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Politique

#Poutou2017

Le renforcement de la police, un moyen de lutter contre le terrorisme ?

Jeudi 20 avril 2017, deux policiers ont été tués dans une fusillade revendiquée par la suite par l'Organisation de l'Etat islamique. Récupéré rapidement par certains candidats (ici pour faire oublier quelques casseroles, là pour stigmatiser les musulmans et faire de la sur-enchère sécuritaire), l’événement vient relancer une fois de plus un discours sécuritaire auquel on s'habituerait presque. Philippe Poutou, seul candidat à se prononcer pour le désarmement de la police et la dissolution de la BAC et de la BST, à été violemment pris à partie par des policiers et par de nombreux internautes. Mais le terrorisme et la police relève de deux discussions différentes, qu'une certaine idéologie dominante ne cesse de superposer.

Suite à la fusillade survenue dans la soirée du jeudi 20 avril, dans laquelle deux policiers ont été tués, de nombreux internautes se sont indignés des positions du candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) Philippe Poutou sur le désarmement de la police. De la même manière, lorsque Philippe Poutou s’exprime sur ce sujet dans les médias, ses interlocuteurs l’interrogent très souvent sur la pertinence de ses positions dans le contexte de « menace terroriste ». Ces réactions témoignent de la confusion entretenue par nombre de commentateurs politiques et médiatiques entre deux discussions pourtant différentes : la police et le terrorisme.

Cela fait plusieurs années qu’un discours sécuritaire s’est installé dans le paysage médiatique et politique français. Insécurité, délinquance, islam radical, terrorisme… Du karcher de Sarkozy à l’extension du champ de la légitime défense pour les policiers de Hollande, en passant par le plan vigipirate et l’état d’urgence permanent, on a finit par s’habituer à la rhétorique de la répression comme remède à tous les maux. Si bien que c’est presque devenu un réflexe : un jeune s’est fait tuer par la police ? Il devait bien avoir fait quelque chose de répréhensible. Des manifestants se sont fait blesser par les CRS ? Très probablement des casseurs infiltrés parmi les « bons manifestants ». Menace terroriste ? Plus de police, vite ! Des politiciens vident les caisses publiques ? Bon, là c’est plus compliqué, pas d’emballement…

Le discours sécuritaire comme pensée unique

Parce que son candidat refuse de s’inscrire dans ce discours sécuritaire, selon lequel le renforcement de l’appareil répressif serait l’unique solution au terrorisme, certains n’hésitent pas à dire ou à sous-entendre que le NPA prendrait ce sujet à la légère. Pourtant, les Etats qui appliquent le tout-sécuritaire et la militarisation de la police, comme l’État israélien, les Etats-Unis ou la Russie par exemple, ne sont pas épargnés par le terrorisme et la violence. Force est de constater qu’en France, malgré les politiques de renforcement de la police, cela n’empêche pas les actes terroristes de se produire. De la même manière que la peine de mort n’a jamais permis de faire baisser la criminalité, une personne qui décide de passer à l’acte et d’y laisser la vie ne sera pas dissuadé ni arrêté par une police plus armée.

De nombreuses études montrent que le terrorisme est un phénomène complexe et pluriel dont les causes sont multiples. Le réduire à une guerre entre le « monde libre » et la barbarie terroriste relève du fantasme idéologique. Les tenants de cette construction idéologique ont pourtant pignon sur rue : c’est à eux que l’on donne la parole, c’est eux qui sont considérés comme sérieux, ce sont eux qui nous expliquent que pour protéger « le mode de vie occidental », il faut plus de police. Ce sont également ces mêmes personnes qui nous expliquent qu’il est normal de vendre des armes aux pays qui financent les réseaux terroristes (Qatar, Arabie Saoudite…). Ce sont eux qui défendent les interventions militaires en Afghanistan, en Syrie ou en Irak qui installent les conditions favorables au développement du terrorisme. De fusillades en attentats, de guerres impérialistes en gros contrat de vente d’armes, on les écoute et on compte les morts.

Police et terrorisme

Dans le schéma idéologique sécuritaire, le mot « terrorisme » est pratique. Il permet de mettre dans le même sac un ensemble de faits très différents. Quel rapport entre une attaque préparée et mené par des réseaux terroristes organisés, avec une planification, une logistique, un discours revendicatif, et le passage à l’acte de « loup solitaire » (expression également utile qui permet de ne pas parler de la relégation et de la marginalisation sociale), comme ce fut le cas dans les attentats de Nice ou d’Orlando ? Nos idéologues très sérieux du tout-sécuritaire ont pourtant trouvé une manière de lier le fanatisme religieux et les trajectoires sociales des « loups solitaires » : la « radicalisation express. » Qui est sérieux, qui ne l’est pas ? Le fait terroriste appelle donc une réponse complète et cohérente qui n’a pas peur de remonter aux racines du problème. Renforcer l’armement de la police, c’est au contraire renoncer à éradiquer le terrorisme, c’est se limiter à faire la course avec les réseaux terroristes qui ne manqueront pas de s’adapter aux dispositifs de sécurité.

Le tout-sécuritaire n’est pourtant pas tout à fait inutile. Il a une fonction sociale, celle de cultiver et de reproduire un climat de guerre dans une société qui se décompose violemment sous le coup des politiques anti-sociales et impérialistes : précarité, chômage de masse, pauvreté mais également multiplication des guerres, développement du marché de l’armement, pillage des richesses des pays du Sud. En découle une fonction politique : produire du consentement quant au développement de l’appareil répressif de l’État et de son utilisation contre tout sauf le terrorisme. Le quinquennat Hollande est particulièrement parlant : répression des manifestations pour Gaza en 2014, des manifestations contre la loi-travail en 2016, des manifestations contre les violences policières (Adama Traore, Théo, Liu Shaoyo..), utilisation de l’état d’urgence pour fliquer et stigmatiser les français de confessions musulmanes (plus de 3000 perquisitions pour une dizaine de cas liés au terrorisme), pour empêcher les manifestations en marge de la COP 21 etc.

Déconstruire la superposition des discussions sur le terrorisme et sur la police, c’est donc poser la question de la fonction et de la place de la police dans notre société inégalitaire. Engels définit l’Etat comme étant, en dernière analyse, un « groupe d’homme armés. » Pourquoi armés ? Parce qu’il s’agit de s’assurer que tout le monde reste bien à sa place. Dans notre société moderne partagée en classes sociales, cela signifie que la répartition des rôles ne changent pas : les travailleurs au travail et les capitalistes aux commandes. Pour cela, il faut mettre des idées dans la tête des gens : c’est l’idéologie dominante. Mais cela ne suffit pas, particulièrement dans des sociétés en crise. Il faut alors une force coercitive. La répression des mouvements sociaux, le démantèlement des piquets de grèves, le harcèlement dans les quartiers populaires, le contrôle au faciès, la chasse aux immigrées... C’est bien cette police, au contact quotidien de la population, qu’il s’agit de désarmer : celle qui garantit l’ordre social, économique et politique que nous voulons renverser.

Protéger la population, c’est rompre le cycle de violence

Loin de prendre le terrorisme à la légère, nous pensons qu’il est urgent de rompre le cycle de violence alimenté par les guerres et les politiques anti-sociales. Dans les quartiers populaires, entre 10 et 15 personnes meurent chaque années sous les coups de la police. Les contrôles au faciès, les insultes et les humiliations sont une réalité quotidienne. Directement issues de l’administration coloniale, des brigades de police particulières ont même été maintenues pour assurer le « maintien de l’ordre » social dans les quartiers populaires : la Brigade spéciale de terrain (BST) et la si mal nommée Brigade anti-criminalité (BAC). Nous pensons qu’il faut les dissoudre afin de mettre fin aux pratiques violentes et racistes auxquelles sont confrontées les populations les plus reléguées socialement dans notre société inégalitaire.

Ces mesures font partie d’un programme complet, d’un projet de société radicalement opposé au système actuel. Aussi, protéger la population, c’est en finir avec les ventes d’armes aux pays qui financent et appuient les organisations terroristes et qui répriment leur propre population (Arabie Saoudite, Qatar etc. ). C’est mettre fin aux guerres impérialistes que mène la France en Afrique et au Moyen-Orient et qui cultivent les conditions favorables au développement du terrorisme, sur les cadavres des milliers de civils morts sous les bombes occidentales. Enfin, il s’agit de mettre un coup d’arrêt aux politiques anti-sociales qui produisent le chômage de masse, la précarité, la pauvreté et la relégation sociale : interdiction des licenciements dans les grandes entreprises, partage du temps de travail entre toutes et tous, contrôle des entreprises par les salariés. Chaque année, nous produisons ensemble des dizaines de milliards d’euros qui partent dans les poches des actionnaires, des grands patrons et des banquiers. Il est grand temps de reprendre nos affaires en mains !




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