilan tirer de Parcoursup, la nouvelle plateforme d'orientation et de sélection sociale mise en place à toute vitesse par le gouvernement en janvier dernier ?

Crédits photo : PQR / LE REPUBLICAIN LORRAIN / MAXPPP

La sélection En Marche

APB faisait déjà le sale boulot de la sélection avec son recours au tirage au sort qui avait laissé 65 000 jeunes sur le carreau ou son algorithme qui favorisait les plus aisés des bacheliers, mais Parcoursup a réussi à battre son funeste record. Alors que 117 000 jeunes sur 800 000 inscrits étaient encore en attente d’une affectation à la session 2017 du Bac, ils sont autour de 149 690 à n’avoir eu encore aucune réponse, le tout grâce au logiciel Parcoursup qui était censé pourtant résoudre les « faiblesses » d’APB. Mais le constat ne s’arrête pas là puisque sur les 662 360 lycéens qui ont obtenu au moins une de leurs propositions de vœux via Parcoursup, rien n’indique que ce qu’ils ont obtenu corresponde effectivement à leurs attentes.

La situation des élèves toujours en attente s’avère particulièrement préoccupante pour ceux qui sont issus des filières technologiques, comme le souligne Gwenaël Le Paih, responsable du SNES FSU Bretagne, puisqu’« ils sont très nombreux à ne pas avoir encore de réponse ». Mais c’est dans les banlieues et les lycées populaires que les effets de la sélection orchestrée par Parcoursup se font sentir le plus durement puisque Sud Education rapporte que 54% des candidats de Seine-Saint-Denis et 62% de Seine-et-Marne n’avaient toujours pas de réponse positive à la mi-juin contre une moyenne de 40% à Paris. Cette disparité criante a même conduit le président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, à lancer une plateforme destinée à recueillir les témoignages de jeunes issus des banlieues afin de saisir le Défenseur des droits pour que les critères de sélection appliqués à ces jeunes soient rendus publics. En effet, l’une des innovations de Parcoursup est d’avoir laissé à chaque établissement d’enseignement supérieur la liberté de fixer ses critères en toute discrétion et de pondérer les résultats des candidats en fonction de leur établissement d’origine.

Le gouvernement veut « redresser » la barre

Face à ce « sentiment d’injustice » qui renforce l’impression juste « d’être à la fois sacrifié, voire trahi par la société » selon les propos de Stéphane Troussel, le gouvernement tente depuis quelques temps de redresser la barre d’un navire de la sélection bien mal en point, même de leur point de vue. Frédérique Vidal a ainsi annoncé jeudi 5 juillet la création pour la rentrée prochaine de 10 000 places supplémentaires dans l’enseignement supérieur afin de répondre à la hausse des demandes consécutive à la hausse démographique importante enregistrée autour des années 2000 et qui arrive aujourd’hui en âge de faire des études à la fac. Ces 10 000 places créées viennent renforcer les 21 000 places créées précédemment cette année. Elles devraient faire baisser le nombre de candidats laissés sur le carreau par Parcoursup mais on voit bien là qu’il ne s’agit que d’un effet cosmétique visant à masquer la débâcle du logiciel qui incarne la sélection sociale. En tout état de cause, ces quelques places octroyées dans l’urgence ne résoudront pas les manques de moyens et de places qui se sont accumulés depuis des années dans les universités où plusieurs dizaines de milliers d’étudiants ont afflué sans que des moyens conséquents aient été alloués aux facs.

Le secteur privé se frotte les mains

L’effet mécanique d’un tel pourrissement de la situation pour nombre de lycéens est de se tourner vers le secteur privé et ainsi de contourner Parcoursup et ses délais de réponses qui vont s’étendre jusqu’en septembre. Le nombre d’échecs liés à la procédure Parcoursup devrait ainsi être moindre que celui d’APB mais il masquerait une évolution importante du privé dans les stratégie d’orientation en même temps qu’il entérinerait la libéralisation de l’enseignement supérieur, conséquence inévitable de la sélection généralisée. Ainsi, dans un reportage réalisé par RMC, un directeur d’école de commerce et de management affirme que son école connaît actuellement une hausse de 20% des demandes de candidatures. Il explique cet « effet d’aubaine » par le fait que, le fonctionnement de Parcoursup étant opaque, pouvoir avoir accès directement à un conseiller d’orientation de l’école rassure les élèves qui doivent gérer de front leur orientation et leur réussite au Bac. Nul doute que la fermeture des centres d’informations et d’orientation (CIO) et la réduction des postes de psy-EN dans les établissements va accentuer cette ruée vers une privatisation à marche forcée de l’enseignement supérieur.

Côté gouvernement, la mise au pas des élèves ainsi que le renforcement de l’élitisme scolaire et de la logique de ségrégation sociale sont en bonne voie. Parcoursup a pour l’instant réussi à imposer la sélection généralisée et le monde de Macron et Blanquer. Mais les contradictions accumulées sur les facs sont encore loin d’être résolues et la mise en place progressive des réformes du Bac et du lycée pourraient réveiller le corps enseignant dont les conditions de travail vont sous peu être attaquées avec la a rémunération au mérite et la réforme des retraites.




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